L’Algérie, cette « dictature » qui dérange surtout parce qu’elle ne se couche pas
Il y a des mots que l’Occident distribue comme d’autres distribuaient autrefois les coups de règle sur les doigts des indigènes : démocratie, autoritarisme, droits humains, transition, bonne gouvernance. Le tout accompagné du regard professoral de ceux qui ont transformé la planète en champ de ruines au nom de la liberté.
Et parmi les étiquettes favorites du prêt-à-penser géopolitique figure celle-ci : « l’Algérie est une dictature ».
Rien que ça.
Le mot tombe avec la subtilité d’un drone américain et la profondeur analytique d’un éditorial rédigé entre deux cocktails dans une rédaction parisienne. Une formule pratique : elle évite de réfléchir, dispense de comprendre l’histoire du pays et permet surtout de criminaliser toute souveraineté récalcitrante.
Car au fond, le véritable crime de l’Algérie n’est pas d’être une dictature. Son crime est de ne pas être domestiquée.
Une vraie dictature ? Regardons les faits, pas les fantasmes.
Une dictature, normalement, écrase toute contestation jusqu’au silence absolu. Or l’Algérie a connu l’un des plus grands mouvements populaires du monde arabe : le Hirak. Des millions de citoyens dans la rue pendant des mois. Un président poussé vers la sortie. Une crise politique traversée sans guerre civile, sans effondrement de l’État, sans scénario à la libyenne ou à la syrienne.
Étrange dictature, décidément.
Bien sûr, tout n’a pas été parfait. Aucun pays réel ne ressemble aux brochures des ONG sous perfusion de subventions occidentales. Mais réduire l’Algérie à une caricature totalitaire relève moins de l’analyse que du réflexe idéologique.
Le plus amusant reste d’ailleurs la liste de ceux qui distribuent les brevets démocratiques.
Les mêmes capitales qui s’émeuvent de l’Algérie vendent des armes à des monarchies où l’on ne vote pas, applaudissent des régimes où l’opposition finit en prison, déroulent le tapis rouge à des autocraties pétrolières transformées en stations-service géantes de l’Occident.
Mais Alger, elle, ose parler de souveraineté, refuse certaines tutelles, défend ses intérêts énergétiques, garde une diplomatie indépendante. Et soudain, miracle lexical : la voilà « autoritaire ».
Le vocabulaire occidental est souvent moins un dictionnaire politique qu’un manuel de dressage.
Autre détail gênant pour les procureurs médiatiques : l’Algérie reste l’un des rares États de la région à conserver un socle social massif. Logements subventionnés, santé gratuite, éducation gratuite, soutien aux produits de base, allocation chômage : autant de mécanismes que des pays se prétendant modèles démocratiques ont abandonnés depuis longtemps au nom du marché roi.
Curieuse tyrannie, encore une fois : elle distribue davantage de protection sociale que nombre de démocraties libérales où le citoyen croule sous les dettes, les assurances privées et la précarité maquillée en “flexibilité”.
Évidemment, l’Algérie a ses rigidités, ses lenteurs, ses bureaucraties étouffantes, ses contradictions. Personne de sérieux ne le nie. Mais entre reconnaître les limites d’un système et réciter les slogans importés des laboratoires médiatiques étrangers, il existe un fossé.
L’Algérie n’est pas une copie conforme des modèles occidentaux. Et c’est précisément ce que certains ne lui pardonnent pas.
Depuis l’indépendance, une partie du regard occidental sur l’Algérie reste traversée par une frustration presque coloniale : celle de voir un pays anciennement dominé persister à décider seul. À contrôler son récit. À ne pas demander la permission.
Alors oui, l’Algérie dérange.
Elle dérange parce qu’elle refuse l’alignement
automatique.
Parce qu’elle conserve une mémoire historique que d’autres voudraient voir
dissoute.
Parce qu’elle continue de penser que la souveraineté n’est pas un archaïsme
mais une condition de dignité.
Et cela suffit souvent, aujourd’hui, pour être qualifié de « dictature » par ceux qui ont transformé le monde en marché sous surveillance morale permanente.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/

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