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| l'obsession rance et le vrai visage du mépris |
Quand la panique identitaire s’invite au tribunal de la nostalgie :
Il y a des rendez-vous hebdomadaires dont la régularité
force une forme de respect comique. Prenez la rédaction de Causeur, par
exemple. Dès que le baromètre de leur pertinence baisse, c’est-à-dire du lundi au dimanche, ces
messieurs-dames déballent la même vieille boîte d’emballage stamped « Algérie
». C'est leur hochet, leur doudou réactionnaire, leur pilule contre le
vide existentiel. Sans l’Algérie pour meubler leurs obsessions, de quoi
parleraient-ils ? Du prix du pain ? De la vacuité de leurs propres essais ?
Trop banal.
Dans son dernier exercice de style, un blogueur s’est
surpassé. Armé d’un Éluard raté et d’un Zola de bazar, le voilà qui s’improvise
procureur des nations, distributeur de bons points démocratiques et grand
exégète du « récit national ». Les références latines et les citations
littéraires sont sorties du placard comme des décorations sur la veste d’un
général en retraite : ça brille, ça fait du bruit, mais ça ne cache pas l’usure
du tissu.
Le schéma est d’une paresse rafraîchissante. Pour ces
nostalgiques au sang bleu délavé, l’Algérie ne saurait être un pays réel, avec
ses contradictions, ses luttes, son peuple vivant et sa souveraineté complexe.
Non, l’Algérie doit rester un décor de papier mâché, un épouvantail commode où
l’on vient déverser son trop-plein d’aigreur civilisationnelle. Quand
l’écriture manque d'inspiration, on sort les grands mots : « orwellien »,
« fantasmagorie », et bien sûr, la petite touche d’exotisme
méprisant sur le « tapis de prière ». Le kit complet du parfait chroniqueur en
mal d’audience.
Ce qui est fascinant avec ce paternalisme d’un autre âge,
c’est sa constance. Ils prétendent défendre la liberté d'expression et les
écrivains, mais ils ne voient dans la littérature qu’un projectile à lancer à
la tête du voisin.
L’écrivain devient leur alibi, ici le choix a été porté sur
un Sansal, un vieux monsieur susceptible et soupe au lait qui s'est fait
surprendre à tous les points de vue après pendant et avant son année de
détention. Il fut cueilli à froid lors de son arrestation, étant persuadé de
pouvoir continuer à vivre entre France et Algérie. Se croyant intouchable par l’Algérie,
dont il fut haut fonctionnaire après y avoir mené toute sa carrière depuis
l'indépendance (il est né en 44), après avoir publié plusieurs livres. Il fut
cueilli à froid lors de son arrestation, étant persuadé de pouvoir continuer à
vivre entre France et Algérie... Il se trouve être d'origine marocaine et se
trouve donc à de multiples titres apatride (ou multinational) et donc l'un des
principaux prophètes de malheur.
La culture leur prétexte, et la métropole fantasmée leur
tribunal suprême. Ils observent la rive sud de la Méditerranée avec des
jumelles datant de 1830, s’étonnant toujours que le monde ait tourné sans leur
demander la permission.
Restons sérieux deux minutes. La critique politique est un
droit, et l’Algérie comme n’importe quel
pays du monde s’analyse, se discute et
se conteste par ses propres citoyens, ses propres intellectuels, ses propres
forces vives. Mais recevoir des leçons de liberté et de grandeur morale de la
part d'une feuille de chou spécialisée dans la panique identitaire et la rance
nostalgie empire, c’est un peu comme demander des conseils de diététique à un
vendeur de friture usagée.
Continuez d'écrire, messieurs de Causeur. Écrivez,
gesticulez, étalez vos certitudes en papier recyclé. Pendant que vous rongez
vos vieux os historiques dans vos salons parisiens, l'Algérie avance, vit,
râle, crée et construit son histoire loin de vos petits miroirs déformants. Et
c'est sans doute cela qui vous est fondamentalement insupportable.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
