Il y a une noblesse farouche chez nos docteurs de la droite de France : celle de découvrir la Lune avec quarante-sept ans de retard, tout en conservant le ton pénétré de celui qui vient de percer le secret des pyramides. Les voilà donc qui s’indignent, la larme à l’œil et le catéchisme à la main, découvrant que l’Ayatollah Khomeini n’était pas un socio-démocrate scandinave et que la théocratie iranienne préfère le sang des martyrs aux délibérations du Conseil constitutionnel. Quelle audace ! Quelle perspicacité !
Il faut les
voir, ces procureurs de salon, exhumer les spectres de Sartre et de Foucault
pour se donner le frisson de l'intelligence. Compilant trois fiches Wikipédia
sur les Frères musulmans et la taqiya ce concept qu'ils agitent comme un
hochet pour expliquer tout ce qui dépasse leur entendement du monde, ils échafaudent une grande fresque où le
gauchiste de la Sorbonne donne le bras au mollah enragé. C'est l’éternel grand
récit des « idiots utiles », écrit par ceux qui ne servent, eux,
absolument à rien. Ils oublient au passage, par une de ces amnésies sélectives
qui caractérisent leur génie, que le Shah qu’ils pleurent tant fut installé par
la CIA, et que les armes qui ont nourri le monstre théocratique ont souvent été
polies dans les usines d'un Occident très chrétien et très pragmatique.
Les dévots du bain de sang
Mais le clou
du spectacle réside dans leur soudaine crise d'humanisme. Les voilà qui
s'émeuvent des massacres de manifestants à Téhéran, eux dont la boussole morale
s'arrête d'ordinaire aux frontières de l'Europe blanche. Ne nous y trompons pas
: les morts iraniens ne les intéressent que s'ils peuvent servir de
projectiles. Ce n'est pas la liberté des femmes de Téhéran qu'ils défendent,
c'est leur haine obsessionnelle de l'Orient qu'ils déguisent en vertu
républicaine.
Pour cette
droite qui ne rêve que de pogroms culturels chez elle, le fanatisme des mollahs
n'est pas un problème, c'est une bénédiction. Il est le miroir inversé de leur
propre folie.
Leur verdict
est d'une clarté de guillotine : la paix est une illusion, l’Europe est lâche,
Trump est trop bête, et la seule solution est la destruction totale, le grand
nettoyage par le vide, la guerre sainte pardon, le « combat existentiel ».
Pourfendeurs du fanatisme islamique, ils en adoptent la méthode avec une
dévotion touchante : l'éradication comme seule diplomatie. Ils veulent la fin
du régime des mollahs, non pas pour libérer un peuple, mais pour pouvoir enfin
contempler les ruines fumantes d'un Orient qu'ils exècrent, en murmurant,
l'esprit en paix : « Nous avions raison ».
La nostalgie du Moyen Âge
La vérité,
c'est que nos polémistes d'extrême droite jalousent secrètement les barbus de
Téhéran. Ils rêvent, la nuit, de cette autorité absolue, de cette morale
fossilisée, de cette haine du libéralisme et de cette dissolution de l'individu
dans le dogme. Faute de pouvoir imposer leur propre théocratie médiévale à
Paris, ils se consolent en théorisant celle des autres, avec le dégoût fasciné
du puritain devant le lupanar.
Discuter ?
Négocier ? Penser le compromis ? Horreur ! Ce serait admettre que le monde n'est
pas un immense champ de bataille entre le Bien et le Mal, ce serait accepter de
lâcher le confort douillet du cynisme. Alors, ils écrivent des tribunes. Ils
réclament le sang des autres du fond de leurs bureaux chauffés, s'imaginant en
croisés d'opérette, alors qu'ils ne sont que les greffiers de la haine,
condamnés à regarder l'histoire passer en espérant seulement qu'elle finisse
dans les flammes.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé,
observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/

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