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Le Monde et l'Algérie : Le journalisme du « triste sourire » ou le colonialisme de plume
L'Algérie vue
par les grands médias parisiens ne change pas. Récemment, le journal Le
Monde publiait une longue enquête titrée sur « l'inlassable attente » des
Algériens face à la France.
Mais qui
attend qui ? Derrière la
plume feutrée du journalisme de référence se cache une réalité plus
inconfortable : la persistance d'une profonde condescendance mémorielle.
La condescendance comme
méthode journalistique
Placer
l'Algérie en posture de pétitionnaire mémorielle permanente est un procédé
redoutable. En qualifiant l'attente d'« inlassable », le récit sous-entend une
démarche obsessionnelle, presque fatigante.
Le cadre est
posé : l'Algérie serait en situation de manque ou d'insuffisance, tandis que la
France incarnerait la puissance dispensatrice de grâce, celle qui pourrait
condescendre à guérir les plaies... si elle le voulait bien.
C'est du colonialisme
de plume. Le pire, c’est qu'il se croit bienveillant.
Driencourt et Clauzel : Deux
siècles, un même logiciel
La
permanence des grilles de lecture coloniales saute aux yeux lorsque l'on
rapproche deux citations espacées de deux siècles :
- En 1830, le général Clauzel affirmait
: « Les Algériens ne comprennent que le langage de la force. »
- En 2022, Xavier Driencourt (ancien
ambassadeur à Alger) écrivait : « Les Algériens ne comprennent que le
rapport de force. »
Mot pour
mot. Le logiciel n'a pas bougé d'un centimètre.
Pourtant, la
presse parisienne évoque ces dérives avec un « triste sourire », comme une
simple maladresse. Ce n'est pas une maladresse, c'est l'expression d'un racisme
structurel et institutionnel qui traverse sans encombre les rédactions et
les ambassades.
On assiste
alors à une inversion des rôles sidérante, comme lorsque l'ancien ministre
Bruno Retailleau affirme que « rien ne donne à l'Algérie le droit d'humilier
la France ». Le pays colonisé, massacré et pillé pendant 132 ans se
retrouve accusé d'humilier son ancien colonisateur.
Psychologiser pour éviter la
justice
Pour
désamorcer la portée politique des crimes coloniaux, la méthode est classique :
transformer une question de droit international en une simple affaire de
sentiments.
Les
massacres et la torture ne sont plus des crimes d'État, mais deviennent des «
mémoires blessées » ou des « douleurs d'enfance ».
- Le piège est habile : Une blessure se soigne avec du
temps et de la compassion. Un crime, lui, exige la justice.
En
individualisant le traumatisme, on opère une dépolitisation générale. Le cas de
Tassadit Yacine, dont le père fut torturé et exécuté, n'est pas une « mémoire à
apaiser ». C'est un crime de guerre historique qui attend une qualification
juridique claire par l'État français.
Ce que nous exigeons, nous
Qu'on soit
bien clair : l'Algérie ne mendie pas une « relation apaisée » comme une aumône
diplomatique. Elle n'attend pas, le regard tourné vers Paris.
Ce que
l'Algérie exige, c'est la vérité historique pleine et entière :
- La reconnaissance de la torture
systémique et des massacres.
- L'indemnisation des victimes
des essais nucléaires au Sahara.
- La qualification de la
colonisation pour ce qu'elle est : un crime contre l'humanité.
Une réconciliation impossible
sans égalité
La
réconciliation entre les deux peuples est nécessaire, mais elle ne peut pas se
construire sur l'asymétrie mémorielle ou sur la diplomatie du muscle. Ce serait
une capitulation déguisée en dialogue.
La vraie
réconciliation commencera lorsque Paris prononcera une phrase solennelle : «
La colonisation de l'Algérie fut un crime. Nous en assumons la responsabilité,
sans condition ni transaction. »
En attendant
ce jour, les Algériens n'attendent plus après les visas sentimentaux de la
presse parisienne. Ils construisent leur histoire et leur avenir.
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