La droite
réactionnaire et ses éditorialistes de garde sont au bord de la syncope. Ils
criaient déjà au scandale quand Adèle Haenel avait osé quitter la cérémonie des
Césars face à un agresseur célébré par le tout-Paris ; les voilà désormais au
sommet de l'hystérie. Son nouveau « crime » ? Avoir pris la
parole pour lier la grille d'analyse du féminisme celle qui refuse la violence,
le déni et l'impunité au carnage
perpétré à Gaza.
Dans le
bréviaire réactionnaire, cette prise de position est perçue comme une haute
trahison. Pour cette droite, le féminisme ne doit être accepté qu’à une seule
condition : rester un accessoire inoffensif, une posture morale pour dîners en
ville, ou mieux encore, une arme opportuniste pour cibler les banlieues et
l'immigration. Mais qu'une femme refuse de borner son indignation aux frontières
du monde occidental, qu'elle applique les mêmes principes de justice à Gaza
qu'à Paris, et la sentence tombe immédiatement : elle est décrétée manipulée,
dévoyée, habitée par la « haine de l'Occident ».
L’infantilisation comme bouclier rhétorique
Plutôt que
d'affronter la réalité des faits des
dizaines de milliers de civils, de femmes et d'enfants broyés sous les bombes
avec la complicité morale et matérielle des gouvernements occidentaux –, les
critiques préfèrent s’en prendre à la santé mentale et à l'autonomie des
féministes.
C’est le
cœur de leur argument sur le fameux « féminisme d’atmosphère » :
selon eux, la femme lambda serait une créature crédule, incapable d'élaborer
une pensée géopolitique propre. Elle s'engagerait pour défendre ses droits intimes,
puis se ferait piéger à son insu par de sombres officines décoloniales ou sionistes.
Ce paternalisme d’un autre âge en dit long : pour cette droite, une femme ne
raisonne pas, elle se fait embrigader. L’idée même qu’une solidarité humaine
puisse traverser les frontières leur est intellectuellement étrangère.
La complicité des médias : de la mise sous séquestre
au nettoyage audiovisuel
Cette cabale
réactionnaire ne tourne pas à vide : elle s'appuie sur des relais médiatiques
complices, véritables gardiens du dogme et de la censure. La panique qui s'est
emparée du paysage audiovisuel dès qu'Adèle Haenel a prononcé les mots
interdits – génocide, sanctions, Palestine libre – en est
la démonstration la plus flagrante.
En retirant
en urgence les replays et les extraits vidéo, le service public et les chaînes
d'information ne cherchent pas à protéger un quelconque équilibre républicain :
ils protègent un récit officiel. Les mêmes médias qui célèbrent à longueur de
journée la liberté d'expression quand il s'agit d'insulter les minorités
paniquent soudainement dès qu'une voix dissidente nomme les crimes de guerre.
On assiste à
un véritable nettoyage de l'espace public : Le vocabulaire est filtré :
le carnage devient un « conflit », le massacre de masse une « riposte », et les
victimes palestiniennes de simples « dégâts collatéraux ». Les voix
divergentes sont criminalisées ou effacées : tout invité qui refuse de
réciter le catéchisme géopolitique dominant se voit menacé de mort sociale ou
banni des plateaux.
En étouffant
la parole d'Adèle Haenel, l'appareil médiatique a prouvé qu'il préférait la
complaisance envers un État colonisateur plutôt que l'honneur d'informer. La
censure n'est pas un accident de parcours : c'est l'outil indispensable pour
maintenir le consensus de l'indifférence.
La géométrie variable de l'indignation
Ce qui
dérange profondément dans la parole d’Adèle Haenel, c'est qu'elle met à nu ce
double standard quotidiennement entretenu par la presse de grand chemin :
Le féminisme
utile : Celui qu’on
brandit avec emphase lorsqu'il s'agit de dénoncer les violences commises par le
voisin du dessous ou d'alimenter les stigmates raciaux. Là, nos éditorialistes
se découvrent soudain une âme de chevaliers de la cause des femmes.
Le silence
exigé : Dès lors
que les bombardements sont le fait d’un État allié soutenu par nos diplomaties,
la compassion devient suspecte, et la dénonciation du massacre est estampillée
« terroriste » ou « anti-occidentale ».
Adèle Haenel
n'a fait que rappeler une vérité fondamentale : la lutte contre la violence
patriarcale et la lutte contre la violence coloniale ou militaire procèdent du
même refus de la domination et de l'écrasement des corps.
L'arroseur arrosé
En
prétendant que la frontière entre le « bon féminisme mainstream » et le « féminisme
radical » a cédé, l'extrême droite et ses clercs médiatiques avouent
leur plus grande crainte : que la lucidité politique devienne contagieuse. Ils
voulaient des femmes victimes, silencieuses, reconnaissantes qu'on leur accorde
quelques miettes de justice sous nos latitudes. Ils se retrouvent face à des
militantes politiques qui refusent d'être les cautionnaires d'une barbarie
lointaine.
Ceux qui
comptaient sur la censure et le silence des féministes pour laisser s'accomplir
le drame palestinien en sont pour leurs frais. Celles qui ont appris à briser
l'omerta face aux agresseurs d'ici ne risquent pas de fermer la bouche face aux
boucheries financées par nos silences.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça.
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