Encore une semaine infernale :

La semaine a débuté par une annonce inattendue du président Donald Trump concernant un « mémorandum d'entente » (MOU) conclu entre les négociateurs américains et iraniens, sous l'égide des médiateurs pakistanais et qataris. Ce mémorandum vise à suspendre les opérations militaires et à entamer soixante jours de discussions en vue d'un accord de paix, fondé sur un plan en quatorze points prévoyant des concessions de part et d'autre. Parmi les principales revendications figurent la libre circulation dans le détroit d'Ormuz, l'arrêt des attaques israéliennes contre le Liban, la levée des sanctions américaines contre l'Iran et la restitution des avoirs gelés à Téhéran. La signature du mémorandum s'est déroulée par voie électronique par les deux dirigeants, une signature officielle étant initialement prévue en Suisse.

Cependant, des craintes de sabotage israélien ont conduit à un changement de lieu pour une zone plus sûre. La réaction d'Israël a été, comme prévu, agressive : l'État a intensifié ses opérations militaires au Liban et a ignoré les appels au cessez-le-feu du mémorandum. Des responsables israéliens, dont le ministre de la Sécurité nationale, Ben Gvir, ont tenu des propos incendiaires, laissant entrevoir une volonté d'escalader la violence plutôt que de rechercher la paix. Cette position agressive a provoqué une vive réaction de Trump, qui a exprimé sa frustration face aux tactiques « excessives » d'Israël et a rappelé aux dirigeants israéliens que l'Iran avait également le droit de se défendre. Les tensions ont culminé avec un avertissement du vice-président J.D. Vance, qui a conseillé à Israël de ne pas s'aliéner son allié le plus puissant, les États-Unis, par une agression militaire. Les propos de Vance ont mis en lumière la fragilité de l'équilibre des pouvoirs et les répercussions potentielles des actions d'Israël sur les relations israélo-américaines.

En conséquence de la poursuite des actions militaires israéliennes, l'Iran a reporté sa participation à la signature et aux négociations prévues en Suisse, invoquant des violations continues du cessez-le-feu. Cette décision a soulevé des questions quant à la fiabilité des négociations avec les États-Unis et leurs alliés, compte tenu de la méfiance historique de l'Iran, née d'accords antérieurs ayant abouti à des concessions unilatérales sans réciprocité. La directive des dirigeants iraniens de se retirer des pourparlers constitue un obstacle majeur à la mise en œuvre du protocole d'accord, soulignant la nécessité pour les deux parties de faire preuve d'un véritable engagement en faveur de la paix. Les responsables américains, dont le vice-président Vance, ont reconnu la gravité de la situation, sans qu'aucune solution claire ne soit en vue.

Dans ce contexte de turbulences, Trump fait face à une dissidence croissante au sein même de sa base politique, notamment parmi ses partisans les plus fervents pro-israéliens. Des critiques, parmi lesquels d'importants donateurs et des membres du Congrès, ont exprimé leur désapprobation face à toute concession perçue comme une trahison envers l'Iran. Ce conflit interne pourrait compliquer les objectifs de politique étrangère de Trump, d'autant plus qu'il cherche à stabiliser les relations avec l'Iran tout en gérant les pressions exercées par d'influentes factions pro-israéliennes aux États-Unis. De manière générale, il apparaît que les actions d'Israël et la riposte américaine pourraient déterminer l'évolution non seulement du conflit iranien, mais aussi de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient dans son ensemble, avec des répercussions susceptibles d'influencer les prochaines élections et les relations internationales.

Source : https://www.unz.com/pgiraldi/another-week-from-hell/

 

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« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Texte intégral du Mémorandum d'entente d'Islamabad entre la République islamique d'Iran et les États-Unis d'Amérique :

 

La République islamique d'Iran et les États-Unis d'Amérique, conjointement et de bonne foi,  sont convenus de ce qui suit le 18 juin 2026 :
 
1. La République islamique d'Iran, les États-Unis d'Amérique et leurs alliés dans le conflit actuel, en signant le présent mémorandum d'entente, déclarent la cessation immédiate et définitive des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, et s'engagent à ne plus engager de guerre ni d'opération militaire les uns contre les autres, à s'abstenir de toute menace ou recours à la force, et à garantir l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban. L'accord final confirmera la fin définitive de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que les autres dispositions du présent article.
 
2. La République islamique d'Iran et les États-Unis d'Amérique s'engagent à respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'autre et à s'abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures de l'autre.
 
3. La République islamique d’Iran et les États-Unis d’Amérique s’engagent à mener des négociations et à parvenir à un accord final dans un délai maximal de 60 jours, prolongeable d’un commun accord.
 
4. Dès la signature du présent mémorandum d'entente, les États-Unis d'Amérique lèveront leur blocus naval et cesseront toute forme de harcèlement ou d'obstruction à l'encontre de la République islamique d'Iran, et mettront fin définitivement au blocus naval dans un délai de 30 jours. Pendant cette période, le trafic maritime sera proportionnel au volume de trafic d'avant-guerre tel qu'établi par la République islamique d'Iran. Les États-Unis d'Amérique s'engagent également à retirer leurs forces militaires de la zone périphérique de la République islamique d'Iran dans les 30 jours suivant la signature de l'accord définitif.
 
5. Dès la signature du présent mémorandum d'entente, la République islamique d'Iran mettra tout en œuvre pour assurer le passage gratuit et sécurisé des navires commerciaux, pendant une durée de 60 jours seulement, entre le golfe Persique et la mer d'Oman. Le trafic maritime commercial débutera immédiatement et sera rétabli dans un délai de 30 jours, sous réserve de la levée des obstacles techniques et militaires et du déminage par la République islamique d'Iran. La République islamique d'Iran négociera avec le Sultanat d'Oman afin de déterminer la future administration et les services maritimes dans le détroit d'Ormuz, conformément au droit international applicable et aux droits souverains des États riverains du détroit d'Ormuz, et consultera également les autres États riverains du golfe Persique.
 
6. Les États-Unis d'Amérique s'engagent, de concert avec leurs partenaires régionaux, à élaborer un programme définitif, convenu par les deux parties, pour la reconstruction et le développement économique de la République islamique d'Iran, prévoyant un financement d'au moins 300 milliards de dollars. Les modalités de mise en œuvre de ce programme seront finalisées dans le cadre de l'accord final, dans un délai de 60 jours. Les États-Unis d'Amérique fourniront toutes les autorisations, dérogations et licences nécessaires aux transactions financières concernées.
 
7. Les États-Unis d'Amérique s'engagent à lever toutes les sanctions imposées à la République islamique d'Iran, y compris les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, les résolutions du Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique et toutes les sanctions unilatérales américaines, primaires et secondaires, selon un calendrier convenu dans le cadre de l'accord final. La République islamique d'Iran et les États-Unis d'Amérique reconnaissent l'importance fondamentale de la levée des sanctions mentionnée ci-dessus et expriment leur intention d'aborder rapidement ces questions dans le cadre des négociations afin de parvenir à un accord mutuel.
 
8. La République islamique d'Iran réaffirme qu'elle ne produira ni n'acquerra d'armes nucléaires. La République islamique d'Iran et les États-Unis d'Amérique sont convenus que le statut des matières enrichies stockées sera réglé selon un mécanisme convenu par les deux parties et conformément au calendrier prévu à la clause 7, au moins par dilution sur place, sous la supervision de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Les deux parties conviennent également de discuter de la question de l'enrichissement et d'autres sujets d'intérêt commun liés aux besoins nucléaires de la République islamique d'Iran, dans le cadre d'un accord final satisfaisant. L'accord final confirmera les dispositions de la présente clause. La République islamique d'Iran et les États-Unis d'Amérique reconnaissent l'importance fondamentale des questions nucléaires susmentionnées et expriment leur intention de les aborder rapidement lors des négociations afin de parvenir à un accord mutuel.
 
9. La République islamique d'Iran et les États-Unis d'Amérique conviennent de maintenir le statu quo jusqu'à la conclusion d'un accord définitif ; la République islamique d'Iran maintiendra le statu quo en ce qui concerne son programme nucléaire, et les États-Unis d'Amérique n'imposeront aucune nouvelle sanction contre l'Iran ni ne déploieront de forces militaires supplémentaires dans la région.
 
10. Les États-Unis d'Amérique s'engagent à délivrer immédiatement des dérogations du Département du Trésor pour l'exportation de pétrole brut iranien, de produits pétrochimiques et de leurs dérivés, ainsi que pour tous les services connexes, y compris les transactions bancaires, l'assurance, le transport, etc., dès la signature du présent protocole d'accord et jusqu'à la levée des sanctions.
 
11. Les États-Unis d'Amérique s'engagent à mettre intégralement à disposition les fonds et avoirs limités ou bloqués de la République islamique d'Iran dès la mise en œuvre du présent mémorandum d'entente. Les États-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran conviendront d'un commun accord des modalités de déblocage de ces fonds au cours des négociations. Ces fonds, qu'ils soient détenus sur le compte principal ou transférés, devront être pleinement utilisables pour le paiement à tout bénéficiaire final désigné par la Banque centrale de la République islamique d'Iran. Les États-Unis d'Amérique s'engagent à délivrer toutes les autorisations et licences nécessaires à cet égard.
12. La République islamique d’Iran et les États-Unis d’Amérique conviennent d’établir un mécanisme exécutif pour surveiller la mise en œuvre réussie du présent mémorandum d’entente et le respect futur de l’accord final.
 
13. Après la signature du présent mémorandum d’entente et sous réserve du début de la mise en œuvre des clauses 1, 4, 5, 10 et 11 du présent mémorandum et de la poursuite de ces actions, la République islamique d’Iran et les États-Unis d’Amérique entameront exclusivement des négociations sur les clauses restantes de l’accord final.
 
14. L’accord final sera entériné par une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations Unies.
 

La véritable défaite n’est pas celle de l’Iran : quand les prophètes du déclin réécrivent l'Histoire :


 Présenté comme une victoire occidentale, l'accord avec l'Iran révèle surtout les limites de la stratégie américaine et israélienne. Derrière les récits médiatiques de « défaite iranienne » se cache une réalité géopolitique bien différente : échec des objectifs militaires, discrédit diplomatique de Washington et persistance du double standard occidental.

Quand le récit médiatique s'éloigne des faits

Parler aujourd'hui de « défaite stratégique iranienne », comme le répètent en boucle les chaînes d'information, les experts de plateau et les réseaux sociaux, relève davantage de la communication politique que de l'analyse géopolitique. Il faut reconnaître un talent à certains éditorialistes contemporains : celui de transformer le moindre communiqué diplomatique en chute de Rome, le moindre compromis en Munich, le moindre cessez-le-feu en apocalypse civilisationnelle.

À les lire, Versailles ne serait plus Versailles mais une annexe de Téhéran, les États-Unis auraient déposé les armes devant les mollahs et l'Occident, dans un accès soudain de masochisme historique, aurait organisé sa propre reddition dans la galerie des Glaces.

Rien que cela. Une question simple mérite pourtant d'être posée : qui a réellement perdu ?

Depuis des mois, Benjamin Netanyahu promettait la destruction du programme nucléaire iranien, l'affaiblissement durable du régime et l'effondrement de son influence régionale. Donald Trump a fait sienne cette stratégie de confrontation en s'alignant sur les objectifs du gouvernement israélien.

Or aucun de ces objectifs n'a été atteint.

Le régime iranien est toujours en place. Son appareil d'État fonctionne. Son influence régionale demeure. Son programme nucléaire n'a pas été démantelé. Les sanctions sont allégées. Les avoirs gelés sont progressivement débloqués et de nouvelles perspectives économiques s'ouvrent. Depuis quand appelle-t-on cela une défaite ?

Les faits contredisent le récit officiel

Dans l'histoire des conflits, le vaincu paie généralement le prix de la guerre.

Il verse des réparations, cède des territoires ou accepte les conditions imposées par son adversaire. Or nous assistons ici à l'inverse.

Des fonds iraniens gelés sont débloqués. Des mécanismes de compensation économique sont évoqués. Le rôle stratégique du détroit d'Ormuz demeure intact. Si l'on s'en tient aux résultats concrets plutôt qu'aux slogans, le récit d'une capitulation iranienne devient difficile à soutenir.

Le JCPOA : une vérité que beaucoup préfèrent oublier

L'un des angles morts du débat concerne l'accord nucléaire de 2015.

Au moment de sa signature, les experts internationaux considéraient que l'Iran avait accepté le régime d'inspection le plus intrusif jamais appliqué à un État souverain.

Contrairement à une idée largement diffusée, l'Iran n'a jamais produit d'arme nucléaire. Les agences de renseignement américaines elles-mêmes ont régulièrement indiqué ne disposer d'aucune preuve démontrant l'existence d'un programme actif de fabrication d'armes nucléaires.

La rupture majeure ne fut pas iranienne. Elle fut américaine.

C'est Washington qui s'est retiré unilatéralement du JCPOA. C'est Washington qui a rétabli les sanctions. C'est Washington qui a démontré que sa signature diplomatique pouvait être annulée au gré des changements politiques internes.

Le véritable dommage stratégique est peut-être là : dans l'affaiblissement de la crédibilité américaine.

Le double standard occidental

Cette crise met également en lumière une contradiction rarement évoquée.

On exige de l'Iran qu'il renonce définitivement à toute capacité de dissuasion stratégique. Dans le même temps, la seule puissance nucléaire effective de la région échappe à tout contrôle international comparable.

On invoque le droit international lorsqu'il s'agit de condamner certains États, mais on devient soudain beaucoup plus discret lorsqu'il est question de bombardements, d'occupations ou d'opérations militaires menées par des alliés occidentaux.

Cette asymétrie n'échappe plus au reste du monde.

Et c'est précisément ce qui explique l'érosion croissante de l'influence morale et politique de l'Occident sur la scène internationale.

La paix imparfaite vaut mieux que le chaos parfait

Les partisans de l'escalade militaire évitent généralement une question essentielle : quelle était l'alternative ?

Une guerre régionale durable. La fermeture du détroit d'Ormuz. Une explosion des prix de l'énergie. Une crise économique mondiale dont les Européens auraient été parmi les premières victimes.

La négociation n'est pas toujours une victoire éclatante. Elle est souvent le choix pragmatique permettant d'éviter une catastrophe plus grande encore. Présenter chaque compromis diplomatique comme une capitulation relève davantage de l'idéologie que du réalisme.

La véritable leçon de cette crise

La véritable leçon de cette séquence n'est pas la prétendue défaite de l'Iran. C'est l'écart grandissant entre le récit médiatique occidental et la réalité observée par une grande partie du monde. Les peuples regardent les faits. Ils voient qui a rompu les accords. Ils voient qui impose les sanctions. Ils voient qui dispose de l'arme nucléaire. Ils voient qui bombarde. Ils voient qui invoque le droit international et qui l'applique à géométrie variable.

À force de confondre communication et réalité, certains commentateurs finissent par prendre leurs propres récits pour l'Histoire. Mais l'Histoire, elle, est toujours plus têtue que la propagande.

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Le crucifix comme arme, le voile comme procès : nouvelle religion républicaine!

Une balance qui ne pèse que d'un côté : L'auteur d’une presse se présente en gardien de la laïcité, scandalisé qu'un maire bénisse le voile et maudisse le crucifix. Mais avant d'accuser la balance du voisin d'être faussée, il faudrait vérifier la sienne.

Chez lui, le crucifix n'est jamais une provocation ni un instrument : il tombe du ciel, pur et incontestable. Le voile, en revanche, devient instantanément pétromonarchie, séparatisme, programme civilisationnel. Deux poids, deux mesures  et une seule conscience pour ne pas s'en apercevoir. « Pourquoi regardes-tu la paille dans l'œil de ton frère, et ne vois-tu pas la poutre dans le tien ? »

L'auteur affirme implicitement qu'une femme portant le voile adhère nécessairement à l'ensemble des prescriptions les plus radicales attribuées à l'islam : soumission des femmes, mise à mort des apostats, hostilité aux juifs et aux chrétiens, etc.

Or c'est un raisonnement absurde : Si l'on applique la même logique à toutes les religions, porter une croix signifierait approuver les croisades, l'Inquisition, les bûchers pour hérésie ou l'interdiction historique du divorce. Porter une kippa signifierait approuver toutes les positions des gouvernements israéliens passés ou présents. Personne ne raisonne ainsi.

Un signe religieux n'est jamais la totalité d'une théologie, encore moins la totalité d'une histoire religieuse. L'auteur réclame pour le voile un traitement qu'il refuse aux autres symboles religieux.

Ce nouveau pharisien prétend parler de laïcité mais glisse constamment vers une dénonciation civilisationnelle. On ne parle plus de citoyens mais de « Nouvelle France », de « pétromonarchie », de « prophétariat », de populations supposément incompatibles avec la République.

Une femme jugée sans avoir été entendue : Au centre de cette fresque, il y a elle. La musulmane voilée. On ne lui demande ni son nom, ni ses raisons, ni son histoire : elle est condamnée avant d'être écoutée. C'est exactement la scène que l'Évangile retourne contre ses juges  celle de la femme qu'on amène devant le Christ pour qu'il la condamne, et à qui il répond : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. »

Notre auteur n'a pas cette pudeur. Il a déjà la pierre en main. Et il la jette sur une inconnue, transformée en symbole parce que cela sert mieux sa démonstration qu'un visage réel.

L'excommunication sans procès : Le texte va plus loin encore : il évoque un « prophétariat » qui aurait remplacé le prolétariat, une gauche en quête désespérée d'un nouveau peuple après la défection de l'ancien. C'est une excommunication collective, prononcée sans nommer une seule âme, qui frappe toute une congrégation  les musulmans pratiquants, les femmes voilées  du sceau de l'hérésie civilisationnelle. Même l'Inquisition instruisait des procès, fussent-ils des simulacres. Ici, on condamne sans même convoquer l'accusée à la barre.

L'arme qu'on absout, le procès qu'on instruit : On nous promettait une leçon de laïcité. On nous a livré un catéchisme à sens unique, où la croix est sanctuaire et le voile un aveu de culpabilité. La République, comme le Royaume qu'invoque l'Évangile, ne demande pas de choisir son saint patron contre celui du voisin. Elle demande quelque chose de plus dur, et de plus simple : que chacun commence par nettoyer le dedans de sa propre coupe, avant d'aller inspecter celle des autres.

Le pharisien d'Ivry-sur-Seine ne s'appelle ni le maire, ni l'élu d'opposition. Il tient la plume. Qui sont les vrais pharisiens ?

 

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Évian à l’envers : quand les nostalgiques de l’Empire réécrivent l’Histoire :

Il existe en France une école de pensée singulière : celle qui transforme les bénéficiaires de la colonisation en victimes de l’Histoire et les colonisés en accusés permanents. La chronique de Xavier Driencourt en est une illustration presque parfaite.

Le procédé est simple. On efface cent trente-deux années de colonisation, les expropriations, le Code de l’indigénat, les massacres et les inégalités structurelles. Puis on réduit toute la question algérienne à un débat technique sur la double nationalité. La violence d’un système colonial disparaît derrière les subtilités d’un dossier administratif.

Le tour de passe-passe est habile. Mais il ne résiste pas à l’examen.

Le grand oubli de la colonisation

L’argument central de l’ancien ambassadeur est connu : l’Algérie aurait refusé la double nationalité aux Européens en 1962, mais réclamerait aujourd’hui la protection de ses ressortissants ou de ses binationaux à l’étranger. Présenté ainsi, le raisonnement semble cohérent.

Le problème est qu’il repose sur un oubli colossal : en 1962, l’Algérie ne sortait pas d’un colloque universitaire sur le droit des nationalités. Elle sortait d’une guerre de libération contre une puissance coloniale. Cette réalité change tout.

Les Européens d’Algérie n’étaient pas une minorité comparable à n’importe quelle autre. Ils constituaient le groupe dominant d’un ordre colonial qui accordait les droits les plus étendus à certains et les refusait à la majorité autochtone. Faire aujourd’hui comme si colonisateurs et colonisés occupaient exactement la même position historique relève moins de l’analyse que de la réécriture.

Une indépendance n’est pas une formalité notariale

Ce qui semble surtout déranger certains commentateurs, c’est que le FLN ait affirmé l’existence d’un peuple algérien avant 1830. Pourtant, toute la guerre d’indépendance reposait sur ce principe fondamental : l’Algérie existait avant la conquête française et continuait d’exister malgré elle.

Sans cette évidence, la colonisation se transforme miraculeusement en simple opération de gestion territoriale :

  • Les canons deviennent des actes administratifs.
  • Les conquêtes deviennent des formalités.
  • Les peuples deviennent des détails.
L’absurdité de cette lecture saute aux yeux.

Aucune nation sortie de la domination coloniale n’a bâti sa souveraineté sur le maintien des structures politiques héritées de la colonisation. Exiger cela de l’Algérie revient à lui reprocher d’avoir voulu être indépendante.

Le paradoxe de la loyauté et de la double nationalité

Le plus étonnant reste cependant ailleurs. Dans le même texte, on affirme défendre les descendants des Européens d’Algérie tout en s’interrogeant sur la loyauté des Franco-Algériens : Sont-ils vraiment français ? Se sentent-ils davantage algériens ? Que feraient-ils en cas de conflit entre les deux pays ? Depuis des décennies, ces questions reviennent avec une régularité obsessionnelle.

Ainsi, les descendants d’Algériens seraient parfois trop algériens pour être considéres comme pleinement français, mais suffisamment français lorsqu’il s’agit de les utiliser comme argument contre l’Algérie. La contradiction est si flagrante qu’elle en devient ironique.

Le véritable retournement de l’Histoire

Le véritable paradoxe n’est pas celui que pointe Xavier Driencourt. Le véritable paradoxe est qu’une partie de l’élite française continue de regarder l’Algérie avec les lunettes de 1962 tout en exigeant qu’elle raisonne selon les catégories politiques actuelles. Il est là, le refus d'accepter un fait pourtant élémentaire : l’Algérie n’a pas été créée par les Accords d’Évian. Les Accords d’Évian ont simplement consacré l’échec d’un projet colonial qui prétendait la nier.

Une nostalgie qui refuse de mourir

Au fond, cette chronique nous apprend moins de choses sur l’Algérie que sur certaines obsessions françaises. Elle révèle une difficulté persistante à regarder le passé colonial autrement qu’à travers le prisme de la perte. Comme si l’indépendance algérienne demeurait, pour certains, une anomalie historique qu’il faudrait encore expliquer ; comme si les anciens colonisés devaient éternellement justifier leur liberté.

Mais l’Histoire est têtue. Et son verdict est connu depuis longtemps. L’Algérie n’a pas demandé la permission d’exister. Elle a imposé son existence. C’est précisément ce que certains n’ont toujours pas pardonné.

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Trump prétend pouvoir négocier mieux. Le problème est simple : il doit aujourd’hui réparer ce qu’il a lui-même cassé.

Donald Trump promet un accord nucléaire avec l’Iran « meilleur » que celui de 2015. Il se retrouve face à un Iran plus puissant, plus méfiant et moins enclin aux concessions.  

Le grand retour du démolisseur

Donald Trump revient sur le dossier nucléaire iranien avec une promesse familière : obtenir un accord « bien meilleur » que celui signé sous Barack Obama. L'affirmation a de quoi surprendre. Car l’homme qui se présente aujourd’hui comme l’artisan d’une solution est aussi celui qui, en 2018, a méthodiquement détruit l’accord existant.

L'histoire ressemble à celle d'un entrepreneur qui dynamite un pont parfaitement fonctionnel avant de revenir quelques années plus tard expliquer qu'il est le mieux placé pour le reconstruire. Le problème n'est pas le manque d'audace. C'est le manque de mémoire.

Un accord imparfait, mais efficace

L'accord de 2015 n'était pas parfait. Aucun compromis international ne l'est.

Mais après vingt mois de négociations impliquant les États-Unis, les Européens, la Russie, la Chine et l'Iran, il avait au moins atteint un objectif essentiel : limiter strictement le programme nucléaire iranien et instaurer un système de contrôle sans précédent.

Puis Donald Trump a décidé de le déchirer.

Au nom de la « pression maximale », Washington a rétabli les sanctions et promis que Téhéran finirait par céder.

Huit ans plus tard, le constat est cruel : le régime iranien est toujours là.

En revanche, la confiance a disparu, les tensions se sont aggravées et le programme nucléaire iranien est devenu plus avancé qu'au moment où l'accord a été abandonné.

Une victoire stratégique dont les résultats restent désespérément invisibles.

Le paradoxe Trump

C'est toute l'ironie de la situation Donald Trump cherche aujourd'hui à obtenir davantage de concessions auprès d'un Iran plus puissant qu'en 2015. Il veut négocier un meilleur accord avec moins de crédibilité.

Car une question demeure : pourquoi Téhéran ferait-il confiance à Washington ?

Pourquoi signer un engagement présenté comme durable quand un changement politique à la Maison-Blanche peut suffire à le réduire en miettes ?

La diplomatie repose sur la confiance autant que sur le rapport de force. Or le retrait américain de 2018 a profondément fragilisé les deux.

Quand le slogan remplace la stratégie

Le trumpisme aime se présenter comme une école du réalisme. Pourtant, sur le dossier iranien, il a souvent privilégié le coup d'éclat à la patience diplomatique, la communication à la stratégie et l'affichage politique à la continuité de l'État. Le résultat est saisissant : Washington tente aujourd'hui de reconstruire ce qu'il avait présenté hier comme une catastrophe.

Le fameux « meilleur accord » promis depuis des années ressemble de plus en plus à une tentative de recréer, sous un autre emballage, ce qui existait déjà avant sa destruction.

Une décennie perdue

C'est peut-être là le véritable bilan de cette séquence. Après avoir vendu la rupture comme un acte de force historique, Donald Trump découvre qu'il est infiniment plus difficile de bâtir que de démolir.

S'il obtient un accord, son succès sera jugé à sa capacité de restaurer une stabilité qui existait déjà avant son retrait.

Autrement dit, après des années de tensions, de sanctions et de démonstrations de force, le plus grand exploit diplomatique du président américain pourrait être de revenir au point de départ. Une décennie perdue pour apprendre une leçon pourtant élémentaire : en diplomatie comme ailleurs, casser est facile. Réparer l'est beaucoup moins.

 

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Le mirage de Versailles : Quand la diplomatie française se prend pour un fast-food de luxe:

I. Le théâtre des vanités : Des dorures pour masquer la reculade

Emmanuel Macron vient d’offrir les ors du château de Versailles à Donald Trump sous prétexte de célébrer l’indépendance américaine. Le décor était somptueux, digne des plus grandes heures de la monarchie. Problème : si le plateau de cinéma était impeccable, le scénario, lui, a été écrit à la va-vite sur un coin de table par l'Oncle Sam.

Derrière les embrassades, la presse internationale ne s'y trompe pas : le fameux accord en 14 points signé avec l'Iran directement au milieu des dorures ressemble fort à une capitulation en habit de lumière. En figeant les positions au Liban et en ouvrant la voie à la levée du blocus, Washington efface ses propres lignes rouges. C'est le triomphe du cynisme transactionnel. Applaudir ce texte comme « un pas dans la bonne direction » relève d'une flagornerie pathétique envers un président américain qui a traité Versailles de « vrai truc, pas de la feuille d'or », tout en menaçant la veille de taxer le vin français à 100 %.

L'ombre des Gilets jaunes : Pour la presse anglo-saxonne, la véritable boussole de cette rencontre ne se trouvait pas dans les traités d'histoire, mais à la pompe à essence. Éviter un embrasement social en France grâce à la réouverture du détroit d'Ormuz valait bien toutes les courbettes du monde à Versailles.

II. Du Traité de 1919 au comptoir du McDo : L'ironie de l'histoire

À moins d'un an de la fin de son mandat, Emmanuel Macron cherche désespérément à sculpter sa statue pour la postérité. Les correspondants étrangers s'en amusent follement : il faut un sens de l'humour très particulier pour faire signer à Trump un accord de désengagement à Versailles, lieu historique par excellence de la capitulation et de la négociation forcée.

Mais les mises en scène ne dateront pas le bilan. Des promesses d'éthique balayées par l'affaire Benalla aux caisses de l'État vidées par une dette record, la réalité nationale est têtue. Cette manie d'utiliser les hauts symboles de la France pour "se faire mousser" auprès d'hôtes étrangers frise le ridicule. C'est l'histoire d'un chamelier qui montre les pyramides à un riche touriste américain en lui faisant croire que son grand-père a posé les pierres...

La presse de gauche a beau crier à l'attitude « obséquieuse », la vérité est encore plus cruelle : la cantine officielle de la Start-up nation, ce n'est pas Versailles, c'est le fast-food. Cela tombe bien, l'hôte américain adore les hamburgers !

En fin de compte, la diplomatie française aura joué le rôle de garçon de café de luxe. Le grand succès revendiqué par l'Élysée ? Avoir réussi à retenir Trump jusqu'à la fin du G7 d'Évian grâce à la promesse d'un bon dîner. À part avoir servi de resto et réglé l'addition, cette diplomatie du spectacle n'aura strictement servi à rien.

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Naâma Asfari : seize ans de prison et le silence gêné des défenseurs des droits humains


Sahara occidental : quand la raison d'État enterre le droit des peuples

Entre condamnations de l'ONU et complaisance diplomatique, le cas Asfari révèle les limites des grands discours occidentaux sur les droits humains.

Naâma Asfari a entamé une grève de la faim. Voilà seize ans qu'il est emprisonné pour son engagement en faveur de l'indépendance du Sahara occidental. Seize ans. Une durée qui dépasse la sanction pour entrer dans une autre logique : celle de l'épuisement d'un homme devenu symbole d'une cause que beaucoup préféreraient voir disparaître du débat public.

Pendant ces seize années, des gouvernements se sont succédé, des ministres ont changé de portefeuille, des présidents ont multiplié les déclarations sur les libertés fondamentales. Naâma Asfari, lui, est resté derrière les barreaux.

Son cas illustre une réalité rarement assumée : tous les prisonniers politiques ne bénéficient pas de la même attention.

Certains deviennent des emblèmes internationaux. D'autres sont relégués dans les marges de l'actualité, là où les principes s'effacent devant les intérêts diplomatiques.

Pourtant, les alertes ne manquent pas. Les Nations unies ont dénoncé à plusieurs reprises sa détention arbitraire. Des instances internationales ont documenté des accusations de torture, d'isolement prolongé et de violations des droits fondamentaux.

Mais lorsqu'une cause devient diplomatiquement inconfortable, les condamnations officielles finissent souvent rangées dans les archives, entre deux communiqués sur l'État de droit.

Le Sahara occidental agit depuis des décennies comme un révélateur politique. Il expose les contradictions d'un système international qui invoque volontiers le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, sauf lorsque ce principe risque de perturber des alliances stratégiques ou des équilibres régionaux.

La France illustre parfaitement cette ambiguïté.

Dans les discours, Paris défend les libertés, le droit international et les droits humains. Dans les faits, les impératifs géopolitiques imposent souvent une hiérarchie discrète entre les causes qu'il convient de soutenir et celles qu'il vaut mieux contourner.

La diplomatie moderne possède son propre vocabulaire pour désigner ces renoncements : stabilité régionale, partenariat stratégique, coopération renforcée, convergence d'intérêts.

Autant de formules élégantes qui permettent parfois d'éviter la question essentielle : que valent les principes lorsqu'ils deviennent politiquement coûteux ?

Pendant ce temps, Naâma Asfari mène son combat avec ce qu'il lui reste : son propre corps.

La grève de la faim est le langage des oubliés. Le recours ultime de ceux dont la parole ne trouve plus d'écho dans les institutions censées la protéger.

Au-delà de son destin personnel, son affaire interroge la crédibilité des démocraties occidentales lorsqu'elles prétendent défendre universellement les droits humains.

Car lorsqu'un principe ne s'applique qu'aux dossiers politiquement rentables, il cesse progressivement d'être un principe pour devenir un instrument.

Et lorsqu'une liberté dérange davantage qu'une injustice, c'est généralement la liberté qui finit derrière les barreaux.

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A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  

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Iran fantasmé, Occident accusé : quand les récits remplacent le réel

On croyait avoir tout vu en matière de nostalgie politique, mais voici revenir, avec la grâce d’un spectre bien coiffé, Reza Pahlavi, héritier d’un trône disparu comme une ligne de crédit mal gérée, qui nous explique qu’il serait prêt à “reprendre les rênes” de l’Iran — à condition, bien sûr, qu’on le lui demande poliment. Il ne manque plus que le formulaire Cerfa de restauration monarchique et la signature d’un peuple réduit au rôle de figurant dans une reconstitution historique.

Pendant ce temps, on nous raconte que l’Iran serait prêt à “revenir en arrière”. Comme si l’histoire était une marche arrière de voiture allemande haut de gamme, et non un engrenage violent, irréversible, où les sociétés se transforment même quand les nostalgies refusent de l’admettre. Mauvaise nouvelle pour les restaurateurs de couronnes : les peuples ne changent pas d’époque sur simple injonction dynastique.

Et pourtant, certains récits persistent, obstinés comme une légende administrative : l’Iran serait un bloc figé, une dictature monolithique, une société entièrement capturée par un islam politique sans fissure, sans contradiction, sans intérieur. Vision confortable. Trop confortable.

Car dans cette fresque simplifiée, tout devient lisible : un régime d’un côté, un peuple uniformément oppressé de l’autre, et au milieu, une Occidentale morale en panne de courage. Voilà donc le monde parfait du commentaire géopolitique : des cases nettes, des ennemis identifiés, et surtout aucune complexité susceptible de gâcher la narration.

On nous explique même que l’Occident serait “mou”, coupable de ne pas assez haïr ou pas assez soutenir, selon les besoins rhétoriques du moment. Trop critique envers certains, trop conciliant envers d’autres, jamais au bon endroit, jamais au bon degré d’indignation. L’Occident, dans cette logique, est un personnage commode : toujours fautif, jamais cohérent, idéal pour remplir les blancs d’un raisonnement déjà écrit.

Mais le plus fascinant reste cette idée d’un “combat contre l’islam” en Iran, comme si une société entière se résumait à une guerre théologique univoque. Comme si les protestations sociales, les fractures générationnelles, les conflits de classe et les tensions politiques pouvaient être réduits à une équation unique, simple, presque confortable : civilisation contre religion, modernité contre obscurantisme. Une vieille dramaturgie, efficace, mais historiquement paresseuse.

Oui, il y a des contestations. Mais non, cela ne compose pas un récit propre, linéaire, exportable en slogans. L’Iran réel n’a pas signé le contrat narratif qu’on tente de lui imposer.

Et puis surgit la grande trouvaille : la “servitude volontaire”, version remixée pour tribune internationale. Comme si quatre citations de La Boétie suffisaient à expliquer la mécanique d’un État contemporain, ses réseaux de pouvoir, ses compromis sociaux, ses zones grises, ses dépendances économiques et ses contradictions internes. L’histoire, ici, devient un décor de théâtre classique plaqué sur une scène bien trop moderne pour lui.

Quant à la société iranienne, elle serait “connivente”, “corrompue”, “résignée” — adjectifs parfaits, surtout parce qu’ils dispensent de comprendre. Ils permettent ce luxe rare : juger sans analyser, condamner sans décrire, conclure sans enquêter.

Et dans ce récit, chaque événement devient preuve de tout ce qu’il fallait déjà croire. Une protestation ? Preuve de l’effondrement imminent. Une stabilisation ? Preuve de la manipulation. Une ouverture ? Preuve de duplicité. Une fermeture ? Preuve de tyrannie absolue. C’est une machine parfaite : elle ne peut jamais avoir tort, puisqu’elle a toujours raison, quelle que soit la réalité.

Pendant ce temps, Reza Pahlavi flotte au-dessus du paysage comme une solution préfabriquée, un passé reconditionné en futur possible, prêt à être livré en cas de panne politique. Il ne manque que le mode d’emploi : “installer la monarchie en trois étapes simples”.

Mais voilà : les sociétés ne sont pas des scénarios de substitution. Et les peuples ne sont pas des variables d’ajustement pour nostalgies diplomatiques.

L’Iran contemporain n’a pas besoin d’être sauvé par des récits trop propres pour être honnêtes. Il a besoin d’être compris dans ses contradictions, ses tensions, ses mutations internes même si cela rend le commentaire moins spectaculaire, moins définitif, moins confortable pour ceux qui aiment les histoires où tout est déjà écrit.

Le réel, lui, persiste dans une insolence tranquille : il refuse obstinément d’entrer dans les catégories qu’on lui assigne.

Et c’est sans doute pour cela qu’il est si mal compris et si rarement supporté.

A.T


 

CRINK : quand l'Occident découvre enfin ce que signifie la concurrence:

Panique dans les beaux quartiers de l'Empire.

Les éditorialistes de garde ont trouvé leur nouveau croque-mitaine : le « CRINK ». Chine, Russie, Iran, Corée du Nord. Rien que le nom sonne comme une marque de pesticide ou une maladie tropicale. C'est parfait : avant même de réfléchir, le lecteur doit déjà ressentir une légère démangeaison géopolitique.

Le scénario est connu. Depuis la chute de l'Union soviétique, l'Occident se considérait comme le propriétaire officiel de la planète. Les États-Unis géraient la sécurité, l'Europe distribuait les certificats de moralité, les marchés financiers écrivaient les commandements, et le reste du monde était prié d'applaudir.

Puis un problème est apparu.

Les autres existent.

Quelle impolitesse.

Voilà que des puissances refusent désormais d'occuper éternellement le rôle de figurants dans un film écrit à Washington. Et cette simple idée déclenche chez certains chroniqueurs la même angoisse qu'un aristocrate de 1788 découvrant que les domestiques savent lire.

Le plus drôle est cette manière de présenter l'ordre occidental comme un phénomène naturel. Une sorte de climat géopolitique. Une évidence. Une gravité terrestre.

L'hégémonie américaine ? La stabilité.

Les sanctions économiques ? La défense des valeurs.

Les guerres préventives ? La sécurité collective.

Les coups d'État soutenus à l'étranger ? La promotion de la démocratie.

Les bases militaires sur plusieurs continents ? La paix.

Mais que la Chine finance ses partenaires, que la Russie cherche des alliés ou que l'Iran défende ses intérêts régionaux, et soudain les éditorialistes voient surgir les quatre cavaliers de l'Apocalypse chevauchant des missiles nucléaires.

La règle est simple : quand l'Occident avance ses pions, c'est l'ordre mondial ; quand les autres bougent les leurs, c'est le chaos.

Une merveille de cohérence.

On nous explique que Pékin soutient une « économie de guerre ».

Émouvant.

Les mêmes pays qui consacrent des centaines de milliards aux dépenses militaires, exportent des armes aux quatre coins du globe et transforment chaque conflit en salon professionnel pour industriels de la défense découvrent soudain les vertus du pacifisme.

Les marchands de canons organisent désormais des conférences sur les dangers du bruit.

L'ironie atteint même des sommets himalayens lorsqu'il est question de libre-échange.

Pendant quarante ans, l'Occident a expliqué à la planète entière que la concurrence était une loi sacrée.

Puis la Chine est devenue compétitive.

Et là, miracle.

Les apôtres du marché libre ont commencé à dresser des barrières douanières avec l'énergie de castors sous amphétamines.

Les champions du libéralisme réclament désormais des protections.

Les défenseurs de la mondialisation découvrent les vertus du patriotisme économique.

Les prêtres du libre-échange deviennent soudain douaniers. On dirait un végétarien surpris en train de dévorer un sanglier. Le véritable sujet n'est pourtant ni la Russie, ni l'Iran, ni la Corée du Nord, ni même la Chine.

Le sujet est la panique existentielle d'une élite qui confond depuis longtemps ses intérêts avec ceux de l'humanité entière.

Depuis des décennies, les puissances occidentales parlent de « communauté internationale » comme Louis XIV parlait de l'État.

Avec le même sous-entendu.

« La communauté internationale, c'est nous. »

Le reste du monde est toléré à condition de voter correctement. Or voici qu'une partie croissante de la planète refuse de jouer ce rôle décoratif.

Là réside la véritable source d'angoisse. Car ce qui vacille aujourd'hui n'est pas l'ordre mondial. C'est le monopole occidental sur la définition de cet ordre.

Les éditorialistes peuvent bien invoquer les périls, les menaces, les axes du mal recyclés et les acronymes anxiogènes.

Derrière la fumée des grands discours, on distingue surtout une vieille puissance qui regarde le miroir de l'Histoire et découvre une vérité désagréable.

Le monde n'est plus son domaine privé.

Et il n'existe rien de plus insupportable pour un hégémon que de devoir vivre sous les règles qu'il imposait aux autres.

Voilà le scandale.

Voilà la tragédie.

Voilà le véritable « danger pour la stabilité internationale ».

Les maîtres du jeu découvrent enfin ce que signifie avoir des adversaires.

A.T

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A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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