La MINURSO est morte, vive la bonne franquette du mensonge !
Il paraît qu’au
royaume de la lune de miel éternelle avec le Palais, on ne pleure pas les morts
: on les maquille. L’article que nous livre la presse du Makhzen pour commenter
le veto russe au Conseil de sécurité est une petite merveille d’orthopédie mentale.
C’est du grand art, du sur-mesure pour esprits confinés : quand un train vous
fonce dessus et vous laisse sur le carreau, c’est la faute des rails, du
mécanicien et, tant qu'on y est, de la météo.
Selon notre plumitif
de service un de ces inlassables saltimbanques de la cour qui preste des
courbettes dès que le vent souffle du bon côté, le veto de Moscou à l’ONU ne
serait pas un coup de balai diplomatique, mais une « machination » de
Washington. Ah, la belle affaire ! La Russie brandit un véto bien lourd,
enterre la MINURSO avec les honneurs du feu de camp, et c’est l’oncle Sam qui
se retrouve avec le cadavre dans le coffre. C’est magique. À ce niveau de
mauvaise foi, on n'est plus dans le journalisme, on est dans le miracle
permanent.
Le meurtre du canard boiteux : Moscou tire, l'autre crie au loup
Reprenons les faits,
puisque visiblement, les chiffres et la géographie font des allergies dans les
rédactions officielles.
Un projet américain
recueille 11 voix sur 15.
Une seule voix s'y
oppose : celle de la Russie. Un véto, un vrai, net et massif.
Le contre-projet de
Moscou ? Trois malheureuses petites voix, planquées au fond de la salle comme
des élèves pris en train de fumer derrière les toilettes.
Mais non ! Pour notre
scribe aux ordres, ce grand plongeon dans le ridicule géopolitique est un «
triomphe ». Moscou aurait abattu la mission onusienne par amour de la paix, et
le Makhzen applaudit des deux mains en espérant un strapontin. C’est beau comme
l'antique. On réécrit l’histoire avec la finesse d’un éléphant dans un magasin
de porcelaine marocaine, tout en jouant les vierges effarouchées devant la «
duplicité » américaine.
Le clou du spectacle
reste cette pirouette sémantique où la Russie, après avoir torpillé le machin
onusien, vient nous expliquer le plus sérieusement du monde qu’elle se soucie
de « l’organisation territoriale » des habitants. Traduction simultanée pour les
distraits du bocal : le référendum d'autodétermination est enterré sous le
tapis depuis belle lurette, mais on continue de danser la gigue autour de la
tombe en faisant mine d'invoquer les grands principes.
La valse des faux-nez et des plumitifs en service commandé
Onze voix pour, une
seule voix contre, et c'est l'Oncle Sam qui « porte le chapeau »
? Allons donc ! À force de vouloir faire avaler des couleuvres grosses comme
des boa constrictors à l'opinion publique, les plumitifs du Palais risquent
l'indigestion chronique.
Ce texte n’est pas une
analyse diplomatique : c’est une séance de contorsionnisme mental, un
chef-d’œuvre de cynisme de salon où l'on s'arrange avec la vérité à coups de
trique et de slogans prémâchés. Mais rassurons-nous : pendant que la diplomatie
s'embourbe dans ses propres mensonges, le bon peuple, lui, a depuis longtemps
compris que le roi est nu. Sauf que dans cette cour des miracles, les
courtisans s'esbaudissent en chœur pour saluer la magnifique qualité de son
pyjama invisible.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé,
observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles
sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »
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