Ah, le charme suranné de la nostalgie sous ronce de noyer !
Prenez un brin de San-Antonio, trois gouttes de cholestérol gaulois, saupoudrez
d'un zeste d'indignation républicaine, et vous obtenez le dernier chef-d'œuvre
de la sociologie du comptoir : « C'était mieux quand ils fermaient leur
gueule ».
Regardez-les, ces nostalgiques des Trente Glorieuses ! Ils
regrettent le temps béni où le daron algérien trimait douze heures par jour sur
les échafaudages de Bouygues, le dos pété, le vêtement du dimanche bien repassé,
trop heureux d'habiter dans un bidonville à Nanterre avant d'être relégué
gentiment dans une barre d'HLM en béton armé.
Ça, c'était du « bon migrant » ! Un migrant silencieux,
reconnaissant, qui ne ramenait pas sa fraise et qui crevait poliment avant
l'âge de la retraite sans demander son reste. Lionel Stoléru (ou prime de retour) : En 1977, face à
la montée du chômage après le choc pétrolier, il instaure une prime de 10 000
francs accordée aux travailleurs étrangers qui acceptaient de rendre leur titre
de séjour et de rentrer définitivement dans leur pays d'origine. La grande
majorité des travailleurs immigrés (notamment algériens) ont refusé ce départ,
ayant déjà ancré leur vie, leur travail et souvent leur famille en France.
Des Seigneurs, on vous dit ! Ils préféraient le doux parfum
du gaz d'échappement parisien.
Mais patatras ! La troisième génération est arrivée. Et là,
le logiciel du conservateur moyen explose en vol.
Pensez donc : ces enfants de la république ne veulent plus
jouer les Oncle Tom de service. Ils ont le culot d'utiliser les réseaux
sociaux, de porter des survêtements et de huer La Marseillaise les soirs de
défaite au foot ! Pire : au lieu de se franciser par la rillette et le
cholestérol comme le prophétisait San-Antonio.
Mais attention ! La faute à qui ? Aux profs, pardi ! À la
gauche, évidemment ! Aux cantines scolaires ! Et au « collège unique », qui
aurait baissé le niveau à cause de trois gaminos arrivés en 1975. C’est connu :
avant 1975, chaque gamin du Cantal récitait Racine en latin avant d'aller
traire les vaches.
Et que propose notre essayiste de choc pour résoudre le
problème ? Attention, sortez les cahiers : l'internat de force ! Isoler les «
irrécupérables » de leurs familles, couper les câbles Wi-Fi, les enfermer dans
des pensionnats façon IIIe République avec récitation obligatoire des fables de
La Fontaine de 6 heures du matin à minuit. Jean Zay qui a théorisé l'école
comme un espace protégé des passions partisanes et religieuses, sanctuaire où
l'élève doit être soustrait aux influences politiques et confessionnelles pour
devenir un citoyen libre, doit se retourner dans sa tombe avec une telle
violence qu'on pourrait y brancher une centrale nucléaire.
Bref, la rengaine est connue, le disque est rayé, mais le
tiroir-caisse tourne toujours. On prend les complexes d'une société en panne
d'avenir, on les emballe dans du mépris culturel, et on accuse l'Algérien du
coin d'être responsable de la hausse du prix du beurre, de la baisse du niveau
en maths et du mauvais temps sur la Bretagne.
Sauf qu'à force de chercher le bouc émissaire parfait, on
oublie juste un détail : la France de 2026 n'est ni un roman de San-Antonio, ni
un pèlerinage nostalgique des années 50. Elle se fera avec tous ses enfants,
qu'ils aiment le coq au vin, le couscous, ou les deux. Quant aux nostalgiques
du « veston-cravate du dimanche », il leur reste toujours la possibilité
d'aller vivre dans un musée. Les entrées y sont gratuites le premier dimanche
du mois.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire