Le Makhzen et son géopoliticien de circonstance


Le géopoliticien de circonstance a trouvé son grand jeu. En géopolitique, les certitudes sans preuves sont des slogans. Et les slogans, même servis avec une cravate d’un polémiste d’histoire restent des slogans. Le géopoliticien de circonstance a trouvé son grand jeu au cordeau à l'unisson d'un montage parfait, souple, mais jamais une longueur. Une leçon de cinéma. Le Makhzen, lui, est prié de payer le prix de la démonstration : son esprit critique.

La question du Sahara occidental mérite pourtant mieux que cette mise en scène. Elle mérite une analyse sérieuse des rapports de forces, des positions juridiques et des intérêts des puissances. Elle mérite que l'on distingue les faits des hypothèses, les soutiens diplomatiques des solutions définitives et les intérêts stratégiques des prétendus accords secrets.

Lugan affirme que le plan d'autonomie marocain bénéficie d'un soutien international très large. Il en déduit que la Russie n'aurait aucun intérêt à ouvrir un front diplomatique sur cette question. Mais le soutien à une proposition ne signifie pas que le différend est définitivement réglé. Le veto russe peut être interprété, critiqué ou présenté comme un revers pour Washington. Mais il ne peut pas être transformé, sans preuves, en reçu de soumission algérienne.

Une résolution du Conseil de sécurité ne transforme pas automatiquement une revendication en souveraineté incontestable. Elle ne fait pas disparaître les droits des populations concernées et ne remplace pas les mécanismes de règlement international.

Le plan d'autonomie marocain demeure une proposition politique à l’aspect d’une colonisation déguisée. Son soutien par certains États ne suffit pas à en faire une solution définitivement acquise.

La différence entre une proposition soutenue et un statut final réglé n'est pas une subtilité de juriste. C'est la différence entre un processus politique et une opération de propagande. Quant à Bernard Lugan, il peut toujours nous expliquer que Moscou a offert son veto à Alger comme on offre une poignée de main à un client fidèle. Mais avant de nous vendre le reçu, il serait peut-être utile de nous montrer la facture.

Cette lecture arrange manifestement les défenseurs de la position marocaine. Elle leur permet de transformer un désaccord diplomatique en victoire symbolique et de présenter le Sahara occidental comme une affaire presque classée. Voilà que les bouffons du palais du Makhzen rêvent de démocratie sous….protectorat

Mais les rapports de forces ne se règlent pas à coups de certitudes éditoriales. Le soutien international à un plan d'autonomie ne vaut pas règlement définitif d'un conflit. Et les décisions du Conseil de sécurité ne se résument pas aux fantasmes de domination des uns ou aux illusions de victoire des autres.

Le plus ironique, dans cette affaire, est que le chroniqueur prétend révéler les coulisses de la diplomatie tout en nous demandant de croire sur parole ce qu'il affirme s'y être déroulé.

C'est une conception singulière de l'analyse : les preuves sont facultatives, les intentions secrètes sont certaines et les conclusions sont déjà écrites.

Le Makhzen peut applaudir. Le récit lui est utile. Ça glisse au pays des merveilles ?

Mais la géopolitique n'est pas un théâtre de marionnettes où chaque veto devient une victoire et chaque désaccord une humiliation.

Quand les preuves manquent, le pamphlet devient une enquête imaginaire. Et quand l'historien se prend pour le notaire des secrets diplomatiques, il ne reste plus au payeur qu'à réclamer les pièces du dossier.  

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

 

 

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