Il faut admettre à la presse française un talent certain pour la fiction
romanesque : transformer d’un coup de plume magique un ex-magnat des affaires
poursuivi pour blanchiment d’argent en une figure de proue de l'opposition
politique. Une alchimie journalistique hallucinante où le sac d'écus mal acquis
devient soudainement une profession de foi démocratique.
Le récit omet toutefois, avec une pudeur fort commode, le détail qui tue :
pourquoi ce bienheureux "réfugié", après avoir goûté à la fraîcheur
des boulevards parisiens, a-t-il subitement senti le besoin d'aller faire
tremper ses pieds dans les eaux de la Costa Daurada ? Les charmes de Miami
Platja sont certes indiscutables, mais le trajet sent surtout la fuite en avant
d'un homme cherchant à mettre de la distance entre ses montages financiers et
les prétoires.
Présenter Ayoub Aissiou sous les traits d'un dissident héroïque tenant en
échec les chancelleries d'Alger et de Madrid relève de la farce tragique. La
réalité, beaucoup plus prosaïque, s'écrit en chiffres et en mandats d'arrêt
pour des crimes économiques bien terrestres. Il ne s'agit pas ici de liberté
d'expression ou de combat pour la démocratie, mais de comptes à rendre à la justice
algérienne pour des affaires d'argent sale.
Seuls des esprits singulièrement tordus ou profondément partisans peuvent
s'obstiner à grimer le blanchiment de capitaux en martyre politique pour le
seul plaisir de pointer un doigt accusateur vers l'Algérie. Transformer la
procédure pénale d'un homme d'affaires en bras de fer géopolitique menace de
transformer le journalisme d'investigation en comptoir d'apologie pour fugitifs
de haut vol.
Voir ce brave homme d’affaires, libéré sous caution et assigné à résidence
dans sa douillet balnéaire de Miami Platja, présenté comme une « bête noire »
qui fait trembler les régimes, ça fait doucement rigoler. C'est vrai
qu'affronter la tyrannie depuis sa chaise longue, un cocktail à la main en
attendant l'audience, c'est du l’héroïsme à haut risque.
Mais peu importe les faits ! Pour une certaine presse au ciboulot bien
malade et au mauvais esprit viscéral, dès qu’un type fuit la justice algérienne
avec des valises de billets, il gagne instantanément son brevet de démocrate
accompli. Vous faites du blanchiment ?
Ne dites plus "je fraude", dites "je
résiste" ! C’est plus chic, et ça vous offre un rond de serviette
dans les gazettes. L'imposture est totale, le grotesque est absolu, et la
déontologie est partie se baigner.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça.

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