Chronique d'un charognard du Makhzen : Rabat jubile, la Kabylie brûle

Les récentes publications de la presse marocaine face aux épreuves traversées par l'Algérie révèlent le glissement d'une certaine ligne éditoriale vers l'opportunisme politique. Transformer la mort et la souffrance d'un peuple en argument de communication relève d'une abdication éthique majeure. En tirant profit des drames humains, ces médias ne pratiquent plus l'information, mais la dénigrement systématique.

C'est pourtant dans cet exercice que la presse du Makhzen s’illustre avec une aisance déconcertante. Lorsqu’un média guette la tragédie d’un peuple voisin pour s’en nourrir, il abandonne le journalisme au profit du charognage médiatique. En fouillant les décombres et en instrumentalisant les victimes, ces officines orchestrent une véritable opération de désinformation. Derrière ces litanies répétées à satiété se cache une stratégie de manipulation grossière, visant à déformer la réalité et à exploiter la détresse des citoyens à des fins purement politiques.

Il y a une espèce animale bien connue des naturalistes, mais que l'on retrouve avec un bonheur renouvelé dans les officines du Makhzen : le rapace de caniveau. Un incendie se déclare en Algérie ? La forêt brûle ? Des familles pleurent leurs morts ? Vite, vite ! L'éditorialiste de service à Rabat enfile son plus beau costume de vautour, aiguise sa plume et vient piétiner la cendre encore chaude pour nous vendre son petit catéchisme anti-algérien.

Dernier exploit en date : la prose signée Aziz Daouda. Un chef-d'œuvre de cynisme d'État, où la tragédie humaine sert de prétexte à une indigestion de sarcasmes sur la « gouvernance », servie avec un sourire en coin qui pue la satisfaction mal dissimulée.

Analyse critique des obsessions du Makhzen

Le voyeurisme de préfecture : L'auteur nous avoue d'entrée de jeu consulter les vidéos de drames depuis sa petite fenêtre marocaine pour dénoncer la « com » d'Alger. Magnifique pudeur ! Utiliser des drames environnementaux et des pertes humaines non pas pour exprimer une solidarité fraternelle de voisinage, mais pour dérouler un pamphlet d'opportunisme politique, c'est la marque des grandes consciences.

L'arroseur arrosé et la projection psychologique : Accuser l'Algérie de tout rejeter sur « l'ennemi extérieur » quand toute la politique étrangère du royaume repose sur la désignation d'un bouc émissaire à l'Est relève du génie comique. La propagande makhzénienne repère les failles chez le voisin avec une loupe, tout en oubliant opportunément ses propres zones d'ombre, de censure et d'alignements stratégiques contestables.

La recette du « complotisme inversé » : Pour faire oublier le choc des victimes, la tribune transforme l'action sécuritaire et judiciaire algérienne en un sketch télévisé pré-écrit. C'est pratique : en prétendant anticiper l'enquête, on disqualifie d'avance tout fait réel, toute piste criminelle et toute souveraineté de l'État algérien sur son propre sol.

Chronique satirique : « Allô le Makhzen ? Ici la fumée ! »

Ah, la belle déontologie du royaume ! Un hectare de pinède brûle en Algérie, et voilà nos docteurs en pyrotechnie makhzénienne qui préparent et servent le thé. C'est plus fort qu'eux : chez ces professionnels du charognage, le malheur algérien est un plat qui se mange chaud, très chaud, de préférence fumant.

Notre bon éditorialiste nous fait le coup de la larme à l'œil et du diagnostic d'expert. Pensez donc ! Il a regardé le JT d'Alger entre deux tasses de thé, et paf, le voilà devenu inspecteur général des forêts et spécialiste mondial du Canadair. D'un trait de plume triomphant, il nous livre sa grande révélation : l'État algérien est incompétent, ses hélicoptères sont de la décoration et son président joue les Mastroianni. On admire la hauteur de vue et le silence royal de ce fou du Roi, qui avait oublié que sa majesté le roi son Sidhoum est à Paris, faires des selfies, en état d’ivresse et surtout chaque le soir se trouve en bonnes mains sous de belles draps.  Quand la maison du voisin brûle, le vrai gentleman ne propose pas un seau d'eau ; il écrit une chronique pour se moquer du pompier.

Mais le plus croustillant reste la leçon de morale sur le « complotisme ». Entendre les scribes d'un régime qui vend la souveraineté régionale aux plus offrants nous donner des cours de transparence, c'est un peu comme recevoir des leçons d'ascétisme de la part d'un prince en goguette à Marbella. Tout y passe : l'armée algérienne, les budgets de défense, la télévision d'État... À les entendre, si le soleil chauffe trop au Maghreb, c'est encore une manipulation du gouvernement algérien pour cacher le prix de la semoule.

La réalité est beaucoup plus triviale, mes bons messieurs : pendant que vous comptez les points et que vous buvez votre petit nectar d'aigreurs géopolitiques sur le dos de nos morts, le peuple algérien, lui, fait face, lutte et reconstruit. Gardez vos diagnostics de comptoir et vos larmes de crocodile. L'Algérie n'a pas besoin de la compassion intéressée des gazettes de cour pour panser ses plaies et régler ses comptes avec elle-même.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.