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Entre traîtres Maroc et les Emirats !

Ah, la presse du Makhzen ! Quel talent, quelle finesse dans le pinceau ! Quand le journaliste sujet du Palais sort sa plume, ce n'est pas pour faire dans la demi-teinte ou la diplomatie de salon. Non, c'est pour nous rejouer La Petite Maison dans la prairie contre L'Exorciste, version pétrodollars et couscous.

D'un côté du Ring, nous avons le diable incarné : le méchant voisin. Le type ne se réveille pas le matin pour gérer un pays, non. Il se lève avec des « pulsions maléfiques », l'écume aux lèvres, cherchant quel moulin à vent il va pouvoir démonter avant la pause café. À en croire la chronique, l'Algérie ne produit plus de gaz, elle ne fabrique que du « mal ». Alger e ne fait pas de la politique diplomatique : elle incarne les forces des ténèbres, boit les larmes des opprimés et conspire contre la paix mondiale entre deux allocutions.

Et en face ? Sortez les harpes, faites pleuvoir les pétales de roses ! Voici Sheikh Mohammed ben Zayed, dit « MBZ » pour les intimes. Un homme si pur, si bon, qu'on se demande comment il fait pour marcher sur le sol sans s'envoler directement vers le Paradis des Saints. MBZ ne gère pas un État autocratique richissime : il pratique la « philanthropie érigée en mode de gouvernance ». Les prisonniers d'opinion ? Les guerres par procuration ? Voyons, de la simple poésie ! Quand Abou Dhabi investit, ce n'est pas pour le profit ou l'influence géopolitique, c'est uniquement par amour inconditionnel pour l'humanité. On en pleurerait presque.

Face à la gifle diplomatique assénée par Alger et à la fermeture nette de son espace aérien, la montagne émiratie a accouché d'une petite souris. La riposte d'Abou Dhabi ? Un timide chuchotement diplomatique, articulé autour d'un vœu pieux : que tout cela ne soit que « temporaire ». Pas le moindre démenti, pas une once d'argumentation, aucune réciprocité. Abou Dhabi joue les grands indifférents pour faire croire que la gifle n'a même pas fait mal.

Mais ne nous y trompons pas : ce mépris surjoué cache un véritable vertige. Cette rupture unilatérale, qui pendait au nez de MBZ et de ses ambitions démesurées, vient troubler le jeu d'une alliance régionale qui alimente une guerre hybride contre l'Algérie (narcotrafic, ingérences, tensions aux frontières).

Pour Abou Dhabi, l'illusion est pourtant totale. Convaincu que les chèques en blanc règlent tous les différends géopolitiques, le régime s'imagine naïvement :

Que son crédit diplomatique en Afrique, en Asie et en Amérique latine restera gravé dans le marbre ;       Que son carburant financier dans les crises régionales passera indéfiniment sans facture ;                    Que l'Algérie n'a pas les moyens stratégiques de lui damer le pion là où ça fait mal ;                            Que l'ANP et les services algériens observeront ce manège à distance respectable.

Ce changement de posture d'Alger est une piqûre de rappel historique. Il est toujours bon de rappeler à ces bâtisseurs de gratte-ciels que ce sont parfois les cadres et compétences algériens qui ont aidé à structurer leurs entreprises naissantes quand tout restait à construire. Une leçon de réalité brute pour ceux qui pensaient que tout s'achète, même le respect diplomatique.

La diplomatie émirienne face aux attaques d'Alger ? Un spectacle de pure sainteté. Ils souffrent en silence, ils tendent la joue droite, puis la gauche, en observant du haut de leurs gratte-ciels la misère du monde avec une pitié paternelle. Mère Teresa avec une tasse de café arabe.

Et la raison de tout ce raffut ? Le Makhzen, évidemment ! Car dans cette théologie politique, tout gravite autour du Royaume. Si Alger se fâche avec Abou Dhabi, ce n'est pas pour une histoire de réseaux au Sahel ou de rivalités d'influence : c'est uniquement par jalousie maladive du grand amour entre le Maroc et les Émirats. Une scène de ménage maghrébine où l'Algérie jouerait l'ex aigri et rancunier.

C'est beau, c'est simple, ça tient sur un sous-bock. Pas besoin de s'encombrer avec la complexité du monde quand on a déjà distribué les rôles évidemment, pour les hérauts du récit enchanté du Palais, il est plus simple de vendre le conte de fées : l'histoire d'un Sheikh philanthrope agressé par d'incroyables forces maléfiques. Une belle leçon de théâtre de guignol pour adultes.

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.