Donald Trump promet un accord nucléaire avec l’Iran « meilleur » que celui de 2015. Il se retrouve face à un Iran plus puissant, plus méfiant et moins enclin aux concessions.
Le grand retour du démolisseur
Donald Trump
revient sur le dossier nucléaire iranien avec une promesse familière : obtenir
un accord « bien meilleur » que celui signé sous Barack Obama. L'affirmation
a de quoi surprendre. Car l’homme qui se présente aujourd’hui comme l’artisan
d’une solution est aussi celui qui, en 2018, a méthodiquement détruit l’accord
existant.
L'histoire
ressemble à celle d'un entrepreneur qui dynamite un pont parfaitement
fonctionnel avant de revenir quelques années plus tard expliquer qu'il est le
mieux placé pour le reconstruire. Le problème n'est pas le manque d'audace.
C'est le manque de mémoire.
Un accord imparfait, mais efficace
L'accord de
2015 n'était pas parfait. Aucun compromis international ne l'est.
Mais après
vingt mois de négociations impliquant les États-Unis, les Européens, la Russie,
la Chine et l'Iran, il avait au moins atteint un objectif essentiel : limiter
strictement le programme nucléaire iranien et instaurer un système de contrôle
sans précédent.
Puis Donald
Trump a décidé de le déchirer.
Au nom de la
« pression maximale », Washington a rétabli les sanctions et promis que Téhéran
finirait par céder.
Huit ans plus
tard, le constat est cruel : le régime iranien est toujours là.
En revanche,
la confiance a disparu, les tensions se sont aggravées et le programme
nucléaire iranien est devenu plus avancé qu'au moment où l'accord a été
abandonné.
Une victoire
stratégique dont les résultats restent désespérément invisibles.
Le paradoxe Trump
C'est toute
l'ironie de la situation Donald Trump cherche aujourd'hui à obtenir davantage
de concessions auprès d'un Iran plus puissant qu'en 2015. Il veut négocier un
meilleur accord avec moins de crédibilité.
Car une
question demeure : pourquoi Téhéran ferait-il confiance à Washington ?
Pourquoi
signer un engagement présenté comme durable quand un changement politique à la
Maison-Blanche peut suffire à le réduire en miettes ?
La diplomatie
repose sur la confiance autant que sur le rapport de force. Or le retrait
américain de 2018 a profondément fragilisé les deux.
Quand le slogan remplace la stratégie
Le trumpisme
aime se présenter comme une école du réalisme. Pourtant, sur le dossier
iranien, il a souvent privilégié le coup d'éclat à la patience diplomatique, la
communication à la stratégie et l'affichage politique à la continuité de
l'État. Le résultat est saisissant : Washington tente aujourd'hui de
reconstruire ce qu'il avait présenté hier comme une catastrophe.
Le fameux « meilleur
accord » promis depuis des années ressemble de plus en plus à une
tentative de recréer, sous un autre emballage, ce qui existait déjà avant sa
destruction.
Une décennie perdue
C'est
peut-être là le véritable bilan de cette séquence. Après avoir vendu la rupture
comme un acte de force historique, Donald Trump découvre qu'il est infiniment
plus difficile de bâtir que de démolir.
S'il obtient
un accord, son succès sera jugé à sa capacité de restaurer une stabilité qui
existait déjà avant son retrait.
Autrement
dit, après des années de tensions, de sanctions et de démonstrations de force,
le plus grand exploit diplomatique du président américain pourrait être de
revenir au point de départ. Une décennie perdue pour apprendre une leçon
pourtant élémentaire : en diplomatie comme ailleurs, casser est facile. Réparer
l'est beaucoup moins.
À
lire, à partager et à méditer (sans majuscules d'État) ! sur https://wahrani31.substack.com/
A/Kader Tahri /
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. »
