.Immigration algérienne en France : Démonter le préjugé de la délinquance:

On entend toujours la même rengaine.

Ils passent avant tout le monde. Ils remplissent les prisons. Ils saturent les hôpitaux. Ils refusent de s'intégrer. Ils profitent du système.

Les Algériens seraient responsables de tout. Ou presque.

À écouter certains discours politiques, certaines chaînes d'information en continu et quelques entrepreneurs de colère professionnelle, la France irait mal à cause d'eux. Le chômage ? L'immigration. L'insécurité ? L'immigration. Le malaise identitaire ? L'immigration. Le déclin économique ? Encore l'immigration.

L'Algérien est devenu le suspect idéal. Celui sur lequel il est permis de projeter les angoisses d'un pays qui doute de lui-même.

Pourtant, un préjugé n'est pas un constat.

C'est même l'inverse.

Un préjugé consiste à juger avant d'examiner les faits. À transformer quelques expériences, quelques images télévisées ou quelques faits divers en vérité générale. À faire d'un groupe humain un bloc uniforme. À effacer les individus derrière une étiquette.

Les Algériens n'ont pas surgi du néant dans l'histoire française.

L'Algérie a été une colonie française pendant cent trente-deux ans. Des centaines de milliers d'Algériens ont travaillé dans les usines, les mines, les chantiers et les services publics. Ils ont participé aux guerres de la France. Ils ont contribué à sa reconstruction. Ils ont participé à sa croissance. Ils ont payé des impôts. Ils ont bâti des routes, des immeubles, des quartiers entiers.

On peut débattre de l'immigration contemporaine. On peut discuter des politiques publiques. On peut critiquer les gouvernements successifs.

Mais on ne peut pas effacer cette réalité.

Les immigrés algériens et leurs descendants ne sont pas un élément extérieur à la société française. Ils en sont l'une des composantes.

Dire cela n'est pas une opinion.

C'est un fait.

Les statistiques montrent d'ailleurs une réalité beaucoup plus complexe que celle vendue quotidiennement par les marchands de peur. Comme dans l'ensemble de la population, on trouve parmi les Français d'origine algérienne des ouvriers, des employés, des cadres, des entrepreneurs, des enseignants, des médecins, des avocats, des artistes, des chômeurs, des étudiants, des retraités.

Des réussites. Des échecs.

Des vies ordinaires.

Rien qui ressemble à cette caricature permanente d'une population uniforme condamnée à la marginalité.

Alors pourquoi ce discours persiste-t-il ?

Parce qu'il est commode.

Quand un pays traverse une crise de confiance, il est toujours plus facile de chercher un responsable que d'affronter les causes réelles de ses difficultés. Les inégalités explosent. Les services publics s'épuisent. Le logement devient inaccessible pour une partie croissante de la population. L'ascenseur social fonctionne mal. La dette inquiète. Les fractures territoriales s'aggravent.

Mais au lieu de s'interroger sur ces problèmes, certains préfèrent désigner un coupable.

L'étranger.

Toujours l'étranger.

Hier l'Italien. Puis le Polonais. Puis le Juif. Puis le Portugais. Aujourd'hui l'Arabe, et plus particulièrement l'Algérien.

Le mécanisme est ancien. Seuls les visages changent.

Ce qui est présenté comme une défense de l'identité nationale ressemble souvent à une immense opération de diversion politique. On détourne la colère populaire vers les plus faibles plutôt que vers les causes profondes du malaise collectif.

Pendant ce temps, les discriminations demeurent.

Des études montrent qu'un nom à consonance maghrébine continue de constituer un handicap dans l'accès à l'emploi. Les contrôles d'identité restent plus fréquents pour certains profils. Les préjugés circulent encore avec une facilité déconcertante.

Et malgré cela, certains osent expliquer que le problème serait uniquement culturel.

Comme si la pauvreté, le chômage, les discriminations et les ségrégations territoriales n'existaient pas.

Comme si l'histoire n'existait pas.

Comme si les faits n'existaient pas.

La vérité est pourtant simple.

Les Algériens ne sont pas des délinquants.

Certains délinquants sont algériens. Comme certains sont français, italiens, belges ou d'une quelconque autre origine. Transformer cette évidence banale en théorie générale relève non de l'analyse mais du préjugé.

Et un pays qui remplace les faits par les fantasmes finit toujours par s'égarer.

La France mérite mieux que cela.

Elle mérite mieux que les slogans. Mieux que les boucs émissaires. Mieux que la peur transformée en programme politique.

Car lorsqu'une nation commence à rendre un groupe entier responsable de ses propres difficultés, ce n'est pas ce groupe qui révèle sa faiblesse.

C'est la nation elle-même qui révèle son doute.

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

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