Algérie–France : le déni mémoriel, dernier refuge de la domination coloniale

En marge de l’hommage rendu à Hocine Aït Ahmed à Alger, parrainé par Edgar Morin, sociologue, philosophe et membre d’honneur de la fondation Hocine Aït Ahmed, je tiens à retenir les déclarations de l’historien français Benjamin Stora ont, une fois encore, mis en lumière une réalité que la France continue de contourner : la crise mémorielle entre l’Algérie et la France n’est ni accidentelle ni conjoncturelle. Elle est le produit d’un déni historique organisé, qui prolonge sous des formes contemporaines la domination coloniale exercée pendant plus d’un siècle.

Lorsque Benjamin Stora affirme que la France doit encore « reconnaître plein de choses », il désigne une responsabilité lourde que l’État français refuse d’assumer pleinement. La colonisation de l’Algérie ne fut pas une « œuvre civilisatrice » ni une simple parenthèse de l’histoire, mais un système structuré de dépossession, de violences de masse, de racisme institutionnel et de négation de l’existence politique du peuple algérien. Reconnaître cette réalité ne relève pas d’un geste symbolique : c’est une obligation politique et morale.

La question des restitutions en constitue l’un des marqueurs les plus révélateurs. Restes humains de résistants algériens conservés dans les musées français, archives confisquées, biens culturels spoliés : le refus persistant de restituer pleinement ces éléments relève d’une violence symbolique continue. Il s’agit d’un prolongement direct de la logique coloniale d’appropriation et de domination, travestie aujourd’hui en prudence administrative ou en débat académique. Tant que la France se réservera le droit de décider seule de ce qui peut être rendu ou non, elle perpétuera un rapport asymétrique hérité de l’ordre colonial.

Le contexte politique français aggrave encore cette impasse. La montée en puissance de l’extrême droite n’est pas un simple accident électoral ; elle s’inscrit dans une continuité idéologique avec le passé colonial. Nostalgique de l’Empire, hostile à toute reconnaissance des crimes coloniaux, cette mouvance refuse d’accepter l’indépendance de l’Algérie comme une victoire légitime d’un peuple en lutte. Elle impose dans le débat public un récit national falsifié, où la violence coloniale est minimisée et où la mémoire algérienne est systématiquement disqualifiée.

Mais réduire le problème à l’extrême droite serait une erreur. Le blocage mémoriel est avant tout un choix politique d’État. Le rapport remis par Benjamin Stora en janvier 2021, pourtant modéré et largement consensuel, proposait des mesures claires : ouverture accrue des archives, reconnaissance explicite de la responsabilité de l’État français, poursuite des restitutions, reconnaissance officielle d’événements majeurs comme les massacres du 17 octobre 1961. Le fait que ces recommandations soient restées largement lettre morte révèle l’absence de volonté réelle de rompre avec l’héritage colonial.

Ce refus n’est pas neutre. Il structure encore aujourd’hui les relations entre l’Algérie et la France, dans les domaines diplomatique, économique et migratoire. Le déni mémoriel nourrit une posture post-impériale où la France continue de se penser en donneuse de leçons, tout en refusant l’égalité mémorielle et politique avec son ancienne colonie. La mémoire devient alors un outil de pouvoir, utilisé pour maintenir une hiérarchie entre les récits et les souffrances.

Il faut le dire clairement : tant que la France refusera de reconnaître l’histoire de l’indépendance algérienne comme une libération légitime et irréversible, toute invocation de la « réconciliation » restera vide de sens. Il ne peut y avoir d’apaisement durable sans vérité, ni de partenariat équilibré sans reconnaissance pleine et entière des crimes coloniaux.

L’heure n’est plus aux formules prudentes ni aux gestes symboliques fragmentaires. La France doit assumer explicitement sa responsabilité d’État dans la colonisation de l’Algérie, engager des restitutions complètes et irréversibles, ouvrir sans restriction l’ensemble des archives coloniales et reconnaître sans ambiguïté la légitimité historique de la lutte de libération nationale.
À défaut, le discours mémoriel français continuera d’être non pas un travail de vérité, mais le prolongement politique d’une domination que l’histoire a pourtant déjà condamnée.

L’affirmation de Benjamin Stora selon laquelle l’extrême droite française est « résolument opposée à toute concession envers l’Algérie » appelle une mise en miroir tout aussi assumée : l’Algérie, depuis la rupture ouverte par les déclarations d’Emmanuel Macron, n’a cessé d’affirmer avec constance qu’elle ne cédera rien sur le terrain de la mémoire. Il ne s’agit pas d’une posture, mais d’une ligne politique claire, fondée sur une exigence de vérité et de justice.

Car ce que certains voudraient cantonner à un simple « dossier mémoriel » relève en réalité de crimes historiques majeurs, de violences systémiques et de pratiques qui, par leur ampleur et leur nature, interrogent le droit international et la responsabilité des États. Les nostalgiques de « l’Algérie française », enfermés dans la négation et la rancœur, devront se résoudre à cette réalité irréversible : la colonisation n’a jamais été qu’une parenthèse imposée par la force, un accident sanglant de l’histoire algérienne, et non un héritage légitime à défendre ou à réhabiliter.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

CAN.2025 : Le Makhzen dans sa fièvre de Mensonge, fièvre de Corruption :

l’obsession du pouvoir pour le football comme outil de prestige et de diversion, au détriment des urgences vitales : santé, éducation, logement et dignité humaine. Derrière les stades flambant neufs et les trottoirs repeints à la hâte se dessine un choix politique assumé : privilégier l’image internationale et le spectacle de masse plutôt que la vie réelle des citoyens. Une critique frontale d’un modèle de développement fondé sur la vitrine, la communication et l’oubli organisé des plus vulnérables.

Le Makhzen du Maroc avait tout misé dans le football  pour en faire un opium du peuple. Mais, cette drogue est tellement forte et le Makhzen tellement obstiné  d’essayer d’en faire quelque chose d’utile pour sortir avec une belle vitrine pour le Maroc. Mais le Maroc n’a pas réussi à emporter cette coupe, La baraka  du mensonge et de la corruption n’a été de retour, Le tout dans une ambiance de délire collectif, à la fois triste et agressif. On avait envie plus de les plaindre que de les punir.

 Quelque chose de l’épidémie dansante royale a envahi les âmes de ces pauvres diables. A croire que l’âme marocaine est malade, mentalement malade. Qui l’a rendu malade ? La corruption fragrante, le mensonge royal et la prostitution  à grande échelle.  Il s’agit d’un cas clinique.

Le Maroc ne joue pas au football : il l’exploite. Il ne gagne pas par le génie sportif, mais par l’efficacité d’un système qui sait recruter les bons cadres… à condition qu’ils soient dociles, corrompus ou parfaitement alignés. La vraie question n’est donc pas de savoir comment le Maroc réussit dans le football, mais pourquoi cette compétence miraculeuse disparaît dès qu’il s’agit d’éducation, de santé ou de justice sociale.

Car enfin, comment expliquer qu’un État capable de sortir des stades en douze mois soit incapable de sauver des hôpitaux laissés à l’agonie depuis des décennies ? Comment justifier qu’on refasse trottoirs, avenues et façades entières pour un match de football, pendant que les sinistrés du séisme de Marrakech croupissent encore dans l’attente d’un logement digne, noyés sous les promesses et les communiqués ?

Ce n’est pas une contradiction. C’est un choix politique. Clair. Brutal. Assumé.

Les élites ont tranché : le spectacle avant le soin, la vitrine avant la vie, l’image avant l’humain. Une voie non inclusive, profondément inégalitaire, et dont l’efficacité économique relève du mythe. Car le « décollage » tant promis n’est jamais venu. Les analystes sérieux le savent ; seuls les touristes émerveillés et les journalistes pressés continuent de confondre un aéroport clinquant avec le développement, un stade moderne avec la prospérité.

Nous vivons une époque dure, violente, dominée par les rapports de force. Le monde ne récompense plus la douceur, mais l’image de puissance. Le football est devenu un outil politique global, une arme de diversion massive. Il passe avant tout. Avant l’école. Avant l’hôpital. Avant la dignité et dans cette logique-là, il n’y a pas de citoyens : il n’y a que des figurants.

Malheur aux vaincus !

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Par malaise identitaire la France a-t-elle peur de l’immigration ?

 

Derrière les discours sur l’immigration et la laïcité, se cache une crise plus profonde : celle du rapport de la société française au sens  identitaire,  le monde est à leurs yeux de plus en plus dangereux. L’immigration est la première de leurs préoccupations. Ils soutiennent massivement la fermeture des frontières aux migrants et éprouvent une défiance élevée à l’égard des musulmans.

La France affirme, depuis plusieurs années, sa crainte face à l’immigration. Cette inquiétude structure les débats politiques, alimente les controverses médiatiques et se traduit dans les urnes. Elle est généralement justifiée par des arguments sécuritaires, culturels ou socio-économiques. Pourtant, une lecture attentive du malaise français révèle une réalité plus complexe : ce qui trouble la société n’est pas uniquement l’arrivée de populations étrangères, mais ce que cette présence rend visible et interroge en profondeur.

Car l’immigration, telle qu’elle est perçue aujourd’hui, agit comme un révélateur. Elle met en lumière une fracture moins souvent nommée : le rapport ambigu, voire conflictuel, de la France contemporaine au religieux et, plus largement, au sacré. Ce qui dérange n’est pas tant l’altérité culturelle que l’expression assumée d’une foi dans l’espace public. Ce n’est pas l’étranger en tant que tel, mais ce qu’il rappelle à une société qui se pensait définitivement sortie du religieux.

La France est pourtant façonnée par une longue histoire spirituelle. Le christianisme a structuré son imaginaire, son patrimoine, sa pensée et ses institutions. La laïcité, dans son esprit fondateur, n’avait pas pour vocation de nier la foi, mais de garantir la liberté de conscience et de permettre la coexistence pacifique des croyances. Or, au fil du temps, ce principe juridique s’est parfois transformé en norme culturelle implicite, valorisant l’invisibilisation du religieux comme condition de l’ordre social.

Dans ce contexte, la visibilité d’une religion vécue de manière quotidienne dans les pratiques, les rythmes de vie, les signes corporels entre en tension avec une société largement sécularisée. Cette tension ne repose pas nécessairement sur un rejet doctrinal, mais sur une gêne plus diffuse : celle de voir réapparaître, au cœur d’un espace public rationalisé, une dimension que l’on croyait reléguée au passé ou à la sphère strictement privée.

Le malaise français est donc moins religieux qu’existentiel. Il interroge la capacité collective à définir ce qui fonde encore le projet commun. La France peine aujourd’hui à dire si elle est une culture, une mémoire, une promesse politique ou une simple organisation administrative. Cette indétermination fragilise le débat public. Faute de repères symboliques clairs, la laïcité est parfois mobilisée comme un rempart défensif, non contre une menace réelle, mais contre une inquiétude plus profonde : celle de voir remit en question un modèle de société qui peine à donner du sens.

Les débats autour de l’assimilation, du voile ou des pratiques religieuses traduisent ainsi une asymétrie spirituelle. D’un côté, des individus pour qui la transcendance continue de structurer l’existence ; de l’autre, une société largement désenchantée, où le religieux a perdu sa centralité. Cette coexistence devient conflictuelle lorsque la foi demeure visible, assumée, et qu’elle met en lumière le vide symbolique laissé par son effacement.

Dire que la France aurait peur d’une religion spécifique serait donc une simplification. Ce qui inquiète davantage, c’est ce que cette religion comme toute foi vivante vient rappeler : que la modernité n’a pas répondu à toutes les questions, que le progrès matériel ne suffit pas à combler le besoin de sens, et que la rationalité politique ne peut, à elle seule, fonder une vision complète de l’humain.

Pourtant, la tradition intellectuelle française s’est longtemps distinguée par sa capacité à penser ensemble la raison et l’esprit. Philosophes, écrivains et penseurs ont su reconnaître que l’homme ne se réduit ni à son utilité sociale ni à sa fonction économique. Oublier cette profondeur revient à déplacer le débat vers des peurs secondaires, tout en évitant la question centrale.

L’enjeu contemporain dépasse donc largement la seule question migratoire. Il concerne la capacité de la France à se réconcilier avec sa propre profondeur, à reconnaître que la foi — lorsqu’elle s’inscrit dans le respect du cadre commun et de la dignité humaine ne constitue pas une menace, mais un fait social et existentiel incontournable. Le silence spirituel n’est pas nécessairement un progrès ; il peut aussi être le signe d’un appauvrissement.

La véritable question n’est donc pas seulement : qui arrive ?
Elle est plus dérangeante : qui sommes-nous devenus pour trembler ainsi devant le sacré ?

Tant que cette interrogation restera implicite, la France continuera de débattre bruyamment de l’immigration, tout en taisant ce qui, en profondeur, la met réellement en crise.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Du football à l’immigration : l’amalgame français !

À chaque grande compétition impliquant l’Algérie, le même scénario se répète dans le débat public français. Une polémique sportive surgit, un incident marginal est médiatisé, et aussitôt ressurgit un discours qui ne parle plus de football, mais d’immigration, de loyauté nationale, de menace intérieure et de mémoire coloniale. Ce n’est plus de l’analyse : c’est du confusionnisme ou mieux encore c’est littéralement un meeting politique, les comiques de médias peuvent être amusants, mais là !

Et il est temps de le dire clairement.

Une double stratégie diabolisation médiatique et coercition administrative fragilise non seulement les Algériens de France, mais aussi l’idée même d’une relation apaisée entre deux pays, au moment où le l’extrême droite brosse hypocritement dans le sens du poil. Gouverner par la rancune et la punition collective n’a jamais produit autre chose que du ressentiment. Et l’administration, lorsqu’elle devient instrument de règlement de comptes diplomatiques, cesse d’être un service public pour devenir une arme politique.

Le football comme prétexte idéologique

La Coupe d’Afrique des nations n’est ni un test d’intégration, ni un référendum identitaire, ni un indicateur de la cohésion nationale française. Les polémiques arbitrales, les accusations de favoritisme et les frustrations collectives sont consubstantielles au football mondial. Elles existent à tous les niveaux, dans toutes les compétitions, sur tous les continents.

Faire croire que les supporters algériens auraient une relation singulière, pathologique ou dangereuse à la défaite relève d’une falsification intellectuelle. Ce n’est pas une analyse : c’est une mise en récit anxiogène.

La minorité violente comme alibi moral

Les polémiques arbitrales, accusations de favoritisme et soupçons de complot sont structurelles au football, en Afrique comme ailleurs.

Le Maroc, le Sénégal, le Nigeria, l’Égypte ou le Cameroun ont tous, à différents moments, dénoncé l’arbitrage.

Les réactions émotionnelles des supporters algériens ne sont ni uniques ni spécifiques.

Les réseaux sociaux amplifient ces réactions en donnant une visibilité disproportionnée aux discours extrêmes.

Parler d’un « droit de gagner » refusé aux Algériens relève donc d’une perception subjective, pas d’un fait objectivable.

Oui, des incidents ont eu lieu. Oui, ils sont condamnables. Mais leur instrumentalisation est révélatrice. Depuis quand juge-t-on une population de plusieurs millions de personnes à l’aune de quelques dizaines ou centaines d’individus ?

Ce raisonnement n’est jamais appliqué aux autres groupes sociaux ou nationaux. Il ne l’est que lorsqu’il s’agit des Algériens ou des Français d’origine algérienne. Ce deux poids deux mesures n’est pas un accident : c’est un choix politique et médiatique.

L’obsession démographique comme fantasme

La litanie des chiffres contradictoires sur l’immigration algérienne, accompagnée de l’accusation systématique de mensonge institutionnel, ne vise pas à informer mais à inquiéter. Peu importe que les catégories statistiques soient connues, discutées et transparentes : le soupçon tient lieu de preuve.

Cette obsession démographique révèle moins une réalité objective qu’une peur diffuse, nourrie par des discours qui confondent volontairement immigrés, descendants d’immigrés, nationaux français et figures fantasmées de l’« envahissement ».

Intégration : le procès moral permanent

Le discours dominant finit toujours par converger vers la même accusation implicite : les Algériens ou leurs descendants n’aimeraient pas la France. C’est une affirmation grave, rarement démontrée, souvent répétée.

Elle permet surtout d’éviter de parler des causes structurelles des difficultés sociales : inégalités territoriales, discriminations persistantes, déclassement économique. En transformant une question sociale en procès moral, on exonère les politiques publiques de toute responsabilité.

La mémoire coloniale instrumentalisée, encore et toujours

Comparer les relations franco-algériennes à des analogies historiques extrêmes relève moins de l’ignorance que de la manipulation. La mémoire coloniale est ici utilisée comme une arme rhétorique, non pour comprendre, mais pour disqualifier.

Faire porter à des individus vivant en France la responsabilité de discours étatiques algériens est une absurdité logique. Mais c’est une absurdité commode : elle permet de transformer une histoire conflictuelle en accusation contemporaine.

La racialisation : le point de non-retour

Lorsque la couleur de peau d’un arbitre devient un élément d’analyse, le débat a déjà sombré. Introduire la race là où elle n’a aucune pertinence sportive ou sociale n’est pas un dérapage : c’est un choix idéologique.

Et le plus grave est sans doute là : dénoncer le racisme de certains supporters tout en essentialisant, en retour, une population entière. On ne combat pas l’essentialisation par l’essentialisation. On ne combat pas le racisme par le soupçon racial.

Ce que ce débat dit vraiment de la France

Ce débat ne dit pas grand-chose de l’Algérie. Il parle surtout de la France, de son incapacité persistante à penser sereinement son passé colonial, sa diversité contemporaine et ses espaces de défoulement symbolique, comme le football.

À force de tout confondre — sport, immigration, insécurité, mémoire — on fabrique exactement ce que l’on prétend redouter : du ressentiment, de la défiance et une polarisation toujours plus brutale.

La rigueur intellectuelle impose une exigence minimale : distinguer les faits, refuser les amalgames, et cesser d’utiliser le football comme substitut à un débat politique que l’on n’ose pas mener frontalement.

Le reste n’est pas de l’analyse. C’est de la peur mise en mots.

Ce débat n’est pas pollué par l’Algérie, ni par ses supporters, ni même par le football. Il est pollué par une paresse intellectuelle devenue méthode, par une obsession identitaire recyclée à chaque événement sportif, et par une incapacité chronique à distinguer faits, émotions et fantasmes. En faisant du football africain un tribunal de l’immigration algérienne, certains commentateurs ne décrivent pas une réalité : ils projettent une angoisse.

L’amalgame est devenu un réflexe. L’incident, une preuve. Le soupçon, une démonstration. Et la race, un sous-texte jamais assumé mais toujours mobilisé. Ce n’est plus de l’analyse, c’est une mécanique. Une mécanique dangereuse, car elle transforme chaque match en prétexte, chaque défaite en accusation collective, chaque Algérien en suspect symbolique.

À force de refuser la complexité, on fabrique de la défiance. À force de confondre sport, immigration et mémoire coloniale, on alimente le ressentiment que l’on prétend dénoncer. Et à force de parler des Algériens sans jamais parler sérieusement des politiques françaises, on entretient une illusion commode : celle d’un problème extérieur, culturel, presque anthropologique.

Il serait temps d’avoir le courage intellectuel de le reconnaître : ce débat ne dit rien de l’Algérie. Il dit tout d’une France qui préfère régler ses comptes identitaires par procuration, dans les tribunes de football, plutôt que d’affronter lucidement son histoire, ses fractures sociales et ses responsabilités politiques.

Le reste n’est pas une controverse. C’est une fuite.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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On, Two, Three ! Mohamed VI joue si bien au foot et emporte la Coupe !!!!


Un parti pris idéologique évident sous couvert d’analyse par un auteur un sujet du Makhzen en service à l’extrême droite de France, se présente (ou est présenté) comme un « spécialiste de la violence et de l’identité ». Or,  pour accumuler des clichés, son texte révèle surtout une lecture unilatérale et orientée, où la violence est systématiquement projetée sur l’Algérien, jamais interrogée comme phénomène universel, contextuel ou partagé.

Les débordements de supporters sont sélectivement interprétés : ils deviennent non pas des actes individuels ou circonstanciels, mais l’expression d’une “âme algérienne malade”. Cette généralisation est un procédé classique de stigmatisation collective : on part de faits isolés (réels ou amplifiés) pour pathologiser tout un peuple.

Un spécialiste sérieux de la violence aurait au contraire rappelé que : Le hooliganisme existe partout, les CAN, les Coupes du monde et les derbys européens regorgent d’exemples similaires et que le football est précisément un espace où les pulsions collectives se déchaînent indépendamment des nationalités. Lorsqu’en Europe des supporters brûlent des villes entières, on parle de violences urbaines ou de hooliganisme. Lorsqu’il s’agit d’Algériens, vous parlez de folie nationale. Ce n’est pas une différence d’analyse. C’est un deux poids deux mesures idéologique.

À la lecture de sa prose, une évidence s’impose pourtant : la violence qu’il prétend analyser, il la produit lui-même, par le verbe, par l’amalgame, par la stigmatisation collective. Et l’identité qu’il prétend interroger, il la réduit, la pathologise, la méprise — toujours du même côté de la frontière.

Car sous couvert d’un commentaire sur la CAN et l’organisation marocaine, ce texte se transforme rapidement en un réquisitoire contre l’Algérie et les Algériens, pris dans leur ensemble, essentialisés, psychiatrisés, renvoyés à une supposée déficience morale et mentale. Ce glissement n’a rien d’accidentel : il est idéologique.

Une indulgence asymétrique : le Maroc absous, l’Algérie condamnée, le déséquilibre saute aux yeux :

Côté algérien : hystérie, folie, maladie mentale, cas clinique, besoin de fatwa et de rééducation morale.

Côté marocain : organisation impeccable, hospitalité, baraka, succès mérité… puis seulement des critiques techniques et économiques dépolitisées.

Même lorsque l’auteur critique le Maroc (stades vs hôpitaux), il le fait :

  • sans jamais attaquer l’“âme marocaine”,
  • sans jamais parler de maladie collective,
  • sans jamais convoquer la religion ou la psychiatrie.

Cela révèle un double standard évident, incompatible avec toute prétention à l’objectivité.

Une obsession algérienne mal dissimulée :

Ce qui frappe, c’est que dans un texte censé analyser la CAN au Maroc : l’Algérie occupe une place centrale, devient le miroir négatif permanent, sert de repoussoir identitaire.

Cela dit quelque chose non pas de l’Algérie, mais du rapport obsessionnel qu’une partie de l’élite médiatique marocaine entretient avec elle. La violence ici n’est pas seulement dans les tribunes, elle est dans le discours, dans la manière de dire l’autre, de le réduire, de l’humilier symboliquement

Ce texte parle beaucoup de football marocain, mais il parle surtout de l’Algérie. Elle est partout : comme menace, comme contre-modèle, comme repoussoir identitaire. Cette obsession trahit une chose simple : l’Algérie n’est pas un objet d’analyse, elle est un problème à régler symboliquement.

Or, l’hostilité répétée, la caricature permanente, la négation de la complexité de l’autre sont elles-mêmes des formes de violence. La violence ne se manifeste pas seulement dans les stades ; elle se niche aussi dans les tribunes médiatiques, dans les mots qui humilient, dans les phrases qui enferment des millions d’êtres humains dans une pathologie imaginaire.

Car sous couvert d’un commentaire sur la CAN et l’organisation marocaine, ce texte se transforme rapidement en un réquisitoire contre l’Algérie et les Algériens, pris dans leur ensemble, essentialisés, psychiatrisés, renvoyés à une supposée déficience morale et mentale. Ce glissement n’a rien d’accidentel : il est idéologique.

Il y a des textes avec lesquels on ne débat pas. On les démolit. Celui-ci en fait partie.

Ce qui est présenté comme une analyse lucide n’est rien d’autre qu’un acte d’hostilité idéologique, un texte de mise en accusation collective, un pamphlet anti-algérien qui ne dit pas son nom mais qui s’assume dans ses mots. Parler d’« âme algérienne mentalement malade », de « cas clinique », de peuple à soigner, ce n’est pas dépasser les bornes : c’est changer de nature. On n’est plus dans l’opinion. On est dans la désignation d’un ennemi anthropologique.

Ce texte ne critique pas des comportements. Il condamne une identité.

La psychiatrisation comme méthode de domination

Transformer un peuple en pathologie est l’une des plus vieilles armes du mépris politique. Ce procédé permet tout : l’humiliation, la hiérarchisation morale, la négation de la dignité. Ce que l’on ne veut pas comprendre, on le déclare fou. Ce que l’on ne veut pas reconnaître comme égal, on le rend malade.

Ce langage n’a rien d’innocent. Il appartient à une tradition lourde, sale, déshonorante. Celle qui expliquait hier que certains peuples n’étaient pas mûrs pour la liberté. Celle qui aujourd’hui explique que certains peuples ne savent pas se tenir dans un stade sans relever de la psychiatrie.

Faudrait encore une fois rappeler à notre sujet du Makhzen qu’une enquête nationale marocaine a révélé que 48,9 % des Marocains âgés de 15 ans et plus présentent des signes de troubles mentaux. Malgré ce chiffre significatif, la maladie mentale reste encore méconnue chez le grand public, et fait l'objet de rejet ou de peur. Jamais l’auteur ne parle d’“âme marocaine malade”, jamais il n’appelle les imams marocains à émettre des fatwas pour calmer leurs concitoyens, jamais il ne suggère que la société marocaine serait un « cas clinique ». Ce deux poids deux mesures n’est pas une erreur d’analyse : c’est un parti pris.

Le football comme prétexte, l’Algérie comme obsession

Ne nous mentons pas. Le football n’est qu’un décor. Ce texte aurait pu être écrit à propos de n’importe quel événement. L’important n’est pas la CAN. L’important, c’est l’Algérie. Toujours l’Algérie. Comme problème. Comme gêne. Comme anomalie.

Tout y passe : la dictature éternelle, la haine de la France, l’incapacité morale, l’hystérie collective. L’Algérie n’est pas décrite : elle est chargée, empilée, accablée. Elle sert de miroir négatif pour flatter une auto-image nationale propre, rationnelle, civilisée.

Ce n’est pas une comparaison régionale. C’est une construction hiérarchique.

“Le peuple algérien vaut mieux que ça” : la phrase la plus toxique

Il faut s’arrêter sur cette phrase, car elle est centrale. Elle est la clé du dispositif. Dire qu’un peuple « vaut mieux que ça », tout en expliquant qu’il est malade, fou, incapable de se contrôler, c’est le dépouiller de sa souveraineté morale.

C’est parler comme un tuteur parle d’un mineur. Comme un médecin parle d’un patient. Comme un colon parlait d’un indigène.

Cette phrase n’est pas bienveillante. Elle est paternelle, arrogante, insultante. Elle autorise tout ce qui suit. Elle permet de frapper en prétendant aimé.

La haine travestie en lucidité

Le procédé est connu : commencer par dire que « le peuple algérien vaut mieux que cela », pour ensuite expliquer qu’il est malade, fou, égaré et incapable de se sauver sans tutelle morale. C’est le masque le plus hypocrite du mépris. Celui qui prétend aimer un peuple tout en lui niant sa pleine humanité.

Un véritable discours responsable aurait rappelé que : les peuples ne sont pas des blocs homogènes, les comportements de supporters ne définissent pas une nation et que la rivalité politique entre États ne justifie jamais la stigmatisation des populations.

L’auteur prétend analyser la violence. Il ne la voit pas lorsqu’elle sort de sa propre plume. Or il faut le dire clairement : ce texte est violent. Plus violent que des chants de stade. Plus violent que des billets brûlés. Parce qu’il vise plus haut et plus large : l’existence morale d’un peuple entier. Les cris s’éteignent. Les mots, eux, restent. Et ceux-ci disent : les Algériens sont un problème.

Et tant que cette haine se déguisera en analyse, il faudra la briser, sans détour, sans précaution, sans politesse.

Ce texte ne dénonce pas la violence : il la reproduit sous une forme symbolique.
Il ne cherche pas à comprendre l’Algérie : il la réduit. Il ne contribue pas au débat maghrébin : il l’empoisonne.

À force de voir la violence uniquement chez le voisin, on finit par oublier celle que l’on exerce soi-même par la plume. Et à force de parler d’identité comme d’une essence malade ou saine, on finit par trahir ce que devrait être le rôle premier de l’intellectuel : complexifier, humaniser, relier, plutôt que diviser, humilier et exclure.

Conclusion, l’auteur en question en bon sujet du Makhzen  avait très certainement oublié de nous dire que   Mohamed VI, roi du Maroc, était absent  du premier match de la Coupe d’Afrique des nations qui s’est lancée au Maroc. Le roi raréfie ses apparences, Pourtant, Mohamed VI, souverain et architecte de ce Maroc tourné vers le football et ses instances, le foot a toujours été très politique au Maroc,  le Roi aime passionnément ce sport et reste un bon joueur de foot aura très certainement Mohamed VI aura sa coupe, ce serait une excellente nouvelle pour le moral des Marocains, mais il faut nuancer l’image du Maroc moderne, avec la face cachée derrière la carte postale. Les Marocains vont faire une parenthèse pendant cette CAN, pour profiter de ce moment festif, parce que le football est la deuxième religion du Maroc. Si vous mettez tout ça bout à bout, ça vous donne un récit triomphaliste, dont le football est une pièce du puzzle.

Mais ça reste conjoncturel. Après la fête, la réalité reviendra, celle de la situation politique, économique et sociale" C’est un pays qui a évolué, qui a lutté contre la pauvreté extrême, mais les inégalités sont toujours là.

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Mercosur : France tous contre, tous incohérents !


Malgré tout le tintouin politique, motions de censure et larmes médiatiques, le traité sera signé. Moralité : la France, grande gueule de l’UE, ne décide pas grand-chose.

Le Mercosur arrive, et la France fait sa crise de larmes : RN, LFI, éditorialistes, tout le monde est contre… sauf qu’on ne décide de rien. Les agriculteurs ? Des héros-commerçants qui pleurent sur un traité encore inexistant pendant qu’on achète des tomates chinoises et des iPhones.

Entre vouloir des poulets gambadés librement et des prix bas, et des normes impossibles qui étranglent les fermes, la France s’est inventé un dilemme qu’elle ne résoudra jamais.

Et les politiciens ?

Toujours prêts à surfer sur la colère pour paraître utiles, tout en applaudissant l’inefficacité générale. Bravo, la cohérence économique et politique française, une vraie tragédie comique.

Les agriculteurs, boucs-émissaires préférés : on pleure sur leur sort, mais le Mercosur n’a rien encore commencé. Les vrais coupables ? Concurrence intra-européenne, normes à gogo et l’énorme décalage entre qualité et prix.

La France coincée entre deux logiques impossibles : produire pas cher et de qualité, ou de la meilleure qualité au prix fort ? On fait ni l’un ni l’autre, condamnant notre agriculture et nos paysans à naviguer dans l’incohérence… tandis que tout le monde applaudit en parlant de “solidarité avec le monde agricole”.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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L’Iran : la machine répressive du mensonge occidental encore une fois !

 

Quand les “experts” recyclent la guerre comme solution morale. Il faut être soit d’une naïveté abyssale, soit d’une malhonnêteté assumée pour ne pas reconnaître le mécanisme à l’œuvre. Ce qui se déploie aujourd’hui autour de l’Iran n’est pas une analyse, ni une alerte humanitaire, ni une réflexion stratégique. C’est un copier-coller idéologique, usé jusqu’à la corde, dont chaque étape est connue à l’avance.

Le régime iranien est autoritaire ? Oui. Répressif ? Oui. Brutal ? Oui. Et après ?
C’est précisément là que commence la manipulation.

La morale comme prétexte, la guerre comme objectif : La violence du régime iranien n’est pas décrite pour être combattue politiquement. Elle est exhibée pour désactiver toute pensée critique. Une fois l’horreur posée, toute question devient suspecte, toute prudence est assimilée à une complicité, toute mémoire historique à une trahison. Ce n’est plus une analyse : c’est une intimidation morale.

La contestation confisquée, encore

Les mobilisations en Iran sont réelles. Leur colère est légitime. Mais croire ou feindre de croire, qu’elles échapperont aux ingérences étrangères relève du mensonge pur. On nous a déjà servi cette fable en Syrie : la rue, puis les financements, les armes, les “alliés”, les proxies, la guerre par procuration. Le résultat est connu : un pays détruit, une population broyée, et les mêmes “experts” qui regardent ailleurs. L’Iran ne ferait pas exception. Il serait pire.

Les chiffres bidons, carburant idéologique

« 80 % des Iraniens détestent le régime ».
Qui a mesuré ? Comment ? Où ? Quand ? Personne ne le sait. Personne ne le peut. Mais le chiffre circule, sanctifié, repris en boucle. Il ne sert pas à comprendre une société, mais à fabriquer une permission morale. Hier, on avait les armes de destruction massive.
Aujourd’hui, on a des pourcentages fantômes.

Reza Pahlavi : l’aveu colonial

Quand on prétend libérer un peuple en lui imposant le fils d’un dictateur honni, tout est dit. Les jeunes Iraniens ignorent ce nom. Les anciens s’en souviennent très bien : torture, police politique, dépendance au « Grand Satan ». Son seul véritable soutien se trouve hors d’Iran, dans les studios occidentaux et les cercles néoconservateurs. Ce n’est pas un projet démocratique. C’est un réflexe impérial.

Démocratie à sens unique

Netanyahou est massivement rejeté par la population israélienne. Corruption, autoritarisme, violence d’État, mépris du droit international. Pourtant, personne ne parle de « régime à abattre ». La démocratie n’est invoquée que contre les ennemis. Jamais contre les alliés. Ce n’est pas un oubli. C’est une règle.

Quand le droit devient facultatif

Dire que « l’ordre international n’a plus de sens » face à un régime jugé immoral, c’est admettre que la loi n’existe que pour les faibles. C’est consacrer la loi du plus fort. C’est justifier toutes les guerres à venir. Ce discours ne combat pas la barbarie.
Il en est la théorisation moderne.

le scénario que nous connaissons déjà

Nous avons pris connaissance déjà tout ça. Ils répètent le même scénario en boucle
avec tous les détails. La formule ne change jamais.

« Oh non, le peuple du pays ciblé est opprimé ! Il a besoin de liberté et de démocratie ! »

« Tiens, je suis sûr qu’on pourrait utiliser notre puissante armée pour les aider à obtenir la liberté et la démocratie ! Ce serait formidable, non ? »

 « Oh non, maintenant le régime maléfique commet des atrocités ! Vous savez que c’est vrai parce que c’est dans les médias, et les médias n’ont pas le droit de mentir ! Nous devons faire quelque chose ! Nous ne pouvons pas rester les bras croisés ! »

Et après ?  Après, ce sont toujours les mêmes ruines. Et toujours les mêmes experts pour expliquer que personne ne pouvait prévoir.

Refuser la guerre n’est pas de la naïveté, c’est de la mémoire

Il faut être clair : refuser une intervention contre l’Iran, ce n’est pas défendre les mollahs. C’est refuser d’être les figurants consentants d’un scénario déjà écrit, déjà joué, déjà catastrophique.

Depuis cinquante ans, l’Occident applique la même recette : indignation morale, diabolisation, promesse de transition, chaos, ruines, puis oubli.

Ce n’est pas de la lucidité.
C’est une pathologie politique.

La vraie irresponsabilité n’est pas de douter.
La vraie irresponsabilité consiste à persister, contre toute évidence, à croire que bombarder, sanctionner, renverser de l’extérieur produira enfin, miraculeusement,
a démocratie

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/