Il fallait oser. Et il a osé.
Dans un mélange de componction diplomatique et
de nostalgie mal digérée, l’ancien ambassadeur reconverti en oracle médiatique
nous sert une leçon de morale géopolitique comme d’autres distribuent des
hosties : à la chaîne, sans foi réelle, mais avec une autorité supposée. Le
prétexte ? La visite historique du pape en Algérie. Le sous-texte ? Toujours le
même vieux refrain : délégitimer, soupçonner, rabaisser.
Le procédé est grossier, presque attendrissant
dans sa constance. On feint l’inquiétude pour mieux distiller l’accusation. On
invoque les libertés pour mieux recycler les obsessions. Et surtout, on parle à la place de, comme si l’Algérie était encore
ce territoire sur lequel certains esprits fatigués continuent de projeter leurs
fantasmes d’influence perdue.
Car enfin, que dit-on ? Que cette visite serait
une manœuvre. Que tout geste diplomatique algérien relèverait du calcul
cynique. Que toute ouverture serait suspecte. Autrement dit : quoi que fasse
l’Algérie, elle a tort par principe. L’argument n’est pas politique, il est pavlovien.
Et puis il y a ce ton. Ce ton si particulier,
mélange d’ironie condescendante et de certitude coloniale recyclée. “Bien
joué Tebboune !” Répété comme un gimmick fatigué, censé faire sourire mais
qui sonne surtout comme une grimace. On croit lire un éditorial, on entend un
soupir d’époque révolue.
Mais le plus savoureux reste cette soudaine
passion pour les chrétiens d’Algérie. Quelle touchante sollicitude. Où
était-elle hier ? Où est-elle ailleurs ? Cette compassion à géométrie variable,
qui s’active uniquement quand elle peut servir de levier contre un État précis,
relève moins de la foi que de l’instrumentalisation.
Le mécanisme est limpide : dramatiser, isoler,
amplifier. Faire d’une réalité complexe un tableau noir uniforme. Effacer les
nuances, ignorer les évolutions, caricaturer les équilibres. Puis conclure,
avec gravité, que tout cela est inacceptable comme si l’auteur découvrait
soudain le monde, ou feignait de le découvrir.
Mais ce qui dérange, au fond, ce n’est pas la
situation décrite. C’est l’événement lui-même. Une visite papale en Algérie.
Une reconnaissance symbolique. Une présence qui échappe aux circuits habituels,
aux regards habitués à décider qui mérite quoi.
Et c’est là que le vernis craque.
Car derrière la critique, il y a une
inquiétude plus profonde : celle de voir un pays exister en dehors du récit
qu’on lui assigne. Parler à d’autres. Construire autrement. Échapper, ne
serait-ce qu’un instant, au rôle qu’on voudrait lui faire jouer.
Alors on attaque. On ironise. On convoque
l’histoire, mais toujours à sens unique. On rappelle saint Augustin, mais
jamais la colonisation. On parle mémoire, mais sans miroir.
Le résultat ? Un texte qui se veut analyse et
qui n’est qu’un symptôme. Celui d’une incapacité chronique à regarder l’Algérie
autrement que comme un problème à commenter ou un élève à corriger.
Et pourtant, le réel est têtu.
La visite du pape, qu’elle plaise ou non,
existe. Elle s’inscrit dans une dynamique, dans une histoire, dans un moment.
Elle ne blanchit rien, elle ne sanctifie personne. Elle dit simplement qu’un
pays peut être un lieu de dialogue, de symboles, de circulation. Et cela,
visiblement, suffit à déclencher des crispations.
Alors oui, on peut critiquer. On doit même
critiquer. Mais encore faut-il le faire avec autre chose qu’un réflexe
pavlovien et une ironie de salon.
Car à force de dénoncer tout, on finit par ne
plus rien dire.
À force de juger tout le monde, on finit par se trahir soi-même.
Et à
force de rire jaune… on révèle surtout une vieille amertume.
Moralité : L’Algérie reçois la visite du Pape avec dignité, il semble
que l’ex : commis de l’Etat Français et ses commanditaires du Makhzen
Marocain, ont très mal, très mal aux dernières selon un expression bien de chez
nous !
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/

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