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La reconnaissance de l’État palestinien: Les docteurs en diplomatie du salon d’en face : (Archives)

On croyait le papier journal bon pour le recyclage ou l’emballage du poisson frais ; c’était sans compter sur les casuistes de la réaction galopante, toujours prompts à nous offrir de grandes leçons de géopolitique avec l’élégance intellectuelle d’un char d’assaut. Un an après la reconnaissance symbolique de l'État palestinien par la France, nos analystes de tribune déballe la marchandise : du fiel bien emballé, un soupçon de pleurnicherie sécuritaire, et surtout cette formidable prétention à donner des leçons de « levier diplomatique ».

C’est le grand drame de cette prose d'extrême droite : nous expliquer avec des trémolos dans la voix que reconnaître un peuple, ce serait « donner une prime ». Dans leur logiciel comptable, l'existence et la souveraineté ne sont pas des principes de droit international, mais de petites gommettes colorées qu’on distribue aux bons élèves si les programmes scolaires ont été préalablement tamponnés par un comité de censure satisfaisant.

La morale à géométrie variable du bout du comptoir

Le fond de l'argumentation touche au sublime du ridicule : il suffirait de conditionner l’existence des peuples à l’obtention préalable de « contreparties ». C'est la diplomatie du marchand de tapis appliquée à la survie des nations. On exige d'un peuple sous occupation un brevet de civisme certifié avant d'oser émettre l'idée qu'il ait droit à un toit international, tout en qualifiant le moindre geste politique de « récompense au terrorisme ». L'inversion est complète, l'imposture totale, mais le trait est tiré avec un tel aplomb qu'on en viendrait presque à admirer la tuyauterie.

Et puis vient l'inévitable défilé des épouvantails. On nous rejoue la pièce du président « seul à errer dans les rues de New York », abandonné par ses alliés, pendant que le reste du monde irait badiner dans les salons trumpiens. La belle affaire ! Quand la politique étrangère française cherche tant bien que mal à sauver ce qui reste de la solution à deux États face au cynical business des accords régionaux, nos censeurs n’y voient qu’une « obsession contre Israël » ou un calcul de politique intérieure. C’est la signature classique des esprits chagrins : accuser l’autre d’idéologie pour mieux masquer la sienne, nettement plus rance et bien plus crasse.

Du "Cause toujours" aux leçons de costume

Le morceau de bravoure de cette littérature reste le chapitre syrien. Après nous avoir expliqué qu’il ne faut pas « donner avant d’obtenir », les voilà soudainement inquiets pour le sort des minorités et la conformité des manuels d'histoire à Damas. La préoccupation serait presque touchante si elle ne provenait pas de ceux qui, d'ordinaire, ne s'intéressent aux drames de l'Orient que lorsqu'ils peuvent en faire un levier d'angoisse identitaire sur les plateaux de télévision.

La métaphore du « costume » qu'on enfile et des « embrassades » diplomatiques fait sourire. On nous met en garde contre la « diplomatie des images » et le « mime démocratique » depuis des officines dont toute la politique repose précisément sur la mise en scène du déclin et le spectacle de la peur. On dénonce le « Cause toujours » des institutions internationales tout en rédigeant des pamphlets qui relèvent exactement du même exercice : brasser de l'air, poser pour la galerie, et vendre de la réprobation morale au kilo.

L'art d'avoir toujours raison sur les ruines

Ce qui transparaît sous le vernis de cette « démonstration », c'est la profonde satisfaction de voir le désordre l'emporter. Moins ça marche, plus ces chroniqueurs jubilent, car chaque échec prétendu de la diplomatie vient nourrir leur obsession centrale : démontrer que le monde est un terrain vague où seuls la force, le mépris et le fait accompli ont droit de cité.

Au fond, ces grands théoriciens du « résultat » ne cherchent rien d'autre qu'à fermer les portes, verrouiller les consciences et draper leur impuissance haineuse dans les habits de la lucidité diplomatique. On leur laissera volontiers leurs leçons de comptabilité politique et leur fausse indignation. La comédie des hypocrites a au moins ce mérite : elle permet de repérer tout de suite ceux pour qui le droit des peuples n'a jamais été qu'une variable d'ajustement.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »