Quand l’extrême droite ne débat plus, elle délire et
appelle cela lucidité.
Ils parlent
d’aveu. En réalité, ils confessent avec vision manichéenne et paranoïaque.
Confession d’un imaginaire en ruine, d’une démocratie tolérée tant qu’elle ne
change rien, d’un peuple acceptable seulement s’il reste conforme à la photo
jaunie qu’ils en ont gardée.
Le «
scandale » Mélenchon n’est qu’un prétexte. Une phrase sortie de son
contexte, recodée idéologiquement, puis livrée à la meute. La « Nouvelle
France » devient aussitôt une France illégitime, étrangère à elle-même,
coupable d’exister autrement. Ce n’est pas une analyse politique : c’est un
réflexe identitaire de panique.
Tocqueville
est invoqué, comme toujours, pour la décoration. Mais sitôt cité, il est trahi.
Lui parlait du renouvellement démocratique ; eux n’entendent que remplacement
biologique. Là où Tocqueville pensait citoyens, ils ne savent compter que des
corps. La démocratie, chez eux, est acceptable à condition d’être immobile.
Le reste est
une litanie obsessionnelle. Immigration égale islam. Démographie égale islam.
Europe égale islam. Silence de Macron égale complicité. Le mot devient un
fourre-tout, une menace abstraite, un bruit de fond anxiogène destiné à
dispenser de toute pensée. Aucun chiffre, aucun mécanisme, aucune temporalité :
seulement la peur, répétée jusqu’à saturation.
Même Donald
Trump, caricaturé en fou dangereux quand il s’agit de l’Amérique, est soudain
recyclé en prophète clairvoyant dès qu’il parle d’Europe. L’anti-américanisme
s’efface aussitôt qu’il confirme leurs obsessions. La cohérence n’est pas une
valeur : seule compte la validation du fantasme.
Quant au « grand
remplacement », le masque est tombé. Hier nié, aujourd’hui revendiqué. Ce
n’est plus une hypothèse, mais un dogme. Plus besoin de prouver : on affirme.
Plus besoin de convaincre : on martèle. Ce n’est plus une thèse politique,
c’est un récit de fin du monde, imperméable au réel.
Et puis
vient la phrase de trop — celle qui dit tout. Le « parti de l’étranger ». Les «
traîtres ». L’« entrisme ». Nous n’y sommes plus dans le débat démocratique,
mais dans la désignation morale. L’adversaire n’est plus un citoyen, c’est une
menace intérieure. Ce vocabulaire n’a rien d’innocent : il est l’empreinte de
toutes les droites autoritaires quand elles sentent que le monde leur échappe.
Ils parlent
de chemin de Damas. Mais encore faudrait-il accepter la chute, le renoncement,
la remise en question. Or ils ne descendent pas de cheval : ils tournent en
rond, persuadés que l’histoire les agresse parce qu’elle continue sans eux.
La France
n’est pas en train de disparaître. Elle change, comme elle l’a toujours fait.
Ce qui se délite, en revanche, c’est une vision mortifère du politique,
incapable d’aimer un peuple réel, vivant, contradictoire.
Alors ils préfèrent un peuple figé. Empaillé. Silencieux. Un peuple mort — mais
rassurant.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur
inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
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