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Gara Djebilet : la panique médiatique du Makhzen par manque de Fer !!!!!!!

Il existe une pathologie intellectuelle très particulière dans certaines sphères médiatiques du Makhzen : l’Algérie n’y est jamais analysée...

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Algérie d’hier, Algérie d’aujourd’hui : quand la sobriété faisait société !

Il est toujours délicat d’évoquer le passé sans tomber dans l’idéalisation. La nostalgie, dit-on, reconstruit souvent ce qu’elle croit se rappeler. Pourtant, certaines évocations du passé ne relèvent pas du regret aveugle, mais d’un questionnement légitime sur l’évolution des valeurs collectives. C’est dans cette perspective qu’il convient d’interroger l’Algérie des années 1960 et 1970, non comme un âge d’or mythifié, mais comme un moment social révélateur d’un autre rapport au vivre-ensemble.

À cette époque, la société algérienne était matériellement pauvre, mais socialement structurée. Les ressources manquaient, les infrastructures étaient limitées, les déplacements rares, et pourtant la vie quotidienne semblait portée par une forme de sobriété heureuse, au sens où l’entendait Ivan Illich : une modération des besoins, un usage mesuré de l’espace commun, et une reconnaissance implicite de limites partagées.

L’espace public, justement, constituait un bien commun respecté. Les quartiers étaient entretenus, les constructions anarchiques quasi inexistantes, les jardins publics protégés. La propreté n’était pas le résultat d’un contrôle coercitif, mais l’expression d’une discipline sociale intériorisée. Chacun savait ce qui se faisait et ce qui ne se faisait pas. Cette intériorisation des règles témoignait d’un fort sentiment d’appartenance collective, aujourd’hui largement érodé.

L’école occupait une place centrale dans cet édifice social. Elle n’était pas seulement un lieu d’instruction, mais un espace de formation morale et civique. L’enseignant y jouissait d’un respect quasi sacré, non par crainte, mais par reconnaissance de son rôle symbolique. Le savoir constituait un capital social valorisé, et l’érudition une source de légitimité. Là où l’Algérie contemporaine célèbre parfois la richesse ostentatoire ou la notoriété creuse, l’Algérie d’hier accordait encore une reconnaissance sincère à l’intelligence et à l’honnêteté.

Les pratiques religieuses, bien que profondément enracinées, s’inscrivaient dans une logique de discrétion. La foi relevait de l’intime et du spirituel, non de la démonstration publique. Cette retenue permettait une coexistence apaisée entre différents modes de vie, notamment en ce qui concerne la condition féminine. Les femmes s’habillaient selon leurs choix, sans être soumises à une surveillance sociale agressive. Le haïk et la m’laya coexistaient naturellement avec les tenues occidentales, sans que cela ne suscite ni haine ni injonction morale.

La vie sociale se déployait autour de pratiques simples mais profondément structurantes : jeux de quartier, cafés comme lieux de sociabilité masculine, traditions féminines d’entraide, célébrations modestes mais sincères. Les mariages, sobres dans leur forme, étaient de véritables fêtes dans leur substance. Ils célébraient l’union, non la démonstration de statut social. La convivialité n’était pas mise en scène ; elle était vécue.

Même les contraintes matérielles lenteur des transports, inconfort des autocars, rareté des voitures n’étaient pas perçues comme des frustrations insurmontables. Voyager était une expérience collective, joyeuse, humaine. Le temps n’était pas encore soumis à l’urgence permanente, et l’efficacité n’avait pas remplacé la relation.

Certes, cette période se déroulait sous un régime politique autoritaire, marqué par une forte centralisation du pouvoir et un contrôle de l’expression publique. Il serait intellectuellement malhonnête de l’ignorer. Mais reconnaître ces limites n’invalide pas le constat d’une cohésion sociale aujourd’hui fragilisée, ni le sentiment d’une perte de repères collectifs.

L’Algérie contemporaine, saturée d’images, de discours contradictoires et d’injonctions sociales, semble avoir troqué la sobriété contre l’excès, la pudeur contre l’ostentation, la règle partagée contre la transgression banalisée. L’espace public est devenu un territoire disputé plutôt qu’un bien commun. La religion, parfois instrumentalisée, est passée du registre de l’intime à celui de l’affirmation identitaire. La réussite sociale se mesure de plus en plus à ce qui se montre, non à ce qui se construit.

Il ne s’agit pas de prétendre que « les Algériens étaient meilleurs avant », formule aussi simpliste qu’injuste. Il s’agit plutôt de reconnaître que les structures sociales façonnent les comportements, et que le démantèlement progressif de certaines institutions, école, culture, espace public a profondément modifié le rapport des individus à la collectivité.

Revenir sur cette période, ce n’est donc pas refuser la modernité ni appeler à un retour impossible. C’est poser une question essentielle :

Que voulons-nous préserver dans notre manière de faire société ?

Car une nation ne se définit pas uniquement par sa croissance, ses infrastructures ou ses slogans, mais par la qualité de ses liens, le respect de ses règles communes et la dignité silencieuse de son quotidien.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/