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Par malaise identitaire la France a-t-elle peur de l’immigration ?

 

Derrière les discours sur l’immigration et la laïcité, se cache une crise plus profonde : celle du rapport de la société française au sens  identitaire,  le monde est à leurs yeux de plus en plus dangereux. L’immigration est la première de leurs préoccupations. Ils soutiennent massivement la fermeture des frontières aux migrants et éprouvent une défiance élevée à l’égard des musulmans.

La France affirme, depuis plusieurs années, sa crainte face à l’immigration. Cette inquiétude structure les débats politiques, alimente les controverses médiatiques et se traduit dans les urnes. Elle est généralement justifiée par des arguments sécuritaires, culturels ou socio-économiques. Pourtant, une lecture attentive du malaise français révèle une réalité plus complexe : ce qui trouble la société n’est pas uniquement l’arrivée de populations étrangères, mais ce que cette présence rend visible et interroge en profondeur.

Car l’immigration, telle qu’elle est perçue aujourd’hui, agit comme un révélateur. Elle met en lumière une fracture moins souvent nommée : le rapport ambigu, voire conflictuel, de la France contemporaine au religieux et, plus largement, au sacré. Ce qui dérange n’est pas tant l’altérité culturelle que l’expression assumée d’une foi dans l’espace public. Ce n’est pas l’étranger en tant que tel, mais ce qu’il rappelle à une société qui se pensait définitivement sortie du religieux.

La France est pourtant façonnée par une longue histoire spirituelle. Le christianisme a structuré son imaginaire, son patrimoine, sa pensée et ses institutions. La laïcité, dans son esprit fondateur, n’avait pas pour vocation de nier la foi, mais de garantir la liberté de conscience et de permettre la coexistence pacifique des croyances. Or, au fil du temps, ce principe juridique s’est parfois transformé en norme culturelle implicite, valorisant l’invisibilisation du religieux comme condition de l’ordre social.

Dans ce contexte, la visibilité d’une religion vécue de manière quotidienne dans les pratiques, les rythmes de vie, les signes corporels entre en tension avec une société largement sécularisée. Cette tension ne repose pas nécessairement sur un rejet doctrinal, mais sur une gêne plus diffuse : celle de voir réapparaître, au cœur d’un espace public rationalisé, une dimension que l’on croyait reléguée au passé ou à la sphère strictement privée.

Le malaise français est donc moins religieux qu’existentiel. Il interroge la capacité collective à définir ce qui fonde encore le projet commun. La France peine aujourd’hui à dire si elle est une culture, une mémoire, une promesse politique ou une simple organisation administrative. Cette indétermination fragilise le débat public. Faute de repères symboliques clairs, la laïcité est parfois mobilisée comme un rempart défensif, non contre une menace réelle, mais contre une inquiétude plus profonde : celle de voir remit en question un modèle de société qui peine à donner du sens.

Les débats autour de l’assimilation, du voile ou des pratiques religieuses traduisent ainsi une asymétrie spirituelle. D’un côté, des individus pour qui la transcendance continue de structurer l’existence ; de l’autre, une société largement désenchantée, où le religieux a perdu sa centralité. Cette coexistence devient conflictuelle lorsque la foi demeure visible, assumée, et qu’elle met en lumière le vide symbolique laissé par son effacement.

Dire que la France aurait peur d’une religion spécifique serait donc une simplification. Ce qui inquiète davantage, c’est ce que cette religion comme toute foi vivante vient rappeler : que la modernité n’a pas répondu à toutes les questions, que le progrès matériel ne suffit pas à combler le besoin de sens, et que la rationalité politique ne peut, à elle seule, fonder une vision complète de l’humain.

Pourtant, la tradition intellectuelle française s’est longtemps distinguée par sa capacité à penser ensemble la raison et l’esprit. Philosophes, écrivains et penseurs ont su reconnaître que l’homme ne se réduit ni à son utilité sociale ni à sa fonction économique. Oublier cette profondeur revient à déplacer le débat vers des peurs secondaires, tout en évitant la question centrale.

L’enjeu contemporain dépasse donc largement la seule question migratoire. Il concerne la capacité de la France à se réconcilier avec sa propre profondeur, à reconnaître que la foi — lorsqu’elle s’inscrit dans le respect du cadre commun et de la dignité humaine ne constitue pas une menace, mais un fait social et existentiel incontournable. Le silence spirituel n’est pas nécessairement un progrès ; il peut aussi être le signe d’un appauvrissement.

La véritable question n’est donc pas seulement : qui arrive ?
Elle est plus dérangeante : qui sommes-nous devenus pour trembler ainsi devant le sacré ?

Tant que cette interrogation restera implicite, la France continuera de débattre bruyamment de l’immigration, tout en taisant ce qui, en profondeur, la met réellement en crise.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

 

 

 


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