Arabie Saoudite/Yémen : Et si les Houthis gagnaient la guerre ? (Archives)

Depuis quelque temps, la presse occidentale nous parle de l’attaque des Houthis contre l’Arabie saoudite comme s’il s’agissait d’un éternel affrontement entre une monarchie respectable et quelques rebelles turbulents surgis du désert aux pieds nus. Le récit est pratique, simple, presque confortable. Il permet surtout d’éviter les questions qui dérangent.

Alors que tout le monde sait pourtant qu’en mars 2015, la coalition militaire conduite par l’Arabie saoudite lançait ses premiers bombardements contre les positions du mouvement houthi. C’était le début officiel d’une guerre qui, dix ans plus tard, n’a toujours pas véritablement cessé. Et, au fil des années, une évidence s’est imposée : cette guerre a surtout permis aux Houthis de renforcer leur pouvoir.

Le paradoxe mérite qu'on s'y attarde, parce qu'il est presque comique. Plus la coalition frappe, plus le mouvement houthiste ne gagne en stature régionale. Leurs opérations en mer Rouge leur ont offert quelque chose que ni l'argent ni les chars ne procurent : une popularité de rue. Pendant que les capitales arabes officielles regardaient ailleurs face au sort de Gaza, les Houthis, eux, tiraient des missiles en direction de Tel-Aviv. Résultat symbolique immédiat : ils passent pour les seuls à faire quelque chose, quand tout le monde d'autre négocie sa passivité. Les représailles israéliennes sur le port de Hodeïda, censées les punir, ont surtout renforcé le récit : le petit qui tient tête au grand.

Leurs interventions en mer Rouge leur ont même offert une popularité régionale inattendue. Au moment où plusieurs États arabes sont profondément discrédités par leur incapacité à agir face au drame de Gaza, les Houthis ont habilement occupé l’espace laissé vacant. Ils ont pu apparaître comme les seuls acteurs arabes disposés à prendre directement position en faveur des Palestiniens assiégés.

Lorsque des frappes israéliennes ont ensuite visé le Yémen et détruit notamment des infrastructures civiles du port de Hodeïda, les Houthis ont obtenu un avantage politique supplémentaire : celui de pouvoir se présenter comme les victimes d’une confrontation directe avec Israël. Ils se sont ainsi installés, au moins symboliquement, dans l’espace laissé vacant par le Hezbollah.

Ils ont surtout démontré qu’ils pouvaient envoyer des drones et des missiles jusqu’en Israël, certains ayant atteint la région de Tel-Aviv et provoqué même des victimes. Les bombardements américains ordonnés par Donald Trump le 15 mars 2025, qui ont fait plusieurs dizaines de morts civils selon les informations rapportées à l’époque, n’ont fait qu’alimenter leur récit favori : celui d’un mouvement assiégé, frappé par les grandes puissances et continuant malgré tout à défier l’ordre international.

Pendant ce temps, Riyad cherche depuis 2022 à sortir du bourbier yéménite. Ce retrait progressif a mécaniquement renforcé la position des Houthis. Et lorsque l’adversaire veut quitter la table, celui qui reste assis peut naturellement se permettre de demander davantage. Les Houthis l’ont parfaitement compris : pourquoi se contenter d’un accord acceptable quand il est possible de faire monter les enchères et d’humilier encore un peu plus les Saoudiens avant de signer la paix ?

 

Rebelles ou gouvernement de fait ?

Un peu d'histoire, pour ceux qu'on a mal informés, le mouvement est né en 2003, porté par un chef religieux, Hussein al-Houthi, tué l'année suivante par le pouvoir central. Son nom, récupéré par ses adversaires, est devenu une étiquette commode pour ranger le mouvement dans la case « bande de rebelles tribaux »  pratique, quand on veut éviter d'admettre qu'on a affaire à un pouvoir constitué. En 2014, ces mêmes « rebelles » prenaient Sanaa et contrôlaient un territoire abritant 70 à 80 % de la population du pays.

Un mouvement qui tient la capitale et l'écrasante majorité du pays depuis plus d'une décennie, ce n'est plus une insurrection : c'est un gouvernement. Mais voilà, les Houthis sont hostiles à Riyad, hostiles à Israël, et entretiennent de bonnes relations avec Téhéran  un cocktail qui leur a valu, dans une grande partie de la presse occidentale, le maintien obstiné de l'étiquette « rebelles », comme s'il suffisait de refuser un mot pour effacer un fait.

Sauf qu’en 2014, les mêmes « rebelles » prenaient le contrôle de Sanaa, la capitale, ainsi que d’un territoire regroupant environ 70 à 80 % de la population yéménite.

À partir de là, continuer à parler simplement de « rebelles » devient pour le moins curieux. Un mouvement qui contrôle depuis plus d’une décennie la capitale d’un pays et l’immense majorité de sa population n’est plus seulement une guérilla. Il est devenu, de fait, une autorité gouvernementale majeure, qu’on le reconnaisse ou non.

Mais cette réalité dérangeait fortement le récit médiatique dominant. Les Houthis étaient hostiles à l’Arabie saoudite, violemment opposés à Israël et entretenaient des relations avec l’Iran. Il était donc beaucoup plus commode de les maintenir dans la catégorie des « rebelles », catégorie magique qui permet de décrire le pouvoir quand on ne souhaite pas vraiment reconnaître sa réalité.

Gaza leur offre une tribune mondiale

Octobre 2023, ou le tournant, c'est le blocus de la mer Rouge, lancé en soutien aux Gazaouis assiégés, qui a fait basculer les Houthis dans la lumière mondiale. Résultat concret : le port israélien d'Eilat, stratégique, a fermé boutique. Pendant que l'administration Biden multipliait les frappes aériennes sans résultat décisif, un mouvement yéménite parvenait à faire ce qu'aucun gouvernement arabe officiel n'avait tenté depuis des décennies  infliger un coût économique réel à Israël en réponse aux destructions à Gaza.

Le résultat fut spectaculaire. Le blocus houthi a paralysé l’activité du port israélien d’Eilat, au point de contribuer à sa fermeture. Pour les Houthis, c’était évidemment une formidable opération politique : pendant que les gouvernements arabes multipliaient les communiqués, eux envoyaient des missiles.

Voilà qui changeait légèrement la photographie, pour leurs partisans, les Houthis devenaient le seul gouvernement arabe à prendre une mesure militaire directe en réponse à ce qu’ils considèrent comme le massacre continu des civils palestiniens. Pour leurs adversaires, ils demeuraient une organisation armée soutenue par l’Iran et menaçant la liberté de navigation.

 

Les deux lectures existent. Mais une chose est certaine : les Houthis avaient réussi à transformer leur isolement en capital politique et c’est précisément ce que les gouvernements occidentaux ont du mal à comprendre. Bombarder un adversaire ne suffit pas nécessairement à le faire disparaître. Parfois, on lui offre simplement une meilleure propagande.

Et si les « rebelles » étaient le gouvernement ?

Il n’y a évidemment pas de problème particulier à continuer de les appeler familièrement les Houthis. Le terme est désormais installé dans l’usage. Mais politiquement, la question mérite d’être posée autrement.

Plutôt que de considérer systématiquement Ansar Allah comme une simple milice rebelle, pourquoi ne pas regarder la réalité du pouvoir au Yémen telle qu’elle est ?

Dans cette perspective, certaines offensives récentes peuvent être présentées par les Houthis non pas comme une nouvelle aventure militaire d’une milice, mais comme une tentative du pouvoir yéménite de récupérer les portions du territoire national encore contrôlées par des forces soutenues par l’Arabie saoudite.

Évidemment, ce récit ne convient pas à tout le monde. Il faudrait alors reconnaître que le fameux « gouvernement yéménite » n’est pas simplement l'autorité que les puissances étrangères ont choisi de reconnaître, mais qu’une autre autorité exerce effectivement le pouvoir sur une grande partie du pays et là, soudain, la géopolitique devient beaucoup moins confortable.

Les attaques contre l’Arabie saoudite ont encore accentué cette vulnérabilité. Lorsque des missiles et des drones houthis ont atteint Riyad et visé des installations liées au carburant à proximité de l’aéroport international King Khalid, le message était difficile à manquer : la profondeur stratégique de la monarchie saoudienne n’était plus aussi profonde qu’elle voulait bien le croire.

Le problème est que les Houthis ne se considèrent pas comme de simples supplétifs iraniens. Ils affirment au contraire être indépendants de Téhéran et refusent l’idée d’être une simple marionnette iranienne. Leur discours est limpide : ils prennent leurs propres décisions et défendent leurs propres intérêts. La vieille recette médiatique « Iran = télécommande, Houthis = jouet » est donc un peu courte pour décrire une réalité beaucoup plus complexe.

Et si Riyad se retrouvait pris au piège ?

Si les Houthis continuent de démontrer leur capacité militaire face aux Saoudiens et aux forces qui les soutiennent, ils pourraient être tentés d’aller beaucoup plus loin. Certains pourraient même considérer qu’une occasion historique se présente de reprendre des territoires perdus il y a près d’un siècle.

Un tel scénario, s’il allait jusqu’à une défaite de l’armée saoudienne sur le territoire actuel du royaume, provoquerait évidemment un séisme géopolitique majeur. L’effondrement de l’autorité centrale, la fragmentation du royaume et la remise en cause de l’équilibre régional ne relèveraient alors plus de la fiction politique, mais d’une crise internationale aux conséquences considérables.

Et c’est ici que l’histoire des Houthis rejoint celle d’Israël, de l’Iran et des ambitions territoriales qui traversent depuis des décennies le Moyen-Orient.

Le vieux rêve du « Grand Israël »

L’une des raisons fondamentales de l’hostilité dirigée contre l’Iran est précisément son statut de puissance régionale capable de contester l’hégémonie israélienne. Tant que l’Iran demeure une puissance intacte, indépendante et militairement crédible, les projets d’expansion israéliens rencontrent davantage d’obstacles.

Depuis plusieurs générations, une partie de la droite israélienne et certains courants du sionisme chrétien américain ont défendu une vision d’Israël étendue « du Nil à l’Euphrate », en s’appuyant notamment sur des interprétations religieuses de l’Ancien Testament. Dans sa version maximaliste, cette représentation ne s’arrête évidemment ni à Gaza ni à la Cisjordanie. Elle englobe la Jordanie, le Liban, une grande partie de la Syrie, de l’Irak, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte. Autrement dit, une bonne partie du Moyen-Orient.

Des cartes de ce prétendu « Grand Israël » ont d’ailleurs été utilisées depuis longtemps par certains militants de l’extrême droite israélienne. Le problème est que derrière les jolies cartes et les couleurs bibliques se trouvent des millions d’êtres humains, et les peuples ont cette curieuse manie de ne pas apprécier qu’on redessine leur pays à leur place.

Certains discours les plus extrêmes évoquent ouvertement l’expulsion, le déplacement forcé ou la domination des populations vivant sur ces territoires. Les cartes, elles, restent parfaitement propres. Les conséquences humaines le sont beaucoup moins.

Gaza, le Liban et la logique de l'expansion

Depuis deux ans, Gaza a été dévastée par la guerre. Et depuis l’ouverture d’un nouveau front contre l’Iran, le sud du Liban a lui aussi subi des destructions massives. Pour ceux qui voient le conflit à travers le prisme d’une expansion territoriale israélienne, ces événements ne peuvent donc pas être dissociés. L’administration Trump a par ailleurs prévu de fournir à Israël des dizaines de milliers de bombes d’une tonne. Une quantité pareille ne relève plus vraiment de la petite démonstration de force diplomatique. Avec une tonne d’explosifs, même les cartes géographiques commencent à devenir nerveuses.

Mais voici le paradoxe.

Si l’Iran sort renforcer de la confrontation, si les États-Unis réduisent leur présence militaire dans la région et si les puissances arabes refusent de se laisser entraîner dans une nouvelle guerre sans fin, alors les rêves d’un « Grand Israël » deviennent nettement plus difficiles à concrétiser. La géopolitique, décidément, est une mauvaise élève : elle refuse régulièrement de suivre les plans écrits à l’avance.

Riyad, Israël et les nouveaux calculs

Reste la grande comédie diplomatique : la menace houthie finira-t-elle par jeter les Saoudiens dans les bras d'Israël ? J’estime d'ici des négociations sous les roquettes : Riyad, isolée par les tirs sur sa capitale et lâchée par un parrain américain distrait, signant les accords d'Abraham en échange d'une protection de Tsahal. Surtout si les États-Unis envoient la purge massive d'attaques promises juste après leurs élections de mi-mandat. On croise déjà chez certains princes intellectuels sunnites un cynisme à peine voilé du genre « Dieu doit drôlement aimer les Juifs pour leur donner tout ça ». Un refrain qu'un certain  prince de la maison Saoudite entonnait déjà il y a belle lurette.

Ce qui se joue en mer Rouge est peut-être le premier acte du naufrage impérial. En voulant remodeler le Moyen-Orient par la force, les États-Unis risquent d'y laisser leur leadership mondial déjà bien entamé. Israël aurait pu être un voisin pacifique ; il a préféré rejouer l'éternel tableau du « diviser pour mieux régner », porté à bout de bras par l'arsenal américain. Sauf que le pendule historique adore revenir dans la figure de ceux qui l'ont lancé. Et face à un Iran bien décidé à décrocher son assurance-vie nucléaire, la puissance d'Israël vacille sur ses bases.

Le Moyen-Orient au bord d'un nouveau basculement

Les attaques récentes des Houthis pourraient donc n’être qu’un avant-goût de ce qui attend le Moyen-Orient. Elles peuvent renforcer les alliances existantes, provoquer de nouvelles confrontations, accélérer le rapprochement entre certains États arabes et Israël ou, au contraire, produire l’effet inverse : une remise en cause plus profonde de la présence américaine dans la région.

Car le véritable enjeu dépasse désormais largement le Yémen.

Si les États-Unis perdaient progressivement leur capacité à imposer leur volonté militaire au Moyen-Orient, leur influence politique mondiale pourrait elle aussi être affectée. Et cette influence, déjà contestée sur plusieurs fronts, ne repose pas seulement sur les porte-avions. Elle repose aussi sur la conviction, largement entretenue depuis des décennies, que Washington est capable de décider du rapport de force régional.

Cette conviction pourrait bien être en train de s'effriter. Israël aurait pu choisir d’être un partenaire régional parmi d’autres, capable de construire des relations économiques, diplomatiques et politiques avec les sociétés du Moyen-Orient. Au lieu de cela, ses gouvernements successifs ont largement privilégié une logique de puissance, de fragmentation des adversaires et d’alliances fondées sur la supériorité militaire.

La vieille règle impériale du « diviser pour régner » n’a rien de spécifiquement juif elle appartient à l’histoire universelle des empires mais elle devient particulièrement explosive lorsqu’elle est combinée à une politique d’occupation, de domination militaire et de soutien inconditionnel d’une superpuissance.

Et sans le soutien politique, financier et militaire des États-Unis, cette stratégie aurait évidemment rencontré des limites beaucoup plus importantes. Mais le balancier finit toujours par repartir dans l’autre sens. Les rapports de force ne sont jamais éternels. Les empires non plus.

Et Téhéran, de son côté, a tiré la leçon qui compte : la véritable garantie de souveraineté, dans ce nouveau Moyen-Orient, ce sera l'indépendance nucléaire la seule chose que personne, jamais, n'ose bombarder deux fois.

 

C’est précisément pourquoi la question nucléaire iranienne demeure si explosive.

Car derrière toutes les déclarations officielles, toutes les frappes, tous les sommets diplomatiques et toutes les grandes cartes colorées, se trouve une question beaucoup plus simple : qui aura, demain, le pouvoir de dire non au Moyen-Orient ?

Et c’est probablement là que se joue la véritable bataille.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

 

 

 

 

De qui les États-Unis sont-ils le proxy ? (Archives)

Regardez-les. Admirez la diplomatie des carnassiers. Les sionistes au pouvoir n’ont pas d’alliés, car leurs plus purs instincts les poussent irrépressiblement vers la destruction de l'Autre et leur propre suicide politique. C’est une loi élémentaire de la physique sociale : on ne règne pas en célébrant le culte de la mort, et on ne conserve pas un réseau d'amis quand on s'est mis la terre entière à dos. L’« alliance sacrée » entre Tel-Aviv et Washington, agrémentée des platitudes complices des régimes européens, n'est rien d'autre qu'un pacte entre caïds du crime organisé. Une association de malfaiteurs qui s'embrassent le matin et se sauteront à la gorge au tout premier signe de faiblesse l'après-midi.

Mais après tout, le prétendu « monde libre » semble pris d'une crise de démence suicidaire. Il accepte sans broncher d’être gouverné par un aventurier de foire comme Donald Trump ou par la brochette de jean-foutre qui font office de dirigeants en Israël et à travers l'Occident. Une jeunesse crédule se laisse ferrer par des charlatans politiques et des démagogues toxiques, Netanyahou en tête. Et pendant ce temps, les foules écoutent les prières des fous en guerre ouverte contre la raison. C'est un grand marché de la connerie : d'un côté, des écologistes de pacotille qui exploitent des angoisses légitimes pour refourguer de la contrefaçon scientifique ; de l'autre, des complotistes en roue libre qui voient la main du Diable chez les Francs-Maçons, les satanistes pédophiles ou les extraterrestres.

Ajoutez à ce tableau d'honneur l'effondrement méthodique de l'école publique, la promotion active de l'obscurantisme, la tolérance béate pour les trafics, le vandalisme et les incendies volontaires... Si la France, l'Espagne, l'Italie ou la Grande-Bretagne deviennent invivables parce qu'une trop grande partie du corps social refuse de se comporter en citoyens, et si l'on continue de décréter qu'il faut dépendre à 100 % de l'étranger pour leurs besoins vitaux à commencer par de quoi manger, soyons clairs : l'Occident ne va rien « vaincre » du tout. Il va tout simplement crever.

Regardons les chiffres, la froide réalité : les États-Unis, c'est 4 % de la population mondiale, 14 % de la production de la planète et 13 % des importations globales. Pour maintenir leur statut d’hégémon absolu avec un tel différentiel, ils n'ont pas cinquante options : il leur faut une politique de prédation pure, financer le chaos et organiser la nuisance globale pour étouffer préventivement le moindre rival. Une stupidité d'une paresse intellectuelle crasse, équivalente à ce socialisme de bazar qui s'imagine que l'économie mondiale est un gâteau à taille fixe qu'il faudrait voler avant que le voisin ne le croque.

Pendant ce temps, le vent tourne. On ferait bien d'abandonner l'expression condescendante de « Sud global » pour celle, autrement plus factuelle, de Majorité mondiale. L'Inde et le Brésil, deux des piliers fondateurs des BRIC, sont des démocraties parlementaires. L'Afrique du Sud, qui les a rejoints pour former les BRICS, cherchait avant tout à se prémunir du terrorisme et de l'extrémisme religieux. Car chacun sait  ou devrait savoir que le fanatisme takfiriste (Daeech) a été méthodiquement manipulé et instrumentalisé par la CIA pour déstabiliser les États souverains, qu'ils soient laïcs ou non. Petit détail savoureux pour l'Histoire : le plus ancien manuel retrouvé du parfait petit soldat takfiriste avait été imprimé très officiellement dans le Montana. Comme c'est étrange ! Le hasard fait décidément bien les choses.

 

Ce qu'il y a de formidable avec la bande de voyous qui sert de guides, c'est qu'ils finissent toujours par avouer la bouche enfarinée. Comme par exemple quand ils ont vu les pétromonarchies du Golfe entamer une romance diplomatique avec Pékin, leur premier cri du cœur n'a pas été « La démocratie est en danger ! », mais un sublime : « Oh merde ! Ce sont les Chinois qui vont foutre la main sur leurs ressources, et pas nous ! » Le masque tombe, la nudité de l'impérialisme apparaît dans toute sa splendeur.

Cette supériorité odieuse des États-Unis  que tout cœur authentiquement progressiste a le devoir moral de haïr, comme on haïssait au XIXᵉ siècle l'infâme Angleterre et son peuple de boutiquiers cyniques  est peut-être enfin sur le point de toucher à sa fin. On reste halluciné en observant les successeurs de Washington, Jefferson, Lincoln et Roosevelt emprunter leurs méthodes de gouvernance directement aux pires Gouvernements  despotiques d'Ouganda d’Israël.

Rendons toutefois à César ce qui lui appartient : à côté du vol, de la rapine et de la force brute impériale, l'Amérique a aussi compté une véritable étincelle de créativité, une intelligence vive et une collection impressionnante de Prix Nobel. On y croise des Japonais, des Chinois, des chercheurs issus de tous les peuples de la Terre. Rendons-lui cet hommage : une nation capable d'attirer et d'accueillir autant de découvreurs n'est pas entièrement méprisable.

Mais la réalité du terrain rattrape le théâtre des ombres. La profondeur de l’isolement international d’Israël est devenue totale, bien que scrupuleusement masquée par le filtre complaisant des médias de grand chemin. À l’Assemblée générale de l’ONU, Netanyahou est venu pérorer depuis la tribune devant une salle quasiment vide.

Ces images ne mentent pas. Regardez ces dizaines de délégués quitter la salle en signe de protestation dégoûtée dès que le premier ministre israélien s'avance vers le micro. Heureusement que la honte ne tue plus depuis longtemps, sans quoi les travées seraient jonchées de cadavres. Car il n'y a pas de mots pour qualifier la veulerie de ces diplomates restés sagement assis. Dans ce désert de courage, saluons la lucidité des interventions du président iranien, du président turc ou du roi de Jordanie, qui ont au moins eu la décence de nommer les choses et de condamner sans détour le génocide en cours à Gaza et en Cisjordanie.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

 

Le spectacle de Caligula à l’ONU : déclarations dangereuses et dérive impériale : (Archives)

J’ai suivi une partie du discours de Donald Trump devant l’Assemblée générale des Nations Unies, avant de devoir couper court. Le spectacle était devenu insoutenable : il y étalait sans pitié son ignorance crasse des fondements de l’ONU et une obsession narcissique déplacée, se posant en figure absolue alors qu’il ne faisait que s’offrir en spectacle dans le rôle d’un despote grotesque.

L’ONU a pourtant été fondée précisément pour extirper le fléau de la guerre. Les premiers mots de sa Charte rappellent cette ambition fondamentale :

« NOUS, LES PEUPLES DES NATIONS UNIES, SOMMES DÉTERMINÉS

À épargner aux générations futures le fléau de la guerre qui, à deux reprises de notre vivant, a causé à l’humanité des souffrances indicibles,

À réaffirmer la foi dans les droits fondamentaux de la personne humaine, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes et des nations, grandes et petites, à établir les conditions permettant de maintenir la justice et le respect des obligations découlant des traités et autres sources du droit international.

À promouvoir le progrès social et de meilleures conditions de vie dans une plus grande liberté. »

De cette mission et de cet engagement collectif pour la paix, Trump n'a pas la moindre idée. Son intervention n'était que le pur produit de la doctrine façonnée par Netanyahou et son manifeste de 1996, « A Clean Break », qui revendiquait déjà le droit d'Israël à imposer son hégémonie par la force sur tous ses voisins.

Devant les délégués du monde entier, Trump s’est laissé aller à cette déclaration effarante :

« J'ai une décision cruciale à prendre. Dois-je conclure un accord avec l'Iran qui lui permette de se reconstruire et de devenir un pays bien plus grand qu'auparavant, peut-être même l'un des plus grands du Moyen-Orient ou du monde ?

Ou dois-je anéantir la République islamique, et ce rapidement, sans jamais lui laisser la moindre chance de tuer et de détruire à nouveau des peuples et des pays ? Dois-je les conduire en enfer sans aucune chance de survie et sans espoir de grandeur future ni de descendance ? »

Promettre l’anéantissement total d’une nation n’a rien d’une posture diplomatique : c’est une menace explicite de génocide. C’est la promesse de la pire abomination qu’un dirigeant puisse formuler, proférée ici en toute décomplexion. Pour Trump et ses alliés à Tel-Aviv, la notion d’« accord » n'est d'ailleurs qu'un prétexte opportun avant le massacre, une rhétorique qu'il a également invoquée pour justifier sa vision du conflit à Gaza. On en vient à se demander s’il ne préfère pas que l’histoire retienne son nom aux côtés des tyrans les plus sanguinaires plutôt que d’être réduit au rôle de simple exécutant de Netanyahou. Donc Qualifier cette stratégie de projet d'« anéantissement des peuples » relève toutefois d'un discours politique partisan destiné à légitimer des sanctions ou des actions militaires contre l’Iran.

 

Ce discours aura au moins eu le mérite de révéler au grand jour la réalité du pouvoir américain. Ses prédécesseurs n'étaient pas meilleurs, mais ils voilaient leur brutalité sous des discours lisses. On se souvient de l’ambassadrice d’Obama, Samantha Power, drapée dans le principe de la « responsabilité de protéger » les populations opprimées, alors même que personne au sein de cette administration n'a jamais levé le petit doigt pour protéger les Palestiniens.

Trump, lui, montre sans masque le visage le plus sombre des États-Unis. Il incarne une dérive si ouverte qu'aucune personne soucieuse de justice ne saurait l'accepter. Avec Netanyahou, ils partagent la même logique. Son objectif à la tribune était transparent : prouver l'impuissance des institutions internationales à stopper ses projets et ceux du courant sioniste. En usant du siège new-yorkais pour filtrer les représentations et en abusant du droit de veto au Conseil de sécurité, Washington retient l'ONU en otage.

Une fois de plus, Trump prouve que s'il veut commettre un génocide, personne ne peut l'en empêcher et, par extension, Israël est protégé par son droit « divin » d'exterminer quiconque est considéré comme un Amalek. Tout ce qu'il fait repose sur le suprémacisme juif sioniste, qui ne respecte aucune loi ni aucun traité international et ne suit que les préceptes du Talmud.

C'est une façon d'afficher ouvertement le suprémacisme juif au monde entier et de demander : « Qu'allez-vous faire ? » C'est conditionner le monde à accepter le suprémacisme juif sioniste, sous peine d'être à nouveau anéantis. Ce sont des psychopathes et des sociopathes malades et pervers, et le seul moyen de les arrêter est la force militaire. Il est impossible de raisonner avec ces gens-là, et la seule façon de leur faire accepter une quelconque « solution pacifique » est sous la menace d'une arme.

Rendons grâce à Dieu pour les Iraniens, Ansar Allah et ceux qui les soutiennent ; ils comprennent parfaitement la situation et seront ravis de mettre un fusil sur la tempe de ces suprémacistes juifs sionistes.

Dans ce contexte, les nations et les mouvements qui maintiennent une ligne de résistance face à cette hégémonie perçoivent parfaitement l'enjeu et refusent de céder aux sommations de ce suprémacisme.

Le discours de Trump à l'ONU lui a offert une occasion parfaite de se révéler être l'imbécile qu'il est. Le plus tragique, c'est que Trump n'est même pas un menteur convaincant  ses histoires changent au gré des circonstances, les détails variant selon l'influence de Bibi mais il le fait depuis si longtemps qu'il a oublié comment s'arrêter, et les Américains commencent à se réveiller, ne tolérant plus un homme devenu étranger même à lui-même.

Le discours à l'ONU ne doit laisser aucun doute au reste du monde : Trump pense que soit vous vous prosternez aux pieds de Néron, soit nous (nous, dans ce sens, confondons la volonté de Trump avec les intérêts américains puisqu'il se prend pour les États-Unis) vous anéantirons Si Cuba a fini par quitter la table, le plus inquiétant demeure le silence des autres nations. Étaient-elles là pour assister en spectatrices aux dérives de l'administration américaine ? Rappelons que l'article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations Unies énonce pourtant clairement :

« Tous les Membres s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, ou de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies. »

À l'exception d'un représentant, la délégation iranienne a quitté la salle lors des menaces de Trump, suivie plus tard par les délégués cubains. Mais le reste de l'Assemblée générale est resté stoïque, écoutant en silence des propos en violation directe avec le droit international. Apparemment, cet organe autrefois auguste des Nations Unies n'est plus guère qu'une clique internationale de flagorneurs impuissants et obséquieux, ce qui a été trop clairement démontré par son incapacité à quitter la salle en masse lorsque Trump a menacé l'Iran d'anéantissement.

Moralité comme le rappelait la maxime classique : Un dirigeant maléfique réduira sa propre nation en cendres pour régner sur ces dernières.  Sun Tzu.
C'est le cas de Trump, la marionnette sioniste.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

 

Territoires Occupés de la Palestine : quand la presse parisienne joue les commis de la colonisation : (Archives)

Ah ! Qu’il était beau, le Président Français, drapé dans sa chlamyde de grand commandeur du Droit International à la tribune de l’ONU ! La voix trémolante, le regard fixé sur la ligne d’horizon des sondages en berne, il est venu porter la Bonne Parole aux sauvages : « Dites donc, en Cisjordanie, c’est pas très joli-joli, et puis d’abord le Hamas y est pas ! »

Scandale ! Hérésie ! Blasphème en direct sur BFM !

Aussitôt, dans les rédactions parisiennes aux moquettes épaisses et aux éditorialistes en béton armé, ce fut le branle-bas de combat. Pensez donc : rappeler un fait géographique élémentaire  à savoir que la Cisjordanie est administrée par l’Autorité palestinienne et quadrillée par l’armée israélienne, c’est quasiment de la haute trahison envers le manuel de bien-pensance du parfait petit colonisateur !

Au Figaro, on a tout de suite sorti les pelles à purin pour ramasser les réactions de LFI. « Regardez, même Mélenchon dit que c’est un Tartuffe ! » gloussent les rédacteurs en chef, ravis de pouvoir faire d’une pierre deux coups : taper sur le Président gesticulateur tout en évitant soigneusement de prononcer les mots « colonisation », « blocus » ou « droit international ». Bah oui, ma bonne dame, si le type qui vend des armes le mardi déplore les morts le mercredi, ce n’est pas un problème de bombardement, c’est un problème de com’ !

L'angle du Figaro consiste à instrumentaliser les réactions politiques en l'occurrence celles de La France Insoumise  pour cadrer l'intervention de Macron non pas sur le fond du droit international, mais sous l'angle du spectacle politique et du double jeu.

La rhétorique du procès en insincérité : En mettant en avant les qualificatifs de « Tartuffe » ou de « comédien », l'article déplace le débat : on ne parle plus de la colonisation ou du statut de la Cisjordanie, mais de la posture morale du Président.

L'évitement du sujet de fond : Le Figaro s'appuie sur la critique d'opposition pour invalider le constat de fait posé par le chef de l'État (l'absence de pouvoir structurel du Hamas en Cisjordanie occupée). L'argumentation vise à disqualifier la parole publique française en la réduisant à un simple calcul électoraliste ou diplomatique sans portée réelle.

L'éditorial du Point adopte une stratégie d'alignement sémantique avec la communication officielle du gouvernement israélien (qui a qualifié les propos de Macron d'« absurdité grotesque »).

Le piège du mot-clé : L'article isole une formule ou un mot du discours pour faire sauter tout le contexte géopolitique. En isolant l'affirmation selon laquelle le Hamas n'est pas aux commandes en Cisjordanie, l'éditorial cherche à faire passer un fait territorial et politique pour une faute morale ou une omission coupable.

La légitimation du récit sécuritaire : L'imposture de cette grille de lecture réside dans l'assimilation permanente de toute la population palestinienne et de tous ses territoires à une menace terroriste globale, permettant de justifier l'extension des colonies et l'occupation militaire sous couvert de légitime défense.

 

Au Point, on frôle l'infarctus du myocarde. Trouver « le mot qui annule tous les autres » ! Quel suspense ! On attendait le décodage d'un manuscrit de la mer Morte, on a juste eu droit au habituel numéro d'équilibrisme : expliquer que constater l'absence de régiment du Hamas sous les oliviers de Jénine, c’est limite faire l’apologie du terrorisme. Selon la presse des salons, quand un bulldozer rase une maison à Hébron, c'est forcément pour débusquer un tunnel sous l'évier. Si l'évier est vide ? C'est que le tunnel était bien caché !

Et comme si le duo ne suffisait pas, le Journal du Dimanche est entré dans la danse en traînant ses grosses bottes de treillis. Depuis que le JDD a troqué sa plume d'information dominicale pour le képi d'un régiment d'infanterie, on n'y va plus avec le dos de la cuillère ! Pour le foudroyant gratte-papier de service, les mots du Président ne sont rien de moins qu’une « absurdité grotesque », reprenant au mot près, en bons toutous de garde, le communiqué vengeur transmis directement depuis le bureau de Bibi Netanyahou.

Au JDD, on jubile : Bibi cite la Bible, parle de « Judée-Samarie », et le journal valide en hochant gentiment la tête, ravi d’apprendre que le droit international se lit désormais dans l'Ancien Testament. Macron ose qualifier le drame humain à Gaza de « spectacle qui nous fait honte » ? Vaine agitation diplomatique, tranche le JDD ! Pensez donc, réclamer la paix et le respect des frontières, quelle drôle d'idée quand on peut juste envoyer des bulldozers annexer deux collines de plus sous couvert de légitime défense.

Mais le plus croustillant dans cette farce tragique, c'est la performance DU Président Français qui  nous fait le coup du désarroi moral à New York, pendant qu'à Paris, les livraisons d'armes et la coopération militaire se poursuivent dans le plus grand des calmes, au mépris des mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale. On condamne les larmes aux yeux le matin, on valide les traités commerciaux l'après-midi, et le soir on s'étonne que personne ne rigole à la pièce.

Résultat des courses : une presse d'opinion aux abois qui nous explique avec gravité que la réalité est une fake news, un gouvernement israélien qui hurle à l'outrage dès qu'on ne lui tend pas le tapis rouge, et un Président français qui continue de flotter au-dessus du vide, persuadé qu'une belle formule diplomatique équivaut à sauver des lives.

Allez, rideau ! Et n'oubliez pas d'acheter vos journaux dimanche : on vous expliquera gentiment que la paix est un concept dépassé et que le bombardement préventif est bon pour le commerce !

Moralité ; Aveuglement des médias et des politiques sur la situation à Gaza et en Cisjordanie … Gaza est un champ de ruines et des milliers milliers de morts … la loi du plus riche et du plus fort … la loi de la force contre la loi du droit ! Rien de nouveau !

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

 

 

Mohamed 6 : absence enragé : (Archives)

L’art de gouverner en portrait.

Il paraît qu’à El Mouradia, on fait la queue comme au bureau des visas. C’est du moins ce qu’assure la chronique mondaine de la diplomatie en sous-main. Aussitôt, la gazette d'en face pousse des cris d'orfraie, dégaine le dictionnaire des pathologies mentales et décrète l'isolement d'un « enragé ». Grand style, grandes envolées, petite cuisine.

Quand la politique étrangère se résume à mesurer le diamètre des tapis rouges déroulés à Rome ou à Berlin, on n'est plus analyste : on est valet de chambre. Voir dans les visites des dirigeants européens un « repas rapide pour gérant de station-service », c'est oublier un détail qui chiffonne : dans une Europe prise au piège de sa souveraineté énergétique post-2022, ce sont précisément ces « gérants de station » qui fixent le prix du plein, verrouillent les pipelines transméditerranéens (Eni, Uniper) et arbitrent l'approvisionnement du flanc Nord de la Méditerranée. Le « service minimum » qualifié avec mépris par les chroniqueurs de cour pèse en réalité des milliards d'euros de contrats fermes et structurants.

L'art de la diversion : quand la paille cache la poutre

Mais pour que la comédie diplomatique tienne le coup, encore faudrait-il que le modèle qu'on nous vend en face brille par sa solidité. Manque de chance, le tableau dressé par la presse internationale est nettement moins reluisant. Dans une enquête cinglante publiée en ce mois de septembre 2026, l'hebdomadaire britannique The Economist dissèque la fragilité d'un système à bout de souffle :

·                La jeunesse à la nage : Pendant que les scribes de Rabat s'épanchent sur la prétendue solitude d'Alger, des centaines de jeunes Marocains continuent de jeter leurs espoirs et leur vie sur les grillages de Ceuta ou à l'assaut de la mer, fuyant un chômage structurel endémique et le naufrage d'un modèle socio-économique à bout de course.

·                Le simulacre des urnes : Le magazine britannique pointe l'abîme abyssal entre le storytelling du Palais et le désintérêt total d'une population en particulier les 18-24 ans  qui boycottes des parlements fantoches où les décisions réelles ne dépendent jamais des bulletins de vote, mais des arbitrages verrouillés du Makhzen.

·                Le clan des ombres : Au lieu d'ausculter la santé mentale des voisins, les plumitifs feraient bien de balayer devant leur porte en relisant les chapitres que The Economist consacre aux affaires d'espionnage (les dérives de la DGST), aux scandales de surveillance de masse et aux angoisses d'une transition de pouvoir assombrie par les absences répétées au sommet de l'État.

Rivalités du Golfe et souveraineté assumée

L'auteur de la diatribe originelle s'émeut également du « silence majestueux » d'Abou Dhabi face à la « fureur » algéroise. C’est la poésie des affaires : transformer des divergences géopolitiques majeures  du Sahel à la Corne de l'Afrique en une simple leçon de savoir-vivre aristocratique. La réalité est pourtant tout autre : ce que l'invective qualifie d'« humeur changeante » au Sahel masque un affrontement de doctrines. D'un côté, l'Algérie défend la profondeur stratégique de sa frontière sud et son refus d'un alignement sur les agendas des monarchies du Golfe ou des diplomaties occidentales. De l'autre, on tente de travestir l'autonomie d'un État souverain en « isolement » pour complaire aux bailleurs de fonds. Proclamer l'Algérie isolée alors qu'elle siège au Conseil de sécurité de l'ONU et pèse sur les équilibres énergétiques de la Méditerranée relève de la pure bouffonnerie médiatique.

Conclusion : Rangez le stéthoscope

On ne peut qu’applaudir la politique étrangère algérienne,  pour ses rigidités et sa rhétorique souveraine. Mais remplacer la géopolitique des rapports de force par une psychanalyse de bazar sous forme de pamphlet relève de l'imposture théâtrale. Messieurs les chroniqueurs de cour, au lieu de jouer les psychiatres de pacotille, relisez l'actualité internationale, rangez le stéthoscope et sortez les cartes : la politique, ce n'est pas de la thérapie, c'est du rapport de force. Et à ce jeu-là, les leçons de morale de ceux qui vivent sur une poudrière sociale font surtout beaucoup rire.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

Miracle à Washington : le FMI découvre le pétrole (et la presse marocaine découvre le FMI) Archives

 

Quand la presse marocaine s'enflamme pour trois paragraphes tronqués du FMI sur l'économie algérienne, elle oublie bizarrement de jeter un coup d'œil à son propre relevé de compte. Retour sur un grand numéro d'amnésie sélective et de prestidigitation budgétaire.


Le grand frisson du diagnostic tronqué

C'est la grande frousse de la rentrée. Du côté de Rabat, la presse en fait ses choux gras, salive aux lèvres et tambour battant : l'Algérie serait au bord du gouffre, asphyxiée, ruinée, prête à vendre ses meubles et ses derniers coussins d'airbags ! La preuve ? Le FMI a parlé. Et quand le FMI parle, il paraît qu'il faut trembler en rythme.

On lit les tribunes enflammées avec des larmes plein les yeux. Des chiffres à faire blêmir un comptable sous perfusion : une dette publique projetée à 79 % en 2031, une planche à billets qui tourne à plein régime, et des réserves de change qui fondent comme neige sous le soleil du Sahara. Mon Dieu, quelle horreur ! On en oublierait presque de regarder ce que dit vraiment la fameuse note de Washington.

Car pour lire le FMI version « éditorialiste aux abois », il faut pratiquer l'art très sélectif du hachoir à texte. Casser le rapport en deux, jeter les morceaux gênants à la poubelle, et ne garder que la sauce piquante.

« Pour lire le FMI version éditorialiste aux abois, il faut pratiquer l'art très sélectif du hachoir à texte : jeter les morceaux gênants et ne garder que la sauce piquante. »

Oubliée, la croissance estimée « solide et dynamique » à 3,8 % ! Trappée, la mention d'une dette extérieure publique insignifiante (moins de 1 % du PIB) qui ferait rêver n'importe quel ministre des Finances occidental ! Amnésié, le coup de chapeau sur la sortie de la liste grise du GAFI, ou le matelas de réserves qui couvre encore plus de 12 mois d'importations ! Non, ce qu'il faut retenir, c'est que l'Algérie va fermer boutique en 2031. Précis, le calendrier de l'apocalypse.

Donneurs de leçons pieds et poings liés

Mais le sommet du comique troupier réside dans l'émetteur de la panique. Voir des gazettes s'extasier sur les sermons du FMI adressés au voisin algérien, c'est un peu comme regarder un naufragé pieds et poings liés à sa banque donner des cours de natation à un type qui a de l'eau jusqu'aux genoux.

Rappelons aux amnésiques du crédit que l'Algérie, aussi perfectible soit sa gestion budgétaire et aussi urgente soit la diversification de ses ressources, n'a aucune dette auprès du FMI. Elle ne passe pas ses trimestres à quémander des rallonges, à faire valider son budget par des fonctionnaires internationaux ou à cumuler une Ligne de Crédit de Flexibilité de 5 milliards de dollars complétée par une rallonge de 1,3 milliard, comme le fait le Royaume voisin dont la dette publique frôle les 70 % du PIB, avec 25 à 30 % de dette extérieure directement exposée aux marchés financiers.

La dette algérienne dont s'inquiète le FMI est une dette intérieure, libellée en dinars, contractée auprès de sa propre banque centrale. Un problème d'apothicaire national, de tuyauterie interne. Bref, un arbitrage souverain — discutable, dangereux si mal maîtrisé, mais strictement domestique. Pendant ce temps, d’autres font la queue au guichet du FMI depuis des décennies pour rembourser les intérêts des prêts précédents au prix d'une austérité féroce. Mais de cela, motus : le FMI n’est un « oracle » que lorsqu’il critique le voisin.


Moralité : Vérifiez votre propre compte courant !

La caricature est grosse, le trait est épais, mais la ficelle est usée. Faire passer une alerte technique sur la gestion de la rente pétrolière pour un certificat de décès économique relève de la prestidigitation de foire.

Quand la presse marocaine s'enflamme pour trois paragraphes tronqués du FMI sur l'économie algérienne, elle oublie bizarrement de jeter un coup d'œil à son propre relevé de compte. Retour sur un grand numéro d'amnésie sélective et de prestidigitation budgétaire.


Le grand frisson du diagnostic tronqué

C'est la grande frousse de la rentrée. Du côté de Rabat, la presse en fait ses choux gras, salive aux lèvres et tambour battant : l'Algérie serait au bord du gouffre, asphyxiée, ruinée, prête à vendre ses meubles et ses derniers coussins d'airbags ! La preuve ? Le FMI a parlé. Et quand le FMI parle, il paraît qu'il faut trembler en rythme.

On lit les tribunes enflammées avec des larmes plein les yeux. Des chiffres à faire blêmir un comptable sous perfusion : une dette publique projetée à 79 % en 2031, une planche à billets qui tourne à plein régime, et des réserves de change qui fondent comme neige sous le soleil du Sahara. Mon Dieu, quelle horreur ! On en oublierait presque de regarder ce que dit vraiment la fameuse note de Washington.

Car pour lire le FMI version « éditorialiste aux abois », il faut pratiquer l'art très sélectif du hachoir à texte. Casser le rapport en deux, jeter les morceaux gênants à la poubelle, et ne garder que la sauce piquante.

« Pour lire le FMI version éditorialiste aux abois, il faut pratiquer l'art très sélectif du hachoir à texte : jeter les morceaux gênants et ne garder que la sauce piquante. »

Oubliée, la croissance estimée « solide et dynamique » à 3,8 % ! Trappée, la mention d'une dette extérieure publique insignifiante (moins de 1 % du PIB) qui ferait rêver n'importe quel ministre des Finances occidental ! Amnésié, le coup de chapeau sur la sortie de la liste grise du GAFI, ou le matelas de réserves qui couvre encore plus de 12 mois d'importations ! Non, ce qu'il faut retenir, c'est que l'Algérie va fermer boutique en 2031. Précis, le calendrier de l'apocalypse.

Donneurs de leçons pieds et poings liés

Mais le sommet du comique troupier réside dans l'émetteur de la panique. Voir des gazettes s'extasier sur les sermons du FMI adressés au voisin algérien, c'est un peu comme regarder un naufragé pieds et poings liés à sa banque donner des cours de natation à un type qui a de l'eau jusqu'aux genoux.

Rappelons aux amnésiques du crédit que l'Algérie, aussi perfectible soit sa gestion budgétaire et aussi urgente soit la diversification de ses ressources, n'a aucune dette auprès du FMI. Elle ne passe pas ses trimestres à quémander des rallonges, à faire valider son budget par des fonctionnaires internationaux ou à cumuler une Ligne de Crédit de Flexibilité de 5 milliards de dollars complétée par une rallonge de 1,3 milliard, comme le fait le Royaume voisin dont la dette publique frôle les 70 % du PIB, avec 25 à 30 % de dette extérieure directement exposée aux marchés financiers.

La dette algérienne dont s'inquiète le FMI est une dette intérieure, libellée en dinars, contractée auprès de sa propre banque centrale. Un problème d'apothicaire national, de tuyauterie interne. Bref, un arbitrage souverain — discutable, dangereux si mal maîtrisé, mais strictly domestique. Pendant ce temps, d’autres font la queue au guichet du FMI depuis des décennies pour rembourser les intérêts des prêts précédents au prix d'une austérité féroce. Mais de cela, motus : le FMI n’est un « oracle » que lorsqu’il critique le voisin.


Tableau comparatif : Ce que révèlent les chiffres du FMI

Indicateur clé Algérie (Rapport FMI) Maroc (Données FMI)
Dette extérieure publique Quasi nulle (< 1 % du PIB) ~25 % à 30 % du PIB
Dette publique globale ~50 % à 55 % du PIB (100 % interne) ~67 % à 70 % du PIB
Programmes FMI actifs Aucun (Souveraineté budgétaire) LCF (5 Mds $) + FRD (1,3 Md $)
Couverture des importations > 12 mois de réserves Modérée (~5 à 6 mois)

Moralité : Vérifiez votre propre compte courant !

La caricature est grosse, le trait est épais, mais la ficelle est usée. Faire passer une alerte technique sur la gestion de la rente pétrolière pour un certificat de décès économique relève de la prestidigitation de foire.

Messieurs les cassandres : avant de prophétiser la faillite du voisin sur la base de trois paragraphes tronqués, vérifiez donc le solde de votre propre compte courant. Ça évitera de faire rire les banquiers.

La reconnaissance de l’État palestinien: Les docteurs en diplomatie du salon d’en face : (Archives)

On croyait le papier journal bon pour le recyclage ou l’emballage du poisson frais ; c’était sans compter sur les casuistes de la réaction galopante, toujours prompts à nous offrir de grandes leçons de géopolitique avec l’élégance intellectuelle d’un char d’assaut. Un an après la reconnaissance symbolique de l'État palestinien par la France, nos analystes de tribune déballe la marchandise : du fiel bien emballé, un soupçon de pleurnicherie sécuritaire, et surtout cette formidable prétention à donner des leçons de « levier diplomatique ».

C’est le grand drame de cette prose d'extrême droite : nous expliquer avec des trémolos dans la voix que reconnaître un peuple, ce serait « donner une prime ». Dans leur logiciel comptable, l'existence et la souveraineté ne sont pas des principes de droit international, mais de petites gommettes colorées qu’on distribue aux bons élèves si les programmes scolaires ont été préalablement tamponnés par un comité de censure satisfaisant.

La morale à géométrie variable du bout du comptoir

Le fond de l'argumentation touche au sublime du ridicule : il suffirait de conditionner l’existence des peuples à l’obtention préalable de « contreparties ». C'est la diplomatie du marchand de tapis appliquée à la survie des nations. On exige d'un peuple sous occupation un brevet de civisme certifié avant d'oser émettre l'idée qu'il ait droit à un toit international, tout en qualifiant le moindre geste politique de « récompense au terrorisme ». L'inversion est complète, l'imposture totale, mais le trait est tiré avec un tel aplomb qu'on en viendrait presque à admirer la tuyauterie.

Et puis vient l'inévitable défilé des épouvantails. On nous rejoue la pièce du président « seul à errer dans les rues de New York », abandonné par ses alliés, pendant que le reste du monde irait badiner dans les salons trumpiens. La belle affaire ! Quand la politique étrangère française cherche tant bien que mal à sauver ce qui reste de la solution à deux États face au cynical business des accords régionaux, nos censeurs n’y voient qu’une « obsession contre Israël » ou un calcul de politique intérieure. C’est la signature classique des esprits chagrins : accuser l’autre d’idéologie pour mieux masquer la sienne, nettement plus rance et bien plus crasse.

Du "Cause toujours" aux leçons de costume

Le morceau de bravoure de cette littérature reste le chapitre syrien. Après nous avoir expliqué qu’il ne faut pas « donner avant d’obtenir », les voilà soudainement inquiets pour le sort des minorités et la conformité des manuels d'histoire à Damas. La préoccupation serait presque touchante si elle ne provenait pas de ceux qui, d'ordinaire, ne s'intéressent aux drames de l'Orient que lorsqu'ils peuvent en faire un levier d'angoisse identitaire sur les plateaux de télévision.

La métaphore du « costume » qu'on enfile et des « embrassades » diplomatiques fait sourire. On nous met en garde contre la « diplomatie des images » et le « mime démocratique » depuis des officines dont toute la politique repose précisément sur la mise en scène du déclin et le spectacle de la peur. On dénonce le « Cause toujours » des institutions internationales tout en rédigeant des pamphlets qui relèvent exactement du même exercice : brasser de l'air, poser pour la galerie, et vendre de la réprobation morale au kilo.

L'art d'avoir toujours raison sur les ruines

Ce qui transparaît sous le vernis de cette « démonstration », c'est la profonde satisfaction de voir le désordre l'emporter. Moins ça marche, plus ces chroniqueurs jubilent, car chaque échec prétendu de la diplomatie vient nourrir leur obsession centrale : démontrer que le monde est un terrain vague où seuls la force, le mépris et le fait accompli ont droit de cité.

Au fond, ces grands théoriciens du « résultat » ne cherchent rien d'autre qu'à fermer les portes, verrouiller les consciences et draper leur impuissance haineuse dans les habits de la lucidité diplomatique. On leur laissera volontiers leurs leçons de comptabilité politique et leur fausse indignation. La comédie des hypocrites a au moins ce mérite : elle permet de repérer tout de suite ceux pour qui le droit des peuples n'a jamais été qu'une variable d'ajustement.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »