Les Médias du Makhzen Marocain : " La complainte du dromadaire : quand la presse de cour disserte sur la bosse du voisin :

 

Le strip-tease humanitaire des rentiers de la plume de la presse du Royaume se pique de critique littéraire pour pilonner le voisin algérien, vient de découvrir les droits de l'homme dans les latrines de Boualem Sansal. C’est l’hôpital psychiatrique qui fait l’état des lieux de la cellule du voisin. Une leçon d'insolence... rédigée à genoux devant le trône.

Quelle envolée ! Quel souffle ! On en a les larmes aux yeux et les amygdales qui tremblent. Nos confrères d’en face viennent de découvrir la littérature de contrebande et le frisson de la sédition. Pensez donc : Boualem Sansal a sorti son dernier opus chez Grasset, et voilà que la gazette locale se transforme en annexe de la Ligue des droits de l'homme, option « larmes de crocodile et ricanements patriotiques ».

Le complexe du maton philanthrope

C’est le miracle permanent de la géopolitique du Maghreb : dès qu'un écrivain algérien éternue dans une cellule, la presse du Royaume attrape une pneumonie de vertu. On nous décrit, avec un sens du détail qui frise le fétichisme d'huissier, les « 6,5 mètres carrés » de la cellule de Koléa, le lavabo « qui fut blanc » et le « trou au sol pour WC ».

On adore ce voyeurisme de plomberie carcérale transformé en haute métaphysique. C’est fou comme le « trou au sol » algérien inspire les esthètes d'en face, eux qui naviguent d'ordinaire dans les eaux parfumées de l'allégeance béate et du consensus sous perfusion.

Le texte nous explique doctement que l’Algérie est une « machine à produire du rien » et un système de « clôtures emboîtées ». C’est joliment dit. C’est du Sansal pur jus, du désespoir labellisé Saint-Germain-des-Prés, vendu en grand format à 22 euros pour agrémenter les fins de repas des salons parisiens. Mais voir ce réquisitoire contre « l’obéissance invisible » repris en chœur par des plumes qui n’écrivent qu’avec un sabre de bois au-dessus de la tête, c’est le clou du spectacle. C’est le dromadaire national qui disserte sur la mauvaise posture du chameau voisin.

La théologie du guichet d'en face

L’article s’enflamme contre « le Règlement » avec une majuscule, cette « divinité carcérale » qui empêche de penser. Ah, les majuscules ! L’Ordre, la Nation, le Peuple... Heureusement qu'ailleurs, de l'autre côté de l’Oujda, les mots n'ont pas de majuscules. Ils ont juste des passeports diplomatiques, des décrets d'interdiction et un sens aigu de la courbette thérapeutique. Le rédacteur s’émeut : « Comment un pays apprend-il à supporter ce qui devrait le révolter ? » Tiens, c’est une excellente question. On aimerait bien poser la même au logiciel qui a pondu l'article, mais on craint que l'imprimante ne manque d'encre avant d’avoir fini de lister les réponses.

Note de service pour les amateurs de « fissures » : Gratter l’enduit et montrer les moisissures sous l’héroïsme national, c'est le boulot de l'écrivain. Mais utiliser les moisissures du voisin pour repeindre sa propre façade en blanc céruse, c'est du ravalement de façade pour sous-préfecture.

L’icône, le mari et le fonds de commerce

On nous vend ensuite le « centre affectif » du livre, la digne épouse, et la « constellation carcérale » : les gardiens farcesques, les détenus fanatisés, les tribunaux de guignol. Tout y est. C'est l'Abistan en version originale, sous-titrée pour public en quête de frissons orientaux. On nous explique que la phrase de l’écrivain « s'infiltre » plus vite qu'une armée. Certes. Elle s’infiltre surtout dans les grilles de lecture bien huilées d'une propagande de caniveau qui a trouvé son nouveau hochet: le «prisonnier encombrant ».

Sauf que le plus encombrant, dans cette histoire, ce n'est pas Sansal dans sa cellule, c'est le cortège de pleureuses professionnelles qui campent devant la porte pour ramasser les miettes du récit. Entre la « criminalisation » à Alger et la « canonisation » de bazar à Rabat, le pauvre auteur cherche une troisième voie. On lui suggère celle de l'autonomie intellectuelle : celle qui consiste à envoyer paître ses geôliers, mais aussi ses éditeurs d'occasion qui confondent la critique littéraire avec un tir d'artillerie lourde.

En attendant le prochain prix Goncourt de la détention préventive, on conseille à nos voisins de relire les passages sur la « soumission volontaire ». C'est un concept universel. Ça marche à Koléa, ça marche à Tazmamart, et ça marche même dans les rédactions où l'on confond l'encre avec de la bave de crapaud. Tout est affaire de Règlement, n’est-ce pas ?

Petit rappel à nos voisins du Makhzen, une fois encore que le livre pamphlet du journaliste marocain Omar Brouksy avait été présenté comme une plongée dans les coulisses du pouvoir à Rabat. À travers des extraits largement relayés, le livre dresse un tableau sombre d’un système politique dominé par les clans, les intrigues de palais, l’opacité sécuritaire et l’usure manifeste du règne de Mohammed VI. Plus qu’un simple récit sur la monarchie marocaine, ces éléments mettent en lumière les mécanismes d’un Makhzen obsédé par sa survie. C’était du Brously pur jus  !!!!!

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

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