Le Makhzen continue de crier au loup par la fenêtre de l'Ouest !

À Rabat, le temps semble s’être arrêté un sinistre jour de décembre 1975. Quand la machine institutionnelle s’enraye, que les dysfonctionnements internes menacent de déborder de sous le tapis et que la politique étrangère s'empêtre dans ses propres contradictions, le palais a une recette éprouvée : ouvrir le tiroir des reliques, dépoussiérer un vieux dossier et envoyer les artilleurs de la presse officielle au front.

À ce jeu-là, l’appareil médiatique du Makhzen  avec en tête d’affiche son champion incontesté du sensationnalisme, Le360  fait preuve d'une régularité quasi horlogère. Trois articles par jour au bas mot, emballés dans des titres volontairement alarmistes pour maintenir le citoyen sous perfusion d'angoisse. L’objectif ? Agiter l’épouvantail de l’« ennemi de l’Est » pour masquer l’absurdité du spectacle qui se joue en interne.

Une diplomatie du spectre et un bêtisier institutionnel

Le contraste serait comique s’il n’était pas orchestré avec tant de cynisme. D’un côté, nous avons un pouvoir empêtré dans une cacophonie permanente :

Des alertes sans anticipation : On publie des rapports d'urgence sur des risques majeurs... que personne n'a vus venir. Des responsabilités sans coupables : On pointe du doigt des fautes graves dans l’administration, mais sans jamais nommer les auteurs (il ne faudrait pas fâcher les copains du cabinet). Un vaudeville de prétoire : Des fuites calculées le matin, catégoriquement démenties l'après-midi, et des versions opposées qui s'affrontent au sein même des couloirs du Palais.

Mais dès qu'il s'agit d'Alger, la magie opère ! La brume se dissipe, le désordre s’efface et laisse place à une mécanique d'une précision chirurgicale. Subitement, le Makhzen retrouve sa boussole et nous vend un « plan d’action pour 2027 ». 2027 ! Alors même que la diplomatie marocaine est incapable de clarifier sa ligne pour la semaine prochaine, elle prétend planifier des offensives juridiques internationales sur cinq ans.

La fabrique du « contentieux stratégique » : de l'art d'imprimer du vide

Le texte du Collectif international (CIMEA-75) repris religieusement par Le360 est un cas d'école de cette mystification. On y enfile les mots savants comme des perles sur un boulier : « contentieux stratégique », « compétence universelle », « Rapporteur spécial des Nations Unies ».

Derrière ce jargon juridico-diplomatique pompeux se cache une opération de diversion bien plus terre-à-terre :

Recycler l'histoire à des fins de politique intérieure : En réveillant le drame des expulsions de 1975  tragédie humaine survenue dans un contexte de guerre froide il y a plus d'un demi-siècle, le but n'est pas de rendre justice aux victimes, mais de nourrir une rancœur artificielle.

Attaquer des fantômes : Parler d’engager des poursuites judiciaires contre des responsables algériens pour des faits datant de 51 ans relève de la pure science-fiction juridique. C'est l'art d'agiter des menaces qu'on sait inapplicables pour entretenir l'illusion d'un combat héroïque.

Internationaliser l'impasse : À défaut d'avoir des arguments solides sur les dossiers régionaux actuels, on essaie de déporter le débat devant les instances de Genève pour meubler l'agenda diplomatique.

La névrose anxiogène comme mode de gouvernement

Le plus navrant dans cette surenchère reste l'instrumentalisation permanente de l'opinion publique marocaine. En matraquant quotidiennement des articles sur la « menace algérienne », la presse sous ordre ne cherche pas à informer : elle cherche à conditionner. C'est la culture de la peur élevée au rang d'art d'État. On crée un climat de siège permanent pour faire oublier la hausse des prix, le chômage des jeunes ou l'absence de perspective politique.

En somme, l'imposture est totale. Ceux qui prétendent défendre la mémoire des victimes de 1975 ne font que l'exploiter comme de la chair à canon médiatique. Tant que le Makhzen préférera scruter son rétroviseur plutôt que d'affronter ses propres défaillances, le public aura droit à la même pièce de théâtre grinçante : un gouvernement qui trébuche dans ses propres couloirs, mais qui continue de crier au loup par la fenêtre de l'Ouest.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.