La nostalgie coloniale n’est pas une opinion, c’est un refus de l’histoire :

 

La nostalgie coloniale

Il y a des mots qui trahissent plus qu’ils n’expliquent. En affirmant que son hostilité envers l’Algérie remonte à l’indépendance de 1962, le maire de Béziers, Robert Ménard, ne livre pas seulement une confidence personnelle : il met à nu la persistance d’une blessure coloniale mal refermée dans une partie de la vie politique française.

Car derrière l’émotion affichée, derrière le récit de l’exil et de l’enfance perdue à Oran, se rejoue un vieux scénario : celui d’une mémoire qui continue de se penser victime tout en refusant de regarder en face la réalité du système dont elle est issue.

Le mythe du « chez nous »

« On était chez nous », martèle Robert Ménard. Cette phrase, répétée depuis des décennies dans certains milieux nostalgiques de « l’Algérie française », n’est pas anodine. Elle est le cœur du problème.

Car non, la colonisation n’a jamais été une simple histoire d’enracinement familial ou de paysages aimés. Elle fut une entreprise de conquête, de dépossession et de domination institutionnalisée pendant 132 ans. Elle s’est construite sur : l’expropriation massive des Algériens, leur mise à l’écart juridique et politique et une violence structurelle documentée par l’historiographie.

Continuer, en 2026, à parler de « chez nous » sans nommer cette réalité n’est pas de la nostalgie innocente. C’est une forme de cécité politique.

Le rappel salutaire de l’histoire

L’historien Fabrice Riceputi a eu le mérite de remettre les pendules à l’heure. Face au récit victimaire, il a répondu sans détour :

« NON BEBERT, T’ETAIS PAS “CHEZ TOI”, MAIS, DEPUIS 1830, CHEZ “EUX” »

Et de rappeler une vérité souvent évacuée du débat public français : si le départ de 1962 a été un traumatisme réel pour de nombreux pieds-noirs, il s’inscrit dans l’effondrement d’un ordre colonial « profondément injuste à l’égard du peuple algérien ».

Autrement dit : on ne peut pas isoler la douleur de l’exil de la violence structurelle qui l’a rendue inévitable.

Le déni français qui perdure

Plus de soixante ans après l’indépendance, une partie du discours politique français reste prisonnière d’un récit inversé où la fin de la colonisation serait d’abord une tragédie française. Ce renversement mémoriel n’est pas neutre : il entretient un brouillage historique qui empêche toute relation apaisée avec l’Algérie.

Pendant que certains responsables continuent de parler de « terre perdue », l’Algérie, elle, a conquis sa souveraineté au prix d’une guerre longue et meurtrière face à l’État français dirigé notamment par Charles de Gaulle au moment des accords d’Évian.

Refuser d’intégrer cette réalité, c’est prolonger symboliquement le conflit dans le champ des mots.

Nommer enfin ce qui persiste

Il ne s’agit pas de nier les blessures individuelles ni les drames de l’exil. Il s’agit de refuser que ces douleurs servent, consciemment ou non, à blanchir le cadre colonial qui les a produites.

Tant que des responsables politiques français continueront d’entretenir l’illusion d’un « chez nous » colonial, la relation entre Paris et Alger restera prisonnière d’un passé mal digéré.

La nostalgie peut être humaine.
Le déni historique, lui, est politique.

Et en 2026, il est plus que temps de le nommer pour ce qu’il est.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 


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