Ce que je trouve personnellement regrettable, c’est la tendance d’une partie
non négligeable des intervenants sur les réseaux sociaux à formuler leurs
opinions sur un mode purement affirmatif, comme s’ils détenaient des
informations irréfutables ou avaient accès aux cercles réels de décision. Or,
sauf exception, nous ne sommes ni dans le secret des coulisses ni au cœur des
mécanismes de décision stratégique à haut niveau.
Cela ne signifie évidemment pas que le citoyen
doive se taire : l’expression d’un avis sur les sujets d’actualité est non
seulement légitime, mais nécessaire à la vie sociale et démocratique.
Toutefois, lorsqu’il s’agit d’analyses politiques, économiques ou
géopolitiques, il serait sans doute plus rigoureux et plus honnête intellectuellement de recourir au conditionnel, plutôt que de
présenter des hypothèses comme des certitudes.
On ne compare pas l’incomparable
Maduro a été
destitué par ses généraux qui l’ont gentiment remis aux autorités américaines.
Quant à l’action militaire ayant conclu sa chute, elle n’est qu’un écran de
fumée auquel Trump, c’est son aptitude la plus criante "Nous sommes les
meilleurs, nous avons les meilleures armes du monde", s’est employé à
donner un relief particulier et spectaculaire.
Aussi, faut
arrêter d’idéaliser un pays comme le Venezuela, 28 millions d’habitants quasi
10 millions d’expatriés. C’est un signe que ça ne va pas fort... SI on compare
à l’Iran qui est aussi sanctionné (même plus, mais qui a réussi à créer une
industrie et une économie, sans hémorragie de sa population)
Un pays fort
défend ses intérêts par la force si nécessaire, ce n’est pas parce qu’on est
devenu des lopettes peureuses en
Il est
devenu presque banal, sur les réseaux sociaux, d’énoncer des certitudes comme
s’il s’agissait de vérités révélées. Nombre d’intervenants s’expriment sur
l’Algérie avec un aplomb déconcertant, comme s’ils avaient accès aux salles de
commandement du pouvoir mondial ou aux circuits réels de décision stratégique.
Or, soyons honnêtes : nous commentons, nous interprétons, nous supposons. Nous
ne savons pas. Et la première exigence intellectuelle devrait être là.
Que chacun
donne son avis est non seulement légitime, mais indispensable à toute société
vivante. Encore faut-il distinguer l’opinion de l’expertise, l’hypothèse du
fait établi. À défaut, on glisse rapidement de l’analyse à la prophétie, du
débat à la manipulation émotionnelle.
Depuis la
crise vénézuélienne, une rengaine revient avec une constance suspecte : «
l’Algérie suivra le même chemin ». Cette comparaison est non
seulement paresseuse, elle est fausse. Le Venezuela et l’Algérie n’évoluent ni
dans le même contexte social, ni dans la même architecture économique, ni dans
la même configuration géopolitique ou militaire. Assimiler l’un à l’autre
relève moins de l’analyse que du slogan anxiogène.
Plus
inquiétant encore est ce récit selon lequel tous les maux de l’Algérie
commenceraient en 2019, avec l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune. Comme si
l’effondrement de pans entiers de l’économie, la corruption systémique, la
captation de l’État par des réseaux mafieux et la dépendance structurelle aux
hydrocarbures étaient des phénomènes récents. Cette lecture n’est pas seulement
erronée : elle est intellectuellement malhonnête.
Le débat est
d’autant plus biaisé qu’il se drape souvent d’un vernis idéologique. Or, soyons
lucides : l’idéologie ne structure plus réellement le monde. Les exemples des
États-Unis sous Trump ou de la France sous Macron démontrent que les grandes
doctrines ont cédé la place à des logiques de pouvoir, d’intérêts et de
rapports de force. Nous vivons une époque post-idéologique, dominée par des
acteurs transnationaux dont l’ambition est moins de convaincre que de
contrôler.
Qu’il
s’agisse de grandes fortunes, de fonds d’investissement ou de fondations
globales, le moteur n’est pas une vision du monde, mais une pulsion de
domination. Après la puissance financière, vient le désir de la puissance
politique globale. Dans ce cadre, il est permis de s’interroger — sans affirmer
— sur certains événements mondiaux récents et sur les intérêts qu’ils ont pu
servir.
Dès lors,
une question s’impose : que pouvait réellement faire le pouvoir algérien depuis
2019, dans un contexte mondial marqué par la pandémie, les tensions
énergétiques et les recompositions géopolitiques ? Annoncer une transition
politique indéfinie avant même la stabilisation institutionnelle ? Supprimer
les aides sociales alors que la classe moyenne basculait déjà dans la précarité
? Mettre fin aux transferts sociaux après que des réseaux de prédation —
incarnés par les affaires Haddad, Tahkout, Kouninef ou Ouyahia — ont vidé les
caisses de l’État ?
Cela aurait
été offrir sur un plateau l’Algérie à ceux qui rêvent d’un monde sans nations,
soumis à un capitalisme global sans frontières ni contre-pouvoirs.
À l’inverse,
des choix ont été faits. Des projets structurants ont été engagés ou relancés :
Gara Djebilet, les phosphates, l’exploration offshore, l’extension du réseau
ferroviaire vers l’extrême sud, les perspectives liées au lithium pour
l’industrie des véhicules électriques, sans oublier les partenariats
scientifiques et médicaux de haut niveau. Balayer ces dynamiques d’un revers de
main en les qualifiant de « rente » ou de « communication » relève soit de
l’ignorance, soit de la mauvaise foi.
Aucun projet
structurant ne produit de résultats immédiats. L’investissement lourd exige du
temps, de la stabilité et de la patience. Exiger des effets instantanés, c’est
refuser par principe toute logique de transformation réelle.
Comparer
encore l’Algérie au Venezuela en matière de sanctions ou de confrontation avec
les États-Unis révèle une incompréhension profonde des équilibres mondiaux. La
puissance américaine repose en grande partie sur le système du pétrodollar.
Remettre frontalement ce système en cause constitue une ligne rouge
stratégique. Or, l’Algérie cherche à diversifier son économie, non à défier le
dollar. La nuance est capitale.
Enfin, il
faut le dire clairement : les critiques formulées depuis des salons feutrés à
Paris, New York ou Los Angeles, aussi brillantes soient-elles, ne remplacent
pas une analyse enracinée dans la réalité nationale. L’Algérie n’est ni un
laboratoire idéologique, ni un terrain de projection fantasmatique pour experts
autoproclamés.
L’économie
n’est pas une incantation néolibérale répétée comme un mantra. Elle consiste à
organiser la production pour répondre aux besoins réels d’une population, tout
en maintenant la cohésion sociale. Sur ce point, l’Algérie présente un fait
rarement mentionné : elle figure parmi les pays aux plus faibles inégalités de
revenus à l’échelle mondiale.
Quant au «
modèle chinois », souvent invoqué à tort, il repose sur une trajectoire
historique unique : une puissance démographique massive et la conservation,
après 1949, de structures économiques sous contrôle national. L’Algérie, elle,
a vu son tissu économique méthodiquement détruit par la colonisation et ses
élites entrepreneuriales éliminées. Faire abstraction de cette histoire, c’est
refuser de comprendre le présent.
Comparer
l’incomparable n’éclaire rien. Cela rassure peut-être, cela choque parfois,
mais cela n’explique jamais.
L’Algérie n’est ni le Venezuela, ni un État failli en sursis, ni une
variable d’ajustement dans les fantasmes géopolitiques de commentateurs
pressés. Elle est un pays en tension, traversé de contradictions, certes, mais
aussi engagé dans une lutte silencieuse pour préserver sa souveraineté
économique et politique dans un monde devenu brutalement prédateur.
Ceux qui annoncent son effondrement imminent
parlent souvent plus de leurs propres obsessions que de la réalité algérienne.
Ils confondent analyse et projection, critique et règlement de comptes,
lucidité et désir de voir échouer ce qui ne correspond pas à leurs schémas.
L’Histoire ne se répète jamais à l’identique.
Elle punit surtout ceux qui refusent de penser la complexité.
Et l’Algérie, qu’on le veuille ou non, ne se pense ni ne se juge à travers des
comparaisons faciles. Elle s’impose, lentement, difficilement, mais
souverainement.
Par A. Kader
Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça https://kadertahri.blogspot.com/
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