La dindonade des Harkis : des larmes de crocodile : (Archives)

25 septembre 2026 pour les harkis et leurs familles, ils veulent une reconnaissance qui s’arrêtera     à une cérémonie. À l’approche du 25 septembre, il faut rappeler cette histoire avec les mots justes.

Les harkis n’étaient pas des Algériens ayant choisi de servir la France. Ils étaient Français et ils ont servi la France en tant que supposés Français. Certains étaient appelés, engagés ou militaires de carrière, d’autres harkis, moghaznis, GMS ou membres d’autres formations françaises.

Il paraît qu’il ne faut plus « détourner le regard ». C’est un fils de Harki qui nous le dit, la main sur le cœur et la larme à l’œil, dans un texte qui ressemble à une brochure ministérielle ou à un sermon de patronage mal répété. À le lire, l’Histoire de la colonisation et de la guerre d'Algérie se résumerait à un conte de fées tragique où de braves citoyens, pris d’un amour soudain et irrépressible pour la Mère Patrie française, se sont retrouvés « par hasard » du mauvais côté du fusil, avant d'être punis par un cruel destin.

C’est mignon, c’est touchant, mais c’est surtout une vaste fumisterie.

Parlons-en, des « dindons de la farce ». Parce qu'il faut un sacré aplomb ou une amnésie sélective particulièrement bien entretenue  pour présenter le choix de la trahison comme un simple malentendu de l’Histoire. Rappelons les faits sans le filtre Instagram de la « mémoire réparatrice » : s’engager aux côtés d’une armée coloniale d’occupation contre son propre peuple, ce n'est pas un « accident de parcours ». Ce n'est pas une malheureuse erreur d'aiguillage. C'est un choix. Et en temps de guerre de libération, ce choix s'appelle la collaboration.

La complainte de du fils de Harki nous livre un chef-d'œuvre de victimisation asymétrique. On nous sort le grand jeu : les barbelés, les camps d'accueil, les promesses non tenues de la République, et la fameuse loi de 2022 qui « reconnaît ». Ah, la grande reconnaissance républicaine ! La France officielle adore reconnaître ses torts soixante ans après, quand les acteurs sont sous terre et que ça ne coûte plus qu'un discours patriotique le 25 septembre et trois pièces jaunes de compensation.

Mais le plus risible dans cette affaire, c'est ce paradoxe absolu que seuls des esprits singulièrement tordus refusent de voir :

On choisit de servir la France coloniale contre les siens, en espérant sans doute être du côté du manche et des privilèges.

On se fait jeter comme un vieux chiffon par cette même France dès que la farce coloniale prend fin — ce qui, entre nous, est la spécialité historique de la métropole avec ses auxiliaires du bout du monde.

On passe le reste de sa vie à pleurer aux portes du maître pour qu'il veuille bien vous donner une médaille, une pension et un câlin officiel en vous disant : "Oui, pardon, on vous a bien jetés aux poubelles de l'Histoire."

Quelle grandeur ! Quelle dignité !

Le texte de Karim nous explique que ces familles « ne demandaient pas des privilèges, mais que la France n’oublie pas ». Traduction : elles demandent désespérément la validation de ceux qui les ont instrumentalisés puis abandonnés. C’est le syndrome de Stockholm érigé en devoir de mémoire. On embrasse la main qui a frappé, puis on demande une réparation financière parce que la main n'a pas été assez douce lors du rapatriement.

Ce récit larmoyant oublie juste un tout petit détail au passage : le peuple algérien, lui, n'a pas choisi de se faire coloniser, spolier et massacrer pendant 132 ans. Quand on choisit le camp de l'oppresseur, il faut assumer le solde de tout compte quand l'oppresseur remballe ses gaules. L'Histoire n'est pas un buffet à volonté où l'on vient réclamer son chèque d'indemnisation quand le pari politique a raté.

Alors oui, les Harkis ont été les dindons de la farce. Mais les dindons ont eux-mêmes sauté dans la farce, la poêle et le four en chantant La Marseillaise.  Aujourd’hui ces harkis français sans être amnésique quand il s’agit de leurs actes coloniaux, ne craignent pas le ridicule, le déshonneur et la félonie, ils devront sans aucun doute méditer sur la citation de Charles Hamel : « Certains traîtres ont une étonnante faculté de se convaincre eux-mêmes de la sainteté de leurs intentions ! »

Qu'on s'incline devant les souffrances humaines des enfants qui n'avaient rien demandé, soit. Mais qu'on essaie de réécrire la grande Histoire en transformant les auxiliaires du colonialisme en héros tragiques de la République, c'est une imposture intellectuelle et morale. Le 25 septembre, continuez à déposer vos gerbes et à écouter les sanglots de la République.»

Mais ne nous demandez pas d'applaudir le spectacle.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.