Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

Gara Djebilet : la panique médiatique du Makhzen par manque de Fer !!!!!!!

Il existe une pathologie intellectuelle très particulière dans certaines sphères médiatiques du Makhzen : l’Algérie n’y est jamais analysée...

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Bruxelles ou la démocratie sous sanctions : le cas d’un journaliste rayé de l’Europe

Un journaliste privé d’eau, de nourriture et de droits, sans procès.
Bienvenue dans la liberté de la presse européenne version 2026.

Il fut un temps où l’Union européenne aimait se présenter comme un rempart. Un rempart contre l’arbitraire, contre la censure, contre les pulsions autoritaires. Un phare, disait-elle, dans la nuit des démocraties vacillantes. Aujourd’hui, ce phare sert surtout à éblouir ceux qu’on est en train de noyer.

Le cas de Hüseyin Doğru n’est pas une bavure. C’est un mode opératoire.

Selon la justification de l'UE, le reportage de Doğru sur le mouvement de solidarité avec la Palestine en Allemagne «sème la discorde ethnique, politique et religieuse» et aide ainsi «les activités déstabilisatrices de la Russie».

Non seulement le compte bancaire de Doğru, mais aussi celui de sa femme enceinte ont été gelés, bien qu'elle ne figure pas sur la liste des sanctions. Doğru n'a accès qu'à une allocation de subsistance minimale après des semaines d'approbation par la Bundesbank (Banque fédérale allemande). Sa liberté de mouvement a été réduit et il ne peut pas être légalement employé comme journaliste par exemple par junge Welt, qui a demandé à l'embaucher – car, selon le ministère allemand de l'Économie, un tel emploi violerait l'«interdiction de mise à disposition de fonds» de l'UE et constituerait une infraction pénale.

Sous le noble prétexte de la lutte contre la « désinformation », Bruxelles a fait ce qu’aucune démocratie digne de ce nom n’ose faire à visage découvert : détruire un journaliste sans procès, anéantir sa vie matérielle, punir sa famille, tout en jurant la main sur le cœur qu’il ne s’agit pas d’une sanction, mais d’une simple « mesure comportementale ». La novlangue n’a jamais aussi bien porté son nom.

Pas une peine, juste une asphyxie : Officiellement, l’Union européenne ne punit pas. Elle “modifie des comportements”.
Dans les faits, elle gèle les comptes, interdit toute transaction, bloque les salaires, empêche l’achat de nourriture, d’eau, de médicaments. Elle interdit même qu’un ami tende un panier de provisions, sous peine de poursuites pénales. Elle étend la sanction à l’épouse, aux enfants, aux nouveau-nés à venir. On appelle cela, dans un vocabulaire moins pudique, une mort civile.

Un détenu, comme le dit Doğru avec une lucidité glaçante, conserve plus de droits. Lui peut acheter à la cantine. Lui existe encore juridiquement.
Le journaliste sanctionné par l’UE, lui, est maintenu dans un état intermédiaire : ni condamné, ni innocent, mais écrasé.

Sans juge, sans preuve, sans audience : Le détail le plus obscène de cette affaire n’est même pas la brutalité matérielle. C’est l’absence totale de procédure.

Aucun tribunal. Aucune audience.. Aucune confrontation des preuves. Aucun droit effectif à la défense.

Bruxelles accuse Hüseyin Doğru d’« attiser la discorde » par son journalisme pro-palestinien, ce qui, par un raisonnement d’une souplesse quasi artistique, servirait indirectement les intérêts de la Russie.
Aucune preuve publique n’a jamais été produite. Zéro. Nada. Le néant, soigneusement emballé dans un jargon technocratique.

La culpabilité n’est plus démontrée : elle est décrétée.

L’UE comme machine à contournement démocratique : Doğru le dit très clairement, et il faut l’écouter : Si l’Allemagne avait voulu agir directement, elle aurait dû passer devant un juge. Affronter le droit. Supporter la contradiction. Alors on a externalisé la besogne.

L’Union européenne devient ainsi l’outil de ce que les États n’osent plus faire seuls. Une zone grise juridique où l’on peut frapper sans rendre de comptes. Une exécution extrajudiciaire sous drapeau étoilé.

Ce n’est pas un accident du système. C’est le système.

Soyons honnêtes jusqu’au bout : ce qui est reproché à Hüseyin Doğru, ce n’est pas d’être pro-russe. Il a toujours critiqué Moscou et la guerre en Ukraine.
Son crime est plus impardonnable : il a filmé, documenté, montré. Il a couvert des occupations universitaires pro-palestiniennes à Berlin. Il a fait son travail.

Mais dans l’Europe version 2025, informer devient suspect dès lors que cela trouble la narration officielle. La liberté de la presse est tolérée tant qu’elle reste décorative. Contestataire, jamais.

La désinformation n’est plus ce qui est faux. C’est ce qui dérange.

Un précédent, pas une exception : Les conservateurs qui se réjouissent en silence devraient méditer. Les libertariens aussi. Les souverainistes, les journalistes indépendants, les gêneurs professionnels.
Aujourd’hui, c’est un journaliste de gauche, pro-palestinien. Demain, ce sera un autre. Le mécanisme est prêt, huilé, testé, avec une boîte à outils complète pour neutraliser sans juger.

Comme le souligne un avis juridique accablant présenté au Parlement européen, ces mesures violent frontalement la liberté d’expression et la liberté de la presse. Elles sont disproportionnées, arbitraires, destructrices.
Mais elles fonctionnent.

La brûlure lente

Ce que l’Union européenne fait subir à Hüseyin Doğru n’est pas seulement une injustice individuelle. C’est un message.
Un avertissement silencieux adressé à tous ceux qui prennent encore au sérieux l’idée de presse libre. Regardez. Apprenez. Tenez-vous tranquilles.

La démocratie ne meurt pas toujours sous les bottes. Parfois, elle agonise sous les formulaires, les règlements, les gels administratifs, les phrases creuses sur la “résilience informationnelle”.

Et pendant que Bruxelles parle de valeurs, un journaliste regarde ses enfants et se demande comment les nourrir. Voilà ce que l’Europe est devenue quand elle prétend nous protéger de la désinformation : une machine à broyer les voix dissidentes avec un sourire réglementaire.

Ce qui frappe le journaliste n’est ni plus ni moins qu’une peine de mort  Lente, Vicieuse, Couarde.On n’est plus à un pas du totalitarisme fasciste, on est en plein dedans.

 

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Trop africain pour l’Europe, trop européen pour l’Afrique : le Makhzen Marocain et le malaise de l’identité continentale :

Il existe en Afrique un cas d’école, presque caricatural, de ce que Frantz Fanon aurait appelé une conscience mal à l’aise dans sa propre peau : Le Makhzen du Maroc. Un pays solidement arrimé au continent africain par la géographie, l’histoire et les peuples, mais dont l’imaginaire politique n’a jamais vraiment quitté la rive nord de la Méditerranée. Être africain, pour le  Makhzen, n’a jamais été un point de départ ; tout au plus une solution de repli, activée lorsque l’Europe rappelle, avec une froide régularité juridique, que l’Afrique commence au sud du détroit de Gibraltar.

La tentative d’adhésion à la Communauté économique européenne dans les années 1980 demeure un moment de vérité. Non pas une simple erreur de calcul technocratique, mais un aveu politique brutal : le Maroc ne se voyait pas comme une puissance africaine à part entière, mais comme un Européen empêché. Le rejet de 1987 n’a fait que confirmer une hiérarchie mentale déjà bien installée : l’Europe comme horizon naturel, l’Afrique comme voisinage contraignant. Dès lors, le Royaume s’est appliqué à devenir le meilleur élève non admis de l’Union européenne docile, utile, indispensable, mais jamais invité à s’asseoir à la table.

Pendant ce temps, l’Afrique attendait. Ou plutôt, elle avançait sans lui. Le retrait du Maroc de l’Organisation de l’unité africaine en 1984 constitue sans doute l’un des gestes les plus éloquents de cette fuite continentale. Quitter l’Afrique institutionnelle pendant plus de trois décennies, c’est faire un choix clair : celui de l’isolement volontaire, du mépris feutré pour les mécanismes panafricains jugés inefficaces, bruyants ou indignes d’un État tourné vers des partenaires « sérieux ». Peu importe que le différend du Sahara serve de justification ; aucun désaccord, aussi grave soit-il, ne légitime une absence aussi longue sans révéler un malaise plus profond.

Et puis vint le retour, en 2017. Un retour soigneusement mis en scène, salué par des discours lyriques sur la « famille africaine retrouvée ». Mais l’Afrique n’est pas dupe. On ne quitte pas une maison pendant trente ans pour y revenir en investisseur. Car c’est bien ainsi que le Maroc aborde aujourd’hui le continent : en banquier, en assureur, en entrepreneur, rarement en compagnon de lutte. L’Afrique est visitée, évaluée, financée, exploitée parfois — mais rarement aimée politiquement.

La coopération Sud-Sud vantée à longueur de communiqués ressemble souvent à un paternalisme bien habillé, où le Maroc se présente comme un intermédiaire « plus fiable » entre l’Afrique et l’Europe. Une Afrique utile, rentable, diplomatiquement alignée sur les priorités marocaines — notamment lorsqu’il s’agit de rallier des soutiens sur le dossier du Sahara — mais une Afrique encore trop souvent considérée comme un marché à conquérir plutôt qu’un projet à construire collectivement.

L’ironie atteint son sommet dans la relation maroco-européenne. Le Makhzen se plaint de ne jamais être pleinement accepté par l’Europe, tout en acceptant sans broncher d’en devenir le sous-traitant sécuritaire : gardien des frontières, filtre migratoire, gendarme régional. Il protège la forteresse européenne contre les Africains subsahariens, ses propres frères de continent, dans l’espoir persistant d’une reconnaissance qui ne viendra jamais. Être africain quand il s’agit de bloquer des migrants, être quasi-européen quand il s’agit de commerce : voilà la gymnastique identitaire.

Dans cette configuration, l’africanité du Makhzen apparaît comme conditionnelle et instrumentale. Elle s’active lorsque l’Europe ferme ses portes, lorsque les marchés africains deviennent attractifs, ou lorsque le soutien diplomatique du continent devient indispensable. Elle se fait discrète lorsque l’Afrique parle d’intégration politique, de souveraineté collective ou de rupture avec les dépendances postcoloniales.

Le cas marocain n’est pas isolé, certes, mais il est exemplaire. Il incarne cette tragédie postcoloniale où certaines élites africaines préfèrent être des partenaires mineurs de l’Europe plutôt que des acteurs majeurs de l’Afrique. Tant que l’Afrique restera, dans les imaginaires politiques, une option secondaire, elle continuera d’être traitée comme telle fragmentée, instrumentalisée, reléguée.

Le Makhzen  du Maroc aime rappeler qu’il est un « pont » entre l’Europe et l’Afrique. Mais un pont n’est jamais une destination. Et l’histoire jugera sévèrement ceux qui, ayant les deux pieds sur le continent africain, ont passé leur temps à regarder ailleurs.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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