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Quand la plume du Makhzen déraille sur le rail algérien :


 Quand la presse du Makhzen s'improvise experte en haute finance, cela donne un naufrage journalistique mémorable ! 🚂📉

Entre fantasmes de banqueroute et ignorance totale des mécanismes bancaires africains (où l'Algérie est le 3ᵉ actionnaire de la BAD), certains chroniqueurs rivalisent de zèle pour plaire au Palais. Une belle démonstration d'une plume en quête permanente de satisfecit royal.

Dans une lecture de la presse du Makhzen, on connaissait le journalisme d’investigation, le journalisme d’opinion, et même le journalisme de préfecture, mais avec le média proche du Palais et ses pairs du royaume de l'illusion, cette presse sous perfusion palatiale vient d'inventer un nouveau genre : la comptabilité de café du commerce appliquée à la haute finance africaine.

Dans une tirade enflammée où le ridicule dispute le haut du pavé à l'incompétence technique, un veilleur du Makhzen pousse des cris d'orfèvre effarouché : « L'Algérie s'endette ! Le train de la souveraineté roule à crédit ! »

Sauf qu'à force de regarder par le petit bout de la lunette du Palais, le rédacteur en chef s'est pris les pieds dans le tapis des réalités financières internationales. Décryptage d'un naufrage journalistique sur fond d'obsessions algorithmiques anti-algériennes.

La leçon de finance d'un élève qui ne sait pas lire un bilan

Reprenons les chiffres, car la rigueur contrairement au zèle monarchique exige un minimum d'honnêteté intellectuelle.

L'auteur hurle au loup en voyant passer des lignes de financement de la Banque Africaine de Développement (BAD). Ce qu'il oublie commodément de préciser à ses lecteurs (sans doute jugés trop crédules pour vérifier), c'est une donnée pourtant fondamentale : l’Algérie n'est pas un mendiant au guichet de la BAD, elle en est le 3ᵉ actionnaire africain avec 5,6 % du capital, soit un engagement de plus de 11,5 milliards de dollars.

  ALGERIE (Actionnaire à 5,6% / ~11,5 Mds $)

          ├────── Mobilisation de fonds propres adossés ────┐

          ▼                                                ▼

┌───────────────────┐                             ┌───────────────────┐

│ Banque Africaine │ ── Prêt adossé (~1 Md $) ──>│ Ligne Ferroviaire│

│ de Développement │                             │ Alger-Tamanrasset│

└───────────────────┘                             └───────────────────┘

En clair :

L'auto-adossement financièrement intelligent : Techniquement, l'Algérie ne subit pas un « prêt extérieur classique » aux conditions draconiennes du FMI. Elle mobilise une fraction de son propre capital auprès d’une institution financière intergouvernementale dont elle est co-propriétaire.

La réalité des proportions : Le concours de la BAD sur ce projet d'envergure transsaharienne s'élève à environ 900 millions d'euros (près d'un milliard de dollars), rapporté à un coût global qui dépasse les 3,2 milliards de dollars.

Le ratio réel : Les financements d'appoint extérieurs représentent moins d'un tiers de l'opération. Le reste ? Financé cash sur fonds propres par le budget national.

Mais évidemment, expliquer qu'un État utilise les leviers bancaires multilatéraux dont il détient lui-même les clés de coffre-fort cassent la narration de « la banqueroute » patiemment tricotée dans les salons dorés.

Le grand écart comique des valets de presse

Il y a une poésie macabre à lire la prose des scribes du royaume quand ils tentent d'expliquer au reste du continent ce qu'est la souveraineté économique.

« Le régime ne s'endette pas, il se fait mettre des fonds à disposition », ironise le journaliste.

C'est l'hôpital qui se moque de la charité, servi sur un plateau d'argent. Voir la presse officielle d'un pays surendetté auprès des bailleurs internationaux donner des leçons de souveraineté budgétaire à un voisin qui finance 70 % d'un mégaprojet ferroviaire sur sa propre cassette, cela relève de l'acrobatie mentale de haut niveau.

Pour notre pamphlétaire d'occasion, 1 500 kilomètres de rails à travers le Sahara ne sont qu'un « projet de communication ». Bien sûr ! Relier le Méditerranée au cœur de l'Afrique subsaharienne, désenclaver des régions entières et structurer l'infrastructure du continent ne sert à rien si l'on ne peut pas couper le ruban en fracassant son propre budget.

La bave du crapaud et la caravane du rail

Le reste de l'article déroule le chapelet habituel des clichés usés jusqu'à la corde : les queues de lait, le poulet, et l'effondrement prétendu du monde. Une soupe tiède servie aux lecteurs pour tenter de masquer la panique stratégique que suscite le développement des infrastructures logistiques du voisin du Nord.

Ce que révèle cet article, ce n'est pas une défaillance de l'économie algérienne ; c'est la soumission intellectuelle d'une plume en quête permanente de satisfecit royal. À force de vouloir plaire au Makhzen, l'auteur livre une caricature d'analyse, truffée d'omissions volontaires et de raccourcis grossiers.

L'Algérie construit son réseau, sécurise ses investissements et fait tourner son capital bancaire africain. Pendant ce temps, sur le papier journal du royaume, le train de Tamanrasset roule déjà... mais c'est l'auteur qui reste sur le quai, avec sa grille de lecture complètement dépassée.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »