Il y a une
beauté convulsive dans l’idiotie stratégique. L’Amérique avait promis « l’Aube
d’un Nouveau Moyen-Orient », le Grand Soir de la démocratie aéroportée et
l’apocalypse finale du « régime des Mollahs ». Résultat ? Après quelques
semaines de ce qui ressemble plus à un concours de pyrotechnie hors de prix
qu’à une guerre de haute intensité, le spectacle touche à sa fin. Le rideau
tombe sur un champ de ruines, laissant derrière lui une odeur de kérosène brûlé
et le goût amer d’une humiliation que l'on tente de maquiller en triomphe.
Le fracas des
illusions et le prix du sang (des autres)
Le
Pentagone, avec cette comptabilité maniaque qui caractérise les empires en déclin,
aligne les chiffres : 11 000 frappes. On a « décapité » la chaîne de
commandement iranienne si souvent que Téhéran doit désormais ressembler à une hydre
de Lerne particulièrement hilare. On a martelé le béton, labouré le désert
et fait trembler les montagnes. Et pourtant ? Le programme nucléaire iranien,
niché sous des centaines de mètres de roche granitique, regarde passer les
bombes avec l’impassibilité du roc. On ne détruit pas une idéologie et un
savoir-faire avec des jouets technologiques à plusieurs millions de dollars
l’unité quand l'adversaire a l'éternité pour lui.
Pendant ce
temps, le « dôme de fer » de certitudes occidentales prend l’eau. Les
bases américaines du Golfe ne sont plus que des stands de tir pour drones et
missiles iraniens, et le fleuron de l’US Navy, ce porte-avions qu’on croyait
insubmersible comme le Titanic s’en va panser ses plaies dans un port européen,
loin, très loin des côtes persiques. Quant au détroit d’Ormuz, il est devenu un
lac iranien. On joue au billard avec l’économie mondiale, et c’est l’occident
qui paye l’addition à la pompe, tandis que les planificateurs de Washington
découvrent, avec une candeur touchante, que l'Iran n'est pas un plateau de jeu
vidéo, mais un pays qui rend les coups.
Trump : L’art du deal dans les décombres
Et comment
cela finit-il ? Par la grande parade de l'absurde. On voit déjà poindre le « dénouement
» version Mar-a-Lago. Donald Trump, fidèle à sa méthode de camelot de luxe,
s'apprête à hurler au micro qu’il a remporté la plus grande victoire de
l’histoire de l’humanité. Il se vantera d’avoir « réduit l'Iran en poussière
» tout en signant fébrilement, sous la table, un cessez-le-feu qui ne règle
rien.
L’Iran, trop
heureux de voir cesser le déluge, rentrera dans ses casernes, intact dans sa
détermination. Chaque camp pourra claironner sa victoire devant des foules
lobotomisées par la propagande. Mais la réalité, celle qui brûle, est là : rien
n’a changé, si ce n’est que Téhéran sait désormais que l’Oncle Sam n’a plus les
dents pour mordre. L’Iran sort de ce brasier non pas affaibli, mais sanctifié
par sa résistance, plus proche que jamais du seuil nucléaire. Une victoire ?
Non, un suicide stratégique au ralenti.
Ukraine : Le vase communicant de la lâcheté
Mais le
sarcasme ne s’arrête pas aux rives du Golfe. Par un jeu de vases communicants
dont la géopolitique a le secret, la fumée des explosions en Iran aveugle déjà
Kiev. L’Amérique est épuisée, saturée, exsangue. Elle n’a plus ni l’estomac, ni
le portefeuille pour entretenir deux fronts.
Trump, qui a
toujours vu l’Ukraine comme une « erreur de gestion » léguée par un
prédécesseur sénile, va s’empresser de liquider l’affaire. La résistance
iranienne a envoyé un message clair au monde : on peut tenir tête à l’Occident.
Et ce message a été reçu cinq sur cinq au Kremlin.
Poutine n'a
plus qu'à attendre que le fruit mûr tombe. Pourquoi ferait-il des concessions à une Amérique «
sur-étendue », humiliée par des milices et des drones iraniens ?
Le scénario
est écrit :
- L'abandon cynique : Sous couvert de « pragmatisme
», on forcera l'Ukraine à une paix infamante.
- Le gel du front : On entérinera le fait accompli
russe sur les ruines de la souveraineté ukrainienne.
- La fin de l'illusion : Kiev devra accepter l'injustice
pour prix de sa survie, pendant que l'Occident se félicitera d'avoir
ramené la « paix ».
L’Occident,
dans son arrogance décrépite, pensait redessiner le monde. Il n'a fait que
démontrer son impuissance. Le rire est noir, car il est le seul rempart contre
le constat de la déchéance occidentale. On ne convainc plus, on
n'intimide plus : on s'agite dans le vide, en espérant que personne ne
remarquera que le roi est non seulement nu, mais qu'il est en train de brûler.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/

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