Leur problème avec Ségolène Royal, c’est surtout l’Algérie :

Il y a des articles qui disent beaucoup plus sur ceux qui les écrivent que sur la personne qu’ils prétendent analyser.

Le papier consacré à Ségolène Royal en fait partie.

En le lisant, on comprend vite que le sujet n’est pas vraiment Ségolène Royal. Ce qui dérange profondément, c’est autre chose : le fait qu’une personnalité politique française puisse se rendre en Algérie sans hostilité, sans mépris affiché, sans participer au rituel désormais presque obligatoire de la fermeté théâtrale contre Alger.

Et cela, manifestement, devient suspect.

Alors on ironise sur son sourire.
On suggère une fascination.
On insinue une proximité gênante.
On transforme chaque déplacement à Alger en intrigue politique, presque en faute morale.

Comme si parler normalement à l’Algérie était devenu, dans certains milieux français, une anomalie.

Pourtant, il faudrait peut-être respirer un peu et regarder les choses avec davantage de lucidité.

La relation entre la France et l’Algérie est lourde. Très lourde. Elle porte l’histoire de la colonisation, de la guerre, des blessures, des silences, des mémoires contradictoires. Des millions de familles, des deux côtés de la Méditerranée, vivent encore avec cette histoire dans leur chair.

Alors oui, évidemment, chaque geste politique prend une dimension symbolique particulière. Mais est-ce une raison pour transformer toute tentative de dialogue en acte de trahison ?

C’est cela qui fatigue dans une partie du débat français sur l’Algérie : cette incapacité presque maladive à sortir du réflexe passionnel.

Soit il faudrait humilier Alger pour prouver sa loyauté à la France.
Soit il faudrait détester l’Algérie pour être considéré comme lucide.
Soit il faudrait parler des Algériens uniquement à travers les problèmes, les tensions, les crises et les fantasmes sécuritaires.

Comme si une relation apaisée était devenue impossible à imaginer.

Le plus troublant, c’est que derrière l’ironie du texte, on sent souvent remonter quelque chose de plus ancien. Une gêne persistante face à une Algérie indépendante qui continue d’exister par elle-même, avec ses choix, ses contradictions, sa souveraineté.

Depuis des décennies, une partie de la France n’a jamais vraiment réussi à normaliser psychologiquement son rapport à l’Algérie.

Chaque visite officielle devient un drame.
Chaque parole de respect devient une suspicion.
Chaque tentative d’équilibre est vécue comme une faiblesse.

Et au fond, cela dit peut-être quelque chose de plus large sur le malaise français lui-même.

Parce que l’Algérie reste, pour certains, une blessure historique jamais totalement refermée. Une ancienne colonie qui n’est pas restée à sa place dans le récit nostalgique qu’ils auraient voulu conserver.

Alors forcément, voir une responsable politique française dialoguer sereinement avec Alger dérange ceux qui continuent de penser les relations franco-algériennes avec les réflexes d’un autre siècle.

Mais la réalité humaine est plus simple que leurs obsessions.

Des millions de personnes vivent entre les deux pays.
Des familles sont mêlées.
Des histoires sont entremêlées.
Des douleurs aussi.
Et malgré tout cela, malgré les tensions politiques, malgré les blessures mémorielles, les peuples continuent de se parler, de travailler ensemble, de partager une culture, une langue parfois, des souvenirs souvent.

Cette réalité-là est plus forte que les éditoriaux nerveux.

On peut critiquer l’Algérie.
On peut critiquer ses dirigeants.
On peut débattre librement de politique étrangère.

Mais il faudrait arrêter de considérer qu’un Français qui respecte l’Algérie devient automatiquement suspect.

Car au fond, ce que certains ne supportent toujours pas, ce n’est pas Ségolène Royal.

C’est l’idée qu’une relation adulte, équilibrée et apaisée entre la France et l’Algérie soit encore possible.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

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