Trop africain pour l’Europe, trop européen pour l’Afrique : le Makhzen Marocain et le malaise de l’identité continentale :

Il existe en Afrique un cas d’école, presque caricatural, de ce que Frantz Fanon aurait appelé une conscience mal à l’aise dans sa propre peau : Le Makhzen du Maroc. Un pays solidement arrimé au continent africain par la géographie, l’histoire et les peuples, mais dont l’imaginaire politique n’a jamais vraiment quitté la rive nord de la Méditerranée. Être africain, pour le  Makhzen, n’a jamais été un point de départ ; tout au plus une solution de repli, activée lorsque l’Europe rappelle, avec une froide régularité juridique, que l’Afrique commence au sud du détroit de Gibraltar.

La tentative d’adhésion à la Communauté économique européenne dans les années 1980 demeure un moment de vérité. Non pas une simple erreur de calcul technocratique, mais un aveu politique brutal : le Maroc ne se voyait pas comme une puissance africaine à part entière, mais comme un Européen empêché. Le rejet de 1987 n’a fait que confirmer une hiérarchie mentale déjà bien installée : l’Europe comme horizon naturel, l’Afrique comme voisinage contraignant. Dès lors, le Royaume s’est appliqué à devenir le meilleur élève non admis de l’Union européenne docile, utile, indispensable, mais jamais invité à s’asseoir à la table.

Pendant ce temps, l’Afrique attendait. Ou plutôt, elle avançait sans lui. Le retrait du Maroc de l’Organisation de l’unité africaine en 1984 constitue sans doute l’un des gestes les plus éloquents de cette fuite continentale. Quitter l’Afrique institutionnelle pendant plus de trois décennies, c’est faire un choix clair : celui de l’isolement volontaire, du mépris feutré pour les mécanismes panafricains jugés inefficaces, bruyants ou indignes d’un État tourné vers des partenaires « sérieux ». Peu importe que le différend du Sahara serve de justification ; aucun désaccord, aussi grave soit-il, ne légitime une absence aussi longue sans révéler un malaise plus profond.

Et puis vint le retour, en 2017. Un retour soigneusement mis en scène, salué par des discours lyriques sur la « famille africaine retrouvée ». Mais l’Afrique n’est pas dupe. On ne quitte pas une maison pendant trente ans pour y revenir en investisseur. Car c’est bien ainsi que le Maroc aborde aujourd’hui le continent : en banquier, en assureur, en entrepreneur, rarement en compagnon de lutte. L’Afrique est visitée, évaluée, financée, exploitée parfois — mais rarement aimée politiquement.

La coopération Sud-Sud vantée à longueur de communiqués ressemble souvent à un paternalisme bien habillé, où le Maroc se présente comme un intermédiaire « plus fiable » entre l’Afrique et l’Europe. Une Afrique utile, rentable, diplomatiquement alignée sur les priorités marocaines — notamment lorsqu’il s’agit de rallier des soutiens sur le dossier du Sahara — mais une Afrique encore trop souvent considérée comme un marché à conquérir plutôt qu’un projet à construire collectivement.

L’ironie atteint son sommet dans la relation maroco-européenne. Le Makhzen se plaint de ne jamais être pleinement accepté par l’Europe, tout en acceptant sans broncher d’en devenir le sous-traitant sécuritaire : gardien des frontières, filtre migratoire, gendarme régional. Il protège la forteresse européenne contre les Africains subsahariens, ses propres frères de continent, dans l’espoir persistant d’une reconnaissance qui ne viendra jamais. Être africain quand il s’agit de bloquer des migrants, être quasi-européen quand il s’agit de commerce : voilà la gymnastique identitaire.

Dans cette configuration, l’africanité du Makhzen apparaît comme conditionnelle et instrumentale. Elle s’active lorsque l’Europe ferme ses portes, lorsque les marchés africains deviennent attractifs, ou lorsque le soutien diplomatique du continent devient indispensable. Elle se fait discrète lorsque l’Afrique parle d’intégration politique, de souveraineté collective ou de rupture avec les dépendances postcoloniales.

Le cas marocain n’est pas isolé, certes, mais il est exemplaire. Il incarne cette tragédie postcoloniale où certaines élites africaines préfèrent être des partenaires mineurs de l’Europe plutôt que des acteurs majeurs de l’Afrique. Tant que l’Afrique restera, dans les imaginaires politiques, une option secondaire, elle continuera d’être traitée comme telle fragmentée, instrumentalisée, reléguée.

Le Makhzen  du Maroc aime rappeler qu’il est un « pont » entre l’Europe et l’Afrique. Mais un pont n’est jamais une destination. Et l’histoire jugera sévèrement ceux qui, ayant les deux pieds sur le continent africain, ont passé leur temps à regarder ailleurs.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

Algérie d’hier, Algérie d’aujourd’hui : quand la sobriété faisait société !

Il est toujours délicat d’évoquer le passé sans tomber dans l’idéalisation. La nostalgie, dit-on, reconstruit souvent ce qu’elle croit se rappeler. Pourtant, certaines évocations du passé ne relèvent pas du regret aveugle, mais d’un questionnement légitime sur l’évolution des valeurs collectives. C’est dans cette perspective qu’il convient d’interroger l’Algérie des années 1960 et 1970, non comme un âge d’or mythifié, mais comme un moment social révélateur d’un autre rapport au vivre-ensemble.

À cette époque, la société algérienne était matériellement pauvre, mais socialement structurée. Les ressources manquaient, les infrastructures étaient limitées, les déplacements rares, et pourtant la vie quotidienne semblait portée par une forme de sobriété heureuse, au sens où l’entendait Ivan Illich : une modération des besoins, un usage mesuré de l’espace commun, et une reconnaissance implicite de limites partagées.

L’espace public, justement, constituait un bien commun respecté. Les quartiers étaient entretenus, les constructions anarchiques quasi inexistantes, les jardins publics protégés. La propreté n’était pas le résultat d’un contrôle coercitif, mais l’expression d’une discipline sociale intériorisée. Chacun savait ce qui se faisait et ce qui ne se faisait pas. Cette intériorisation des règles témoignait d’un fort sentiment d’appartenance collective, aujourd’hui largement érodé.

L’école occupait une place centrale dans cet édifice social. Elle n’était pas seulement un lieu d’instruction, mais un espace de formation morale et civique. L’enseignant y jouissait d’un respect quasi sacré, non par crainte, mais par reconnaissance de son rôle symbolique. Le savoir constituait un capital social valorisé, et l’érudition une source de légitimité. Là où l’Algérie contemporaine célèbre parfois la richesse ostentatoire ou la notoriété creuse, l’Algérie d’hier accordait encore une reconnaissance sincère à l’intelligence et à l’honnêteté.

Les pratiques religieuses, bien que profondément enracinées, s’inscrivaient dans une logique de discrétion. La foi relevait de l’intime et du spirituel, non de la démonstration publique. Cette retenue permettait une coexistence apaisée entre différents modes de vie, notamment en ce qui concerne la condition féminine. Les femmes s’habillaient selon leurs choix, sans être soumises à une surveillance sociale agressive. Le haïk et la m’laya coexistaient naturellement avec les tenues occidentales, sans que cela ne suscite ni haine ni injonction morale.

La vie sociale se déployait autour de pratiques simples mais profondément structurantes : jeux de quartier, cafés comme lieux de sociabilité masculine, traditions féminines d’entraide, célébrations modestes mais sincères. Les mariages, sobres dans leur forme, étaient de véritables fêtes dans leur substance. Ils célébraient l’union, non la démonstration de statut social. La convivialité n’était pas mise en scène ; elle était vécue.

Même les contraintes matérielles lenteur des transports, inconfort des autocars, rareté des voitures n’étaient pas perçues comme des frustrations insurmontables. Voyager était une expérience collective, joyeuse, humaine. Le temps n’était pas encore soumis à l’urgence permanente, et l’efficacité n’avait pas remplacé la relation.

Certes, cette période se déroulait sous un régime politique autoritaire, marqué par une forte centralisation du pouvoir et un contrôle de l’expression publique. Il serait intellectuellement malhonnête de l’ignorer. Mais reconnaître ces limites n’invalide pas le constat d’une cohésion sociale aujourd’hui fragilisée, ni le sentiment d’une perte de repères collectifs.

L’Algérie contemporaine, saturée d’images, de discours contradictoires et d’injonctions sociales, semble avoir troqué la sobriété contre l’excès, la pudeur contre l’ostentation, la règle partagée contre la transgression banalisée. L’espace public est devenu un territoire disputé plutôt qu’un bien commun. La religion, parfois instrumentalisée, est passée du registre de l’intime à celui de l’affirmation identitaire. La réussite sociale se mesure de plus en plus à ce qui se montre, non à ce qui se construit.

Il ne s’agit pas de prétendre que « les Algériens étaient meilleurs avant », formule aussi simpliste qu’injuste. Il s’agit plutôt de reconnaître que les structures sociales façonnent les comportements, et que le démantèlement progressif de certaines institutions, école, culture, espace public a profondément modifié le rapport des individus à la collectivité.

Revenir sur cette période, ce n’est donc pas refuser la modernité ni appeler à un retour impossible. C’est poser une question essentielle :

Que voulons-nous préserver dans notre manière de faire société ?

Car une nation ne se définit pas uniquement par sa croissance, ses infrastructures ou ses slogans, mais par la qualité de ses liens, le respect de ses règles communes et la dignité silencieuse de son quotidien.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Trump ou la diplomatie du chantage:

Menaces commerciales, alliances conditionnelles, droit international relégué au rang d’accessoire : la diplomatie de Trump révèle un Empire qui gouverne par la force. Le danger n’est pas seulement la brutalité, mais l’accoutumance au renoncement.

Il ne s’agit plus d’un désaccord diplomatique, ni même d’un excès de langage présidentiel. Ce qui se joue aujourd’hui, sous couvert de brutalité trumpienne, c’est l’installation méthodique d’un monde où la loi recule devant la force, où le droit international est toléré tant qu’il ne contrarie pas l’intérêt du plus puissant.

Donald Trump ne négocie pas : il intimide.
Il ne propose pas : il exige.
Il ne convainque pas : il menace.

Et lorsqu’il annonce des droits de douane punitifs contre les vins et le champagne français pour contraindre un État souverain à s’aligner sur une initiative américaine, il ne fait pas de diplomatie  il pratique le chantage. Le commerce devient une matraque, l’économie une arme, la paix un prétexte.

La loi du plus fort, enfin assumée

Ce que certains feignent encore de découvrir n’a pourtant rien de nouveau. Les États-Unis n’abandonnent pas l’ordre international : ils cessent simplement d’en faire semblant. Le multilatéralisme n’est plus un cadre, mais un décor. Les alliances ne sont plus des engagements, mais des options révocables. Le droit n’est plus une limite, mais un obstacle que l’on contourne ou que l’on piétine.

Trump n’a pas inventé l’Empire.
Il l’a débarrassé de son hypocrisie.

L’imprévisibilité, érigée en méthode, est présentée comme une preuve de force. En réalité, elle est l’aveu d’un pouvoir incapable de se soumettre à autre chose qu’à lui-même. Un pouvoir qui change d’avis comme de chemise n’est pas souverain : il est capricieux. Et le caprice, lorsqu’il gouverne le monde, s’appelle l’arbitraire.

L’humiliation comme pédagogie politique

Les Européens en font l’expérience répétée : un jour flattés, le lendemain rabaissés. Sommés d’attendre, priés d’encaisser, invités à comprendre après coup. Alliés sur le papier, variables d’ajustement dans les faits. Le message est limpide : la protection américaine se mérite, l’obéissance est attendue, la contestation sanctionnée.

Cette diplomatie de l’humiliation n’est pas un accident. Elle est un outil. Elle rappelle à chacun sa place dans la hiérarchie impériale. Elle teste les résistances, mesure les renoncements, enregistre les silences.

Quand la prudence devient une lâcheté

Pendant que l’on menace des partenaires commerciaux pour obtenir des alignements politiques, les tragédies réelles s’enlisent dans l’inaction calculée. Les crimes documentés, les répressions sanglantes, les peuples écrasés attendent pendant que Washington « réfléchit ». Ce temps long, présenté comme de la prudence, est une posture commode. Il permet de ne rien faire tout en prétendant peser.

Mais l’Histoire est sévère avec ces faux scrupules. Elle ne confond jamais la prudence avec l’inaction, ni la complexité avec la démission. Dans les tragédies humaines, attendre n’est jamais neutre. Attendre, c’est déjà choisir.

Résister ou s’effacer

Le danger n’est pas seulement Trump. Le danger, c’est l’accoutumance. C’est l’acceptation progressive d’un monde où la menace devient un langage légitime, où l’humiliation remplace la négociation, où la force tient lieu de droit.

À force de s’habituer à l’arbitraire, on finit par le trouver normal.
À force de céder, on appelle cela du réalisme.
À force de se taire, on parle de responsabilité.

Ce monde-là n’est pas inévitable. Mais il le deviendra si ceux qui prétendent encore croire au droit, à la souveraineté et à la coopération internationale renoncent à les défendre autrement que par des discours. L’Histoire ne reproche pas aux dirigeants d’avoir hésité.
Elle reproche d’avoir cédé et surtout, d’avoir appelé cela de la sagesse.

Lorsqu’une puissance dotée de l’arme nucléaire, de la première armée du monde et d’un poids économique systémique adopte une politique étrangère fondée sur l’unilatéralisme, la menace et l’imprévisibilité, elle cesse d’être un acteur ordinaire des relations internationales. Elle devient un facteur de risque global. Le problème n’est pas l’Amérique en tant que nation, mais l’exercice d’un pouvoir qui confond domination et légitimité, force et droit.

Dans ces conditions, les décisions américaines ne peuvent être considérées comme relevant d’une souveraineté strictement interne. Elles engagent la stabilité mondiale, les équilibres régionaux et la sécurité collective. Les observer, les critiquer et les contester n’est pas une ingérence, mais une exigence de responsabilité internationale.

L’épisode iranien en fournit une illustration préoccupante. Menaces sans objectifs clairement énoncés, absence de cadre juridique, improvisation stratégique et recul contraint sous pression régionale : cette séquence révèle moins une vision politique qu’une gouvernance par l’ambiguïté et la contrainte. L’histoire rappelle pourtant que les interventions menées au nom de la stabilité produisent souvent l’inverse, comme l’a démontré le précédent de 1953 et ses conséquences durables.

Gouverner par la menace n’installe pas l’ordre, mais l’instabilité. Dans un monde déjà saturé de tensions, chaque décision irréfléchie devient un multiplicateur de risques. Face à cela, le silence n’est pas de la prudence.   C’est un renoncement.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Indignation en kit sioniste, humanisme et compassion sélectif !

« Pendant que certains peuples meurent dans le silence, d’autres deviennent soudainement des causes “nobles” à défendre. Cette tribune décortique l’indignation sélective des intellectuels français et dénonce l’humanisme à sens unique qui masque des postures politiques et idéologiques plus que la compassion réelle. Du Soudan à Gaza, de la Libye à l’Ukraine, il est temps de rappeler que les morts méritent tous la même dignité, et que la morale ne doit pas être à géométrie variable. »

Quelle semaine formidable pour la conscience universelle.
Après mûre réflexion et sans doute un rapide coup d’œil au calendrier géopolitique — une poignée d’« intellectuels français » a décidé qu’il était temps, enfin, de s’indigner. Pas trop tôt, mais juste à temps.

Car voyez-vous, des massacres, il y en a beaucoup. Mais tous ne se valent pas. Certains sont bruyants, médiatisables, idéologiquement rentables. D’autres sont encombrants, gênants, embarrassants. Il faut savoir trier. L’humanisme, comme tout produit de luxe, ne se distribue pas à la chaîne.

Breaking news : des morts viennent d’être découverts

L’Iran, nous apprend-on, serait le théâtre du « plus sanglant des massacres », d’une « ampleur inédite et inouïe ».
Inouïe ? Vraiment ?
À Gaza, des enfants meurent sous les bombes depuis des mois  mais manifestement, ce n’était pas assez inouï.
Au Soudan, des populations entières sont massacrées mais sans doute trop loin, trop pauvres, trop noires, trop peu stratégiques.
En Libye, on a détruit un État entier au nom des droits humains  mais ça, c’était hier, et surtout « pour de bonnes raisons ».

Il faut croire que certains cadavres ont une meilleure couverture médiatique que d’autres. Une question d’angle, de lumière, de narration.

L’universalisme… mais pas pour tout le monde

Les signataires se proclament héritiers des Lumières. Admirable.
Mais apparemment, ces Lumières ont un interrupteur : on / off.

  • On, quand les victimes sont politiquement exploitables.
  • Off, quand elles dérangent un allié, un récit ou une bonne conscience occidentale.

L’universalisme devient ainsi une option facultative, comme les sièges chauffants : très agréable, mais pas indispensable.

L’ingérence militaire : le fantasme éternel du sauveur

Et bien sûr, arrive l’argument-massue, celui qu’on sort quand on n’a plus d’idées mais beaucoup de certitudes :  « militairement s’il le faut ».

Ah, l’intervention militaire humanitaire…
Ce grand classique. Ce tube intergénérationnel.

Irak : échec.
Afghanistan : échec.
Libye : désastre absolu.
Mais rassurez-vous : cette fois, promis, ça marchera.

Pourquoi ?
Parce que ce sont les mêmes qui se trompent depuis trente ans, mais avec encore plus de certitude morale. L’histoire, ici, n’est pas une leçon : c’est une nuisance.

Laïcité, tolérance… et caricature civilisationnelle

Le texte prétend défendre la tolérance tout en recyclant un lexique digne d’un manuel colonial du XIXᵉ siècle. Barbares. Obscurantisme. Autre âge. Religion-alibi.

La République islamique est critiquable évidemment.
Mais ici, ce n’est pas un régime qui est attaqué, c’est un imaginaire, une culture, une civilisation entière, réduite à un décor de barbarie. Curieuse conception de la tolérance.
Étonnante manière de défendre la laïcité en essentialisant une religion.

La mémoire historique façon buffet

On nous ressort Sartre et Foucault, soigneusement choisis comme coupables idéaux. Très pratique : ils sont morts, donc ils ne répondent pas.

Mais étrangement : aucune mention des guerres soutenues par l’Occident, aucune autocritique sur les ventes d’armes, aucun mot sur les dictatures « amies ». La mémoire fonctionne ici comme un projecteur : elle éclaire ce qui arrange et plonge le reste dans le noir.

Le summum : le “délit de non-assistance à peuple en danger”

Moment d’anthologie. Nous voilà sommés de culpabilité morale : si nous n’intervenons pas, nous serions complices.

Votre accusation ultime  le « délit de non-assistance à peuple en danger » est un chef-d’œuvre de posture morale. Aujourd’hui, bravo : votre indignation est enfin confortable, visible, et médiatiquement rentable.

Ne changez rien. Continuez à hiérarchiser les morts avec gravité, à brandir l’humanisme comme un étendard et à appeler à la guerre au nom de la paix. Grâce à vous, nous comprenons que certaines indignations ne parlent pas des victimes, mais de ceux qui les brandissent.

Question simple : où était cette même indignation quand des peuples entiers criaient déjà sous les bombes occidentales ou alliées ?
Où était cette même urgence morale ?

Sans doute coincée dans les embouteillages de la realpolitik

Conclusion : quand la morale devient un décor :

Ce texte n’est pas un appel humaniste.
C’est un spectacle sioniste, une indignation mise en scène, calibrée, idéologiquement rentable. Il ne s’agit pas de sauver des peuples.
Il s’agit de désigner les bons tyrans et les mauvais, les victimes dignes et les victimes négligeables, les morts qui méritent un communiqué et ceux qui doivent rester silencieux.

L’humanisme qui choisit ses causes, qui ferme les yeux sur certains crimes et réclame la guerre pour d’autres, n’est plus un humanisme.
C’est une posture morale en libre-service.

Et à force de s’indigner à sens unique, ces consciences autoproclamées ne révèlent qu’une chose : non pas leur courage, mais leur hypocrisie.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Football, propagande et mauvaise foi : quand la CAN devient un tract idéologique:

Il ne s’agit plus ici de sport, ni même d’analyse politique, mais d’un exercice de propagande à peine maquillé. Sous couvert de célébrer la CAN organisée au Maroc, certains textes versent dans une rhétorique agressive où l’Algérie sert de bouc émissaire commode, et le football de prétexte idéologique.

Dans la presse Marocaine, Ça sent la vassalisation !  Les personnes ayant les mauvaises opinions sur l’Algérie (uniquement) seront donc autoriser  de les exprimer, On se demande bien pourquoi ?

Une tartine d'émotion, une légère distorsion qui pourrait nous faire croire que l’Algérie pour les Algériens va très mal, sans une grande Prière collective à Palais royale du Makhzen ?
Bravo mesdames et messieurs les sujets du Makhzen (y compris les auto-proclamés) ! Vous ne pouviez pas faire moins et vous ne ferez pas plus ! Bien évidemment, rien ! Un point de détail, une peccadille, une poutre dans l'œil ça aussi, ça fait pleurer

Dès la première ligne, le ton est donné : la CAN « révèle plus qu’un événement sportif ». Traduction : le football ne sera pas analysé, il sera exploité. Le ballon rond devient un outil narratif, un décor utile pour rejouer une rivalité politique régionale déjà saturée de clichés.

L’organisation marocaine est décrite comme une réussite incontestable, unanimement saluée, presque miraculeuse. Mais cette unanimité proclamée repose sur du vide : aucun observateur nommé, aucune source indépendante, aucun rapport vérifiable. Le compliment devient auto-certification. Ce n’est pas de l’information, c’est de l’autosatisfaction éditoriale.

En face, la « presse algérienne » est convoquée comme un bloc hostile, uniforme, caricatural. Aucun média cité, aucune analyse de contenu, aucune nuance. On ne critique pas des articles, on condamne un pays. Ce procédé n’est pas journalistique : il est idéologique.

La défaite sportive de l’Algérie est ensuite érigée en faute morale et politique. Perdre ne serait pas seulement perdre, mais révéler une incapacité structurelle à accepter l’échec, un trait culturel, presque anthropologique. Le raisonnement est grotesque, mais assumé : la défaite devient preuve, le score devient diagnostic.

Le plus ironique est que le texte reproche précisément à l’Algérie ce qu’il fait lui-même : politiser le sport. Il dénonce la transformation d’un match en affaire politique tout en livrant, ligne après ligne, une lecture obsessionnellement politique de l’événement. L’accusation est un aveu.

Les mots « propagande », « falsification », « acharnement » sont répétés comme des mantras. Ils remplacent les faits. Ils dispensent de démontrer. À ce stade, le vocabulaire sert de matraque, pas d’outil analytique.

L’argument sécuritaire, lui, frôle l’indécence : 800 caméras de surveillance brandies comme trophée. Comme si la quantité de dispositifs de contrôle devenait une preuve de supériorité morale. Comme si la surveillance était synonyme de vertu. Ce glissement est révélateur.

Les accusations de violences contre arbitres et journalistes sont lancées sans la moindre source, sans enquête, sans décision officielle citée. Dans n’importe quel autre contexte, on parlerait de rumeur ou de désinformation. Ici, cela passe pour une vérité auto-évidente, car elle sert le récit exhibitionniste obscène des faiseurs de phrases sur une scène où seuls les actes comptent.

Puis vient le sommet de l’absurde : le football comme révélateur de la « nature d’un régime ». On atteint là le degré zéro de la pensée politique. Si cette logique tenait, il faudrait réécrire l’histoire mondiale à chaque Coupe du monde, classer les États selon leurs tirs cadrés et mesurer la démocratie au nombre de corners.

Enfin, l’isolement régional de l’Algérie est asséné comme une conclusion naturelle, sans aucun indicateur diplomatique, sans données concrètes, sans analyse géopolitique sérieuse. Le verdict précède l’enquête. La sentence remplace l’argument. Tout ça est très beau et très vertueux.

Conclusion

Ce texte ne célèbre pas une réussite sportive : il instrumentalise un événement pour nourrir une narration hostile, simpliste et agressive. Il accuse la propagande tout en en adoptant les ressorts les plus grossiers : généralisation, moralisation, absence de sources, disqualification de l’adversaire.

La réussite d’un pays n’a jamais eu besoin d’abaisser son voisin pour exister.
Et le football africain mérite mieux que d’être transformé en champ de bataille idéologique par des plumes qui confondent opinion, militantisme et information.
Mais ressemble plus à un exercice pour se donner bonne conscience, et est surtout pour beaucoup qui travaillent dans les médias et la presse une occasion de donner des gages au reste de la profession pas trop loin du Palais.

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CAN 2025 du Makhzen : On – Two - Three Viva la Corruption !!!!!!

La défaite du Maroc face au Sénégal à la CAN n’a pas seulement révélé une fragilité sportive passagère. Elle a surtout mis à nu l’usage de la corruption et avec un malaise plus profond : l’incapacité d’une partie du discours médiatique marocain à accepter la perte sans sombrer dans le soupçon, la hiérarchisation culturelle et le déni politique.

Ce qui s’est joué en finale de la CAN 2025 au Maroc n’est pas seulement un match de football. C’est un révélateur du réflexe dangereux de la victimisation !!!!!!

Quand une défaite devient immédiatement « étrange », quand la victoire de l’autre est décrite comme une « comédie », une « manipulation » ou une « autre façon de jouer », ce n’est plus du sport : c’est un déni. Un refus brutal d’admettre que le Maroc peut perdre, même en étant fort, même en étant favori.

Le Sénégal n’a pas triché. Il n’a pas humilié. Il n’a pas confisqué le jeu. Il a résisté, protesté dans un cadre réglementaire, tenu mentalement et gagné. Point. Tout le reste relève d’une victimisation nationale devenue réflexe politique.

Le plus grave n’est pas la colère. Le plus grave est le glissement idéologique : opposer un Maroc « rationnel », « méthodique », « moderne » à une Afrique réduite à la ruse, à l’émotion et à l’irrégularité. Cette vision n’est ni neuve ni innocente. Elle recycle, sous couvert de football, des hiérarchies coloniales que l’on croyait dépassées.

Parler d’« Africains » comme d’un bloc homogène, face à un Maroc qui serait « à part », c’est nier une évidence : le Maroc est africain, pleinement, totalement, sans astérisque. Et l’Afrique n’est pas une essence mais un champ de luttes, de styles, de choix, de tactiques.

Le penalty raté n’est pas un symbole mystique. Il n’est ni le signe d’un complot, ni d’un malaise africain, ni d’un sabotage psychologique. C’est un échec sportif individuel, inscrit dans un cadre collectif. Le reste est une fuite.

Ce discours de soupçon permanent abîme tout : le football, l’intelligence du public, la relation aux autres peuples africains, et notre propre capacité à progresser. Une nation qui se veut forte doit d’abord être responsable. Et une équipe qui aspire au sommet doit apprendre une chose essentielle : perdre sans salir le jeu.

Le football n’est pas un tribunal identitaire.la vraie maturité n’est pas de gagner toujours.
C’est de savoir perdre sans salir le jeu, ni l’adversaire, ni le continent auquel on appartient pleinement.

À force de parler de « match étrange », de « comédie dramatique », de comportements « indignes », on glisse dangereusement d’une analyse sportive vers une délégitimation de l’adversaire. Le Sénégal n’a pas volé sa victoire. Il a joué selon les règles, avec sang-froid et maîtrise, pendant que le Maroc, pourtant talentueux, n’a pas su faire la différence au moment décisif.

Ce match n’est pas un drame africain, ni une trahison, ni une comédie obscure.
C’est une défaite difficile, dans un contexte de forte attente collective.

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Affaire Christophe Gleizes : un prétexte à l’arrogance médiatique du Makhzen

Sous couvert de défendre un journaliste français détenu en Algérie, une partie de la presse marocaine s’est lancée dans une opération bien connue : transformer une affaire judiciaire complexe en tribunal idéologique contre l’État algérien, avec menaces, chantage symbolique et jubilation punitive.
L’article intitulé « plier ou subir une éjection du Mondial 2026, l’Algérie a (déjà) choisi » ne relève ni de l’analyse ni de l’information. Il relève de la mise en scène d’une capitulation attendue, présentée comme une humiliation méritée.

Il faut le dire clairement : ce texte ne défend pas la liberté de la presse, il défend un rapport de domination.

La FIFA, nouvelle police morale du monde ?

L’argument central de cette tribune repose sur une fable : la FIFA serait devenue une autorité morale mondiale, prête à sanctionner un État pour une violation des droits humains.
C’est non seulement faux, mais indécent.

La FIFA : a fermé les yeux sur des milliers de morts sur les chantiers du Mondial au Qatar, collabore sans sourciller avec des régimes autoritaires, n’a jamais exclu un pays pour emprisonnement de journalistes, même massif.

Brandir aujourd’hui la menace d’une exclusion de l’Algérie relève soit de l’ignorance crasse, soit de la manipulation consciente. La FIFA n’est pas un tribunal des droits humains. Elle est une organisation d’intérêts, profondément politique quand cela l’arrange, silencieuse quand cela rapporte.

Le football comme arme de chantage collectif

L’idée selon laquelle l’équipe nationale algérienne serait la “vitrine” d’un régime qu’il faudrait punir est une insulte : aux joueurs, aux supporters, à un peuple qui vit le football comme un espace d’émotion et d’unité, pas comme un instrument de pouvoir.

Menacer d’exclure une sélection nationale d’une Coupe du monde pour faire pression sur un État, c’est punir collectivement une population au nom d’une morale à géométrie variable.
C’est exactement le contraire d’un combat pour les droits humains.

Une indignation sélective, donc discréditée

Pourquoi cette mobilisation spectaculaire ?
Pourquoi cette pression médiatique ?
Pourquoi cette rhétorique quasi belliqueuse ?

La réponse est simple : le rapport de force est jugé favorable.

Des journalistes croupissent en prison : en Égypte, en Turquie, au Maroc, en Arabie saoudite.

A-t-on vu la FIFA débarquer dans leurs procès ?
A-t-on lu des éditoriaux annonçant leur humiliation sportive ?
Non.

Ce deux poids deux mesures, suffise à disqualifier moralement le discours tenu contre l’Algérie.

Le texte incriminé ne se contente pas de critiquer une décision judiciaire. Il adopte un ton de mépris constant : “régime irrationnel”, “puéril”, “se déculotter”.

Ce vocabulaire n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une longue tradition où l’Algérie est sommée de : céder, s’expliquer, se justifier, puis s’humilier.

Ce n’est plus une défense d’un journaliste. C’est une jouissance politique, celle de voir un État anciennement colonisé placé sous tutelle morale permanente.

Mais une cause juste ne se défend pas par des méthodes injustes.
Transformer un journaliste en levier de chantage sportif et diplomatique est une faute politique grave y compris envers lui.

Conclusion

À force de menacer, de moraliser et d’exiger des capitulations publiques, certains éditorialistes oublient une réalité dérangeante : la défense des droits humains ne supporte ni le deux poids deux mesures, ni l’amnésie sélective.

Car pendant que l’on brandit l’affaire Christophe Gleizes comme un étendard pour exiger l’humiliation politique et sportive de l’Algérie, le silence est assourdissant sur d’autres injustices, pourtant flagrantes, documentées et actuelles.

À 83 ans, gravement malade et détenu à l’isolement, Mohamed Ziane mène une grève de la faim dans les prisons marocaines. Ancien ministre délégué aux droits de l’homme, avocat, ancien bâtonnier du barreau de Rabat et figure centrale de la vie politique marocaine, il incarne aujourd’hui une vérité que beaucoup préfèrent taire : au Maroc aussi, la justice est devenue une arme politique, utilisée pour neutraliser les voix critiques et régler des comptes politiques.

Son état de santé est alarmant. Sa détention est indéfendable.
Et pourtant, malgré l’intervention formelle du Comité des droits de l’homme des Nations unies, qui a demandé un aménagement de peine pour des raisons humanitaires et médicales dans l’attente de l’examen au fond de la plainte déposée par l’ONG AlKarama, les autorités marocaines ont choisi le passage en force. Pire : cette demande onusienne a été suivie non d’un geste d’apaisement, mais de la réactivation opportune d’une nouvelle procédure judiciaire, fondée sur un supposé détournement de fonds datant de 2015. Une manœuvre transparente. Un acharnement judiciaire assumé.

Où sont alors les éditoriaux indignés ?
Où sont les menaces d’exclusion sportive ?
Où est la FIFA, soudain si concernée par la morale judiciaire ?

Ce silence révèle l’essentiel : ce qui est dénoncé n’est pas l’injustice, mais l’injustice commise par les “mauvais” États. Les autres bénéficient d’une indulgence stratégique, d’un mutisme complice, voire d’une protection médiatique.

La liberté de la presse, la dignité humaine et l’État de droit ne sont pas des armes à dégainer contre des adversaires géopolitiques, puis à rengainer face à des alliés. Elles sont indivisibles ou elles ne sont rien.

À défaut de cette cohérence minimale, les grandes envolées morales ne sont plus que ce qu’elles sont réellement : des instruments de pression politique, habillés du vocabulaire des droits humains. Et c’est précisément cette instrumentalisation qui, loin de faire avancer la justice, la discrédite.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/