Gérald Darmanin en Algérie : tournée électorale d’un shérif en quête de sondages :

Attention, Gérald Darmanin arrive en Algérie. Cachez les micros, rangez les caméras et vérifiez les sondages : le ministre français vient sauver la République à coups de photos officielles et de phrases viriles.

Objectif du voyage ? Officiellement : la coopération judiciaire.

Objectif réel ? Faire comprendre aux électeurs français qu’il est capable de prononcer « DZ Mafia » sans cligner des yeux.

À Paris, chaque ministre de l’Intérieur rêve secrètement de devenir président. Certains lisent de Gaulle. Darmanin, lui, lit les courbes d’audience de CNews comme un trader cocaïné suit le Bitcoin.

Alors le voilà en tournée maghrébine, costume sombre, mâchoire crispée, regard de préfet sous caféine. On imagine déjà les titres :
« Darmanin hausse le ton. »
« Darmanin ferme la porte. »
« Darmanin tape du poing. »
À ce rythme-là, il va finir par déclarer la guerre à un couscous.

Le plus drôle reste cette manie française consistant à transformer tous ses problèmes internes en importations étrangères. Marseille explose ? Alger. Le trafic ? Alger. Les gangs ? Alger. Demain il pleuvra sur Lyon et BFMTV demandera probablement une commission d’enquête au gouvernement algérien.

La « DZ Mafia » est devenue le nouveau Pokémon médiatique : il faut absolument la citer dans chaque discours sécuritaire pour gagner des points chez les électeurs paniqués.

Pendant ce temps, personne ne pose la seule question embarrassante :
Qui a fabriqué ce désastre social français ?
Spoiler : ce n’est ni le Sahara ni la Casbah.

Mais Darmanin n’est pas là pour réfléchir. Il est là pour poser. La politique française moderne fonctionne désormais comme Instagram : une posture, un slogan, une indignation et filtre bleu-blanc-rouge.

Et puis il faut comprendre sa difficulté : quand Marine Le Pen parle fort, toute la droite française attrape soudainement un complexe d’infériorité acoustique. Alors chacun hurle plus fort que l’autre sur l’immigration, les frontières, l’identité et les Arabes pardon, « les enjeux sécuritaires ».

Résultat : l’Algérie sert encore de punching-ball diplomatique dans le championnat national du populisme français. La bonne nouvelle, c’est qu’ici, ce cinéma commence à fatiguer tout le monde. Les Algériens regardent désormais ces visites ministérielles comme on regarde une vieille rediffusion : on connaît déjà les répliques, les mensonges et même les grimaces.

On connaît le scénario : aujourd’hui la « fermeté », demain les débats identitaires, après-demain la candidature présidentielle. Darmanin fait de la diplomatie comme d’autres font du marketing : sans profondeur, sans mémoire et surtout sans réciprocité.

Le problème, c’est qu’en Algérie, ce théâtre impressionne de moins en moins. Les Algériens ont déjà vu passer trop de ministres français venus expliquer l’Algérie aux Algériens, souvent avec le ton paternaliste du professeur qui découvre son ancien manuel colonial dans un grenier poussiéreux.

Alors non, cette visite ne mérite ni enthousiasme ni colère excessive. Elle mérite quelque chose de plus humiliant politiquement : l’indifférence froide. Parce qu’au fond, cette agitation n’a rien à voir avec l’Algérie. Elle concerne uniquement les convulsions de la politique française, où la surenchère sécuritaire est devenue un concours de testostérone électorale entre la droite et l’extrême droite.

Et Darmanin y participe avec l’énergie d’un homme qui court après un destin présidentiel comme un chroniqueur CNews court après une polémique : bruyamment, quotidiennement, et sans jamais risquer la nuance.

La vérité est peut-être là : ce ministre ne voyage pas pour rapprocher deux peuples. Il voyage pour fabriquer une affiche de campagne avec un passeport diplomatique.

Darmanin repartira avec ses photos.
Les chaînes françaises auront leurs débats hystériques.
Les éditorialistes applaudiront « la fermeté républicaine » avec des trémolos patriotiques.

L’Algérie, elle, n’a aucune raison de servir de décor aux ambitions intérieures d’une classe politique française qui recycle sans cesse les mêmes obsessions, les mêmes peurs et les mêmes calculs électoraux

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

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