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Le Makhzen Marocain aux jeux à la roulette russe!

Image Blog Kader Tahri

Il est pathétique de voir certains médias marocains se prendre pour des oracles géopolitiques et transformer chaque acte souverain de l’Algérie en catastrophe imminente. La “roulette russe” dont ils parlent n’existe que dans leur imagination, un écran de fumée destiné à masquer l’incapacité du Maroc à assumer sa propre politique intérieure et étrangère sans courir après la validation des puissances étrangères. Pendant qu’ils inventent des crises à chaque coin de phrase, l’Algérie agit avec lucidité, prudence et indépendance. Mais il faut avouer que la vérité dérange : un voisin qui refuse de se plier, qui défend ses intérêts et ses principes, ça ne se raconte pas dans des chroniques alarmistes, ça se vit sur le terrain.

Le Polisario, pour ces scribes marocains, devient le monstre absolu : un “proxy iranien”, un “danger terroriste” digne d’un blockbuster hollywoodien. On croit rêver. Défendre le droit du peuple sahraoui à exister, à revendiquer son identité et son avenir, est désormais un crime aux yeux de certains. Ce récit n’est pas une analyse, c’est de la propagande à l’état pur, un tissu de fantasmes et d’exagérations destiné à justifier les ambitions expansionnistes et à diaboliser l’Algérie. Chaque phrase trahit une obsession : peindre l’Algérie comme faible, isolée et dépendante, pour masquer l’extrême dépendance marocaine aux bonnes grâces de l’extérieur.

Et que dire des accusations sur les relations avec la Russie ? Acheter du matériel militaire, c’est garantir sa défense nationale et sa souveraineté. Mais pour ces chroniqueurs, l’indépendance d’Alger est un crime. Ils transforment un choix stratégique en “provocation internationale”, comme si la liberté d’un État devait être soumise à l’approbation de leurs fantasmes diplomatiques. Cette obsession pathétique à diaboliser l’Algérie révèle surtout leur impuissance et leur incapacité à défendre une politique crédible.

Au bout du compte, ce que ces textes cherchent à faire passer, c’est un mensonge grossier : l’Algérie serait isolée, fragile, en panne de diplomatie, et obligée de céder. La vérité, c’est exactement l’inverse : elle est souveraine, elle décide, elle négocie et elle impose sa voix sur la scène internationale. Le Maroc, lui, n’a trouvé de stabilité que dans la fiction qu’il invente autour du Sahara et de l’Algérie. Chaque chronique alarmiste est un miroir de ses propres faiblesses, de sa dépendance aux États étrangers et de sa panique à voir son narratif contesté.

Alors, aux chantres de la propagande et de l’alarmisme : continuez vos articles pathétiques et vos scénarios catastrophe. Pendant que vous fantasmez sur des menaces imaginaires, l’Algérie avance, forte, lucide et souveraine. Elle ne mendie pas la reconnaissance, elle n’implore pas le soutien de Washington ou d’ailleurs, et elle n’a pas besoin de transformer la réalité en un conte pour faire peur. L’histoire retiendra que les États qui se plient à la peur et aux mensonges des autres finissent par disparaître de la mémoire, mais l’Algérie restera, irréductible, fière et invincible.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

L’Algérie, une menace sous-estimée pour la France ?

Emble Algerien

Quand on regarde les événements récents de la France, les hauts et les bas s'enchaînent à toute allure, enfin, il y a surtout des bas et trop souvent il y a des politiques en prophètes, en grands visionnaires successifs, ne cadrent pas le jeu et leur trahison au peuple est bien là : L’Algérie, toujours l’Algérie et encore l’Algérie ……..

Il fallait bien que cela revienne. Comme les saisons, comme les rhumatismes impériaux, comme ces douleurs fantômes dont souffrent les membres amputés, la France médiatique redécouvre périodiquement l’Algérie… non comme un pays réel, mais comme un spectre utile.

Car voilà qu’à intervalles réguliers, l’Algérie redevient, dans certains studios parisiens saturés de nostalgie coloniale et d’angoisse identitaire, la menace du jour. Après la Russie, après l’Iran, après les banlieues, voici donc que l’Algérie toujours elle  se voit sommée de jouer le rôle de la conjuration nationale.

Il faut reconnaître à cette mécanique une admirable fidélité historique : depuis 1962, la France officielle a perdu l’Algérie, mais la France médiatico-politique refuse obstinément d’en faire le deuil.

La vieille recette : transformer un ancien dominé en danger permanent

La méthode est grossière, mais elle fonctionne. Elle repose sur trois leviers qu’on actionne avec la régularité d’un orgue funèbre.

D’abord, la dramatisation sécuritaire. On convoque les mots lourds : « déstabilisation », « menace », « influence », « infiltration ». Le vocabulaire n’analyse pas, il suggère. Il installe une atmosphère. Il transforme une relation diplomatique complexe en récit paranoïaque où l’Algérie cesse d’être un État pour devenir une intention malveillante.

Ensuite, l’amalgame civilisationnel, cet art ancien qui consiste à évoquer un pays pour aussitôt convoquer l’islam, puis l’immigration, puis la peur sociale. La logique est d’une simplicité enfantine : on remplace la géopolitique par la symbolique identitaire.

 L’Algérie devient alors moins un acteur international qu’un miroir commode des angoisses françaises sur elle-même.

Enfin, le soupçon diasporique, cette invention moderne qui permet de regarder des millions de citoyens ou binationaux non plus comme des individus, mais comme une masse potentiellement téléguidée par une puissance étrangère. Curieuse conception de la citoyenneté qui semble vaciller dès que le nom, la mémoire ou l’accent rappellent l’autre rive de la Méditerranée

Une propagande qui dit plus sur la France que sur l’Algérie

Car la vérité est moins flatteuse pour ses artisans : ce discours révèle surtout la difficulté persistante de certains cercles français à penser l’Algérie comme une souveraineté achevée.

L’Algérie doit rester, dans cette dramaturgie, un problème.
Jamais un partenaire normal. Jamais un État qui poursuit, comme tous les autres, ses intérêts.

On lui reproche son nationalisme, oubliant qu’il est né précisément d’une guerre où la France tenta d’éradiquer ce même nationalisme. On lui reproche sa mémoire, comme si l’histoire coloniale devait être rangée dans un musée discret, accessible uniquement aux historiens et jamais aux peuples qui l’ont vécue dans leur chair.

Il y a là quelque chose d’éminemment ironique : on exige d’un pays anciennement colonisé une maturité mémorielle que l’ancienne puissance coloniale peine elle-même à atteindre.

L’industrie française de l’ennemi nécessaire

Toute nation en doute cherche un miroir déformant. La France contemporaine, fracturée par ses propres tensions sociales, identitaires et politiques, a parfois trouvé dans l’Algérie un exutoire commode.

Lorsque l’intégration patine, on parle d’Alger.
Lorsque la diplomatie maghrébine échappe à Paris, on parle d’Alger.
Lorsque les fractures coloniales resurgissent dans la société française, on parle encore d’Alger.

L’Algérie devient ainsi une métaphore paresseuse permettant d’éviter les introspections douloureuses. Elle est le raccourci rhétorique qui évite d’affronter la complexité française elle-même.

La nostalgie impériale comme logiciel politique

Ce discours révèle surtout une chose : l’Empire a disparu géographiquement, mais il survit mentalement. Il persiste dans cette incapacité à admettre que l’Algérie n’est plus un prolongement contrarié de la République, mais un État étranger, doté de sa propre stratégie, de ses propres contradictions et de sa propre dignité.

L’Algérie est perçue non comme elle est, mais comme elle aurait dû rester : périphérie disciplinée d’un centre qui refuse d’avoir cessé d’être le centre.

Il faut voir avec quelle constance ce logiciel réapparaît dès que Paris perd un levier d’influence. L’Algérie n’est jamais accusée d’exister ; elle est accusée d’exister librement.

Le comique noir d’une peur sélective

Il y a, dans cette rhétorique, quelque chose de presque burlesque. Une puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, héritière d’un des appareils diplomatiques les plus vastes du monde, qui tremblerait devant une conspiration algérienne diffuse orchestrée par des influenceurs et des souvenirs historiques.

La tragédie se mêle ici au théâtre de boulevard. La grandeur stratégique se dissout dans la panique identitaire. Et l’on assiste, médusé, à ce spectacle d’une ancienne puissance coloniale qui redoute moins les transformations du monde que le fantôme de son propre passé.

Ce que révèle vraiment ce discours

Il ne révèle ni une menace algérienne ni même une stratégie algérienne particulièrement singulière. Il révèle une chose infiniment plus simple et infiniment plus dérangeante :

La France n’a jamais complètement réglé sa relation psychologique avec la perte de l’Algérie.

Et tant que cette cicatrice restera ouverte, certains éditorialistes continueront d’y tremper leur plume pour écrire des récits où l’Algérie doit rester l’adversaire symbolique nécessaire à l’équilibre fragile du débat politique français.

Conclusion

L’Algérie n’est pas l’obsession de la France. C’est parfois la France qui demeure prisonnière de l’Algérie qu’elle a perdue.

Et plus ce passé refuse de mourir dans certains imaginaires, plus il ressuscite sous forme d’alertes sécuritaires, de soupçons civilisationnels et de discours prophétiques où l’analyse cède la place à la hantise.

Les empires meurent rarement d’un coup. Ils se prolongent longtemps dans les fantasmes de ceux qui ne savent plus très bien ce qu’ils sont devenus.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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L’humanité a un ennemi commun : Israël

Francesca Albanese

Il fallait s’y attendre. À chaque fois qu’une voix internationale s’aventure à égratigner Israël, la même cohorte d’éditorialistes surgit, haletante, l’extrême droite en robe de chambre civilisationnelle, pour sonner le tocsin moral. On dirait une brigade de pompiers pyromanes : ils accourent pour éteindre l’incendie qu’ils entretiennent avec application depuis des décennies  celui de l’immunité morale érigée en dogme géopolitique.

La phrase de Francesca Albanese ? Excessive, théâtrale, grossière comme une banderole de manifestation. Mais dans le grand cirque des indignations hiérarchisées, elle a surtout servi de prétexte idéal pour relancer le numéro préféré de certains éditorialistes : la Passion selon Israël, récit où l’État hébreu endosse simultanément le rôle du martyr éternel et du gendarme universel, crucifié par l’ONU tout en tenant le marteau.

Car dans ce théâtre, Israël n’est plus un État. Il est devenu une relique morale, une hostie diplomatique que l’on brandit pour bénir les bombes et absoudre les gravats.

L’ONU : ce repaire de barbares qui osent lire des rapports

Le réquisitoire contre l’ONU est désormais un classique du cabaret géopolitique. L’organisation serait une assemblée de tyrans en costume froissé, un syndicat d’autocrates jaloux conspirant contre la seule démocratie digne de ce nom. On croirait entendre un aristocrate outré découvrant que les domestiques ont accès à la salle de bal.

Le problème, évidemment, est que l’ONU ressemble au monde. Tragique faute de goût. Elle reflète ses contradictions, ses hypocrisies, ses brutalités. Elle ne fonctionne pas comme un club privé réservé aux puissances persuadées d’incarner la vertu occidentale sous cellophane.

Mais cette banalité est insupportable pour les nouveaux prêtres de la géopolitique morale. Ils exigent une ONU qui applaudirait Israël comme un public chauffé à blanc dans un gala patriotique, et qui réserverait ses condamnations aux ennemis officiels de l’Occident. Une ONU transformée en fan-club diplomatique, avec distribution de trophées et séance de selfies civilisationnels.

La démocratie, ce parfum qui couvre l’odeur de la poudre

L’argument massue surgit alors, tel un slogan publicitaire : Israël est une démocratie. Rideau. Silence dans la salle. Génuflexion collective.

Dans cette vision simplifiée à la truelle, la démocratie devient un parfum d’ambiance capable de masquer n’importe quelle odeur de poudre, de ruine ou de désespoir : les démocraties ont bombardée, colonisé, torturé et massacré avec une remarquable régularité. Elles l’ont parfois fait avec davantage d’efficacité bureaucratique que les dictatures. La démocratie n’est pas un certificat d’innocence ; c’est un système politique. Rien de plus, rien de moins.

Mais dans la mythologie éditoriale dominante, elle devient un talisman, un gri-gri juridique censé éloigner toute critique. Le droit international, lui, n’est toléré que lorsqu’il se comporte comme un majordome discret.

Israël, ce pays qui souffre tellement qu’il en oublie parfois de regarder qui souffre en face

Le tour de force rhétorique le plus spectaculaire consiste à maintenir simultanément deux récits contradictoires : Israël serait une forteresse surpuissante, mais aussi une victime existentielle permanente. Un colosse stratégique atteint d’une fragilité métaphysique chronique.

Ce récit fonctionne admirablement. Il transforme toute critique en agression et toute enquête en persécution. Il permet de présenter les rapports d’ONG comme des pamphlets militants, les décisions de juridictions internationales comme des crises d’hystérie diplomatique, et les souffrances palestiniennes comme des variables secondaires dans une équation sécuritaire sacrée.

Pendant ce temps, la réalité ce parasite obstiné continue d’exister : territoires fragmentés, populations enfermées dans des labyrinthes administratifs, violence cyclique devenue routine. Mais ces détails sont relégués au rang d’inconfort narratif. Ils gâchent la pureté du récit héroïque.

L’antisémitisme : le bouton rouge qui arrête la conversation

Et voici venir l’arme rhétorique suprême, le bouton rouge qui suspend toute pensée : l’accusation d’antisémitisme brandie comme un extincteur idéologique. Utilisée légitimement, elle est indispensable. Utilisée mécaniquement, elle devient un sédatif intellectuel d’une redoutable efficacité.

Car plus la critique d’Israël se fonde sur des faits, plus elle devient suspecte. Elle doit alors franchir un parcours d’obstacles moral où l’on exige qu’elle prouve sa pureté avant même d’être entendue. Pendant ce temps, les faits, eux, attendent poliment derrière la porte.

Ce procédé finit par produire un paradoxe sinistre : il fragilise la lutte contre l’antisémitisme réel en la transformant en outil diplomatique. À force de crier au loup à chaque critique d’un gouvernement, on finit par banaliser la présence des véritables loups.

Le grand carnaval moral

Nous vivons désormais dans un carnaval diplomatique où chaque camp se déguise en incarnation de l’humanité. Les uns brandissent la bannière de la civilisation assiégée. Les autres celle de l’oppression universelle. Les costumes changent, les slogans s’échangent, mais la tragédie continue, obstinée, indifférente aux performances oratoires.

Pendant que les tribunes s’écrivent avec une encre trempée dans l’indignation, les morts tombent avec une neutralité terriblement professionnelle. Ils ne votent pas, ne publient pas, ne participent pas aux plateaux télé. Ils ont la mauvaise habitude d’exister sans se soucier des récits qui prétendent les expliquer.

Le droit, cet empêcheur de croire en rond

Le droit international reste là, obstiné, gris, procédurier, incapable de produire des envolées lyriques. Il réclame des preuves, des enquêtes, des responsabilités. Autant dire qu’il est devenu l’ennemi naturel des prophètes médiatiques.

Car le droit, lorsqu’il fonctionne, détruit les mythologies confortables. Il rappelle que la puissance n’est pas un argument et que la souffrance n’est pas un monopole.

Mais le droit est ennuyeux. Il ne fait pas vibrer les plateaux télé. Il ne permet pas de distribuer des certificats de civilisation comme des prospectus électoraux. Alors on le cite, on le brandit, on le tord, puis on l’abandonne dès qu’il devient contraignant.

Et pendant ce temps…

Pendant ce temps, le conflit continue, imperturbable, comme un mécanisme rouillé qui tourne sans plus personne pour le réparer. Les éditorialistes distribuent les rôles d’anges et de démons, les diplomates collectionnent les communiqués, et les populations continuent de payer la facture humaine d’un débat transformé en opéra moral grotesque.

La véritable obscénité n’est pas l’excès verbal d’une rapporteuse internationale. Elle est la transformation systématique d’une tragédie humaine en concours d’indignations performatives.

Car au bout du compte, derrière les tribunes enflammées et les sermons civilisationnels, une vérité demeure, froide et implacable : les bombes n’ont jamais lu un éditorial. Et elles s’en portent très bien.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Ksar Ich dans la zone de Figuig un territoire Algérien exploité par le Maroc:

Region de Beni Ounif Algerie
 

Chronique d’un conte marocain :

Ah, Figuig ! Ce petit village de 20 familles que l’on transforme en tragédie nationale au fil des bulletins alarmistes. On croirait lire un feuilleton de cape et d’épée : chaque olivier fouetté par le vent devient symbole d’une souveraineté bafouée, chaque berger un héros de l’histoire contemporaine. Et qui mieux qu’un chercheur « originaire » pour nous narrer, d’un ton solennel, que l’Algérie ourdit un plan diabolique depuis 1845, ou presque ?

Que les sujets de sa Majesté du Makhzen puissent, s’installer confortablement : voici l’épopée moderne de  Ksar Ich, ce petit village de 20 familles qui, sous la plume tremblante de Yabiladi et de son héraut Ahmed Noureddine, devient le théâtre d’une apocalypse frontalière. Chaque olivier fouetté par le vent se transforme en symbole de souveraineté volée, chaque berger en martyr de l’histoire.

L’Algérie ? L’ogre. Le Maroc ? Innocent, fragile, éternellement assiégé. Et les Marocains, lecteurs, sont priés de trembler.

L’article déborde de cette habile rhétorique de la peur : incursions, vols, intimidations, meurtres… Une accumulation digne des feuilletons les plus outranciers. On y lit que des soldats algériens, décidément omniprésents, dépouillent des enfants au bord des oueds, arrêtent des paysans, et tirent sur les oliviers comme si c’était des cibles militaires. Tout cela se déroule « au nom de la frontière » — ou plutôt, au nom du sensationnalisme. Le traité de 1972 ? Évoqué comme un talisman, jamais expliqué. Chaque violation alléguée est transformée en preuve du complot algérien universel.

L’histoire se déploie dans un mélange savoureux d’anachronismes : la bataille d’Amgala devient le joker pour annuler 1972 et réinventer le droit territorial selon le souhait du narrateur. Le lecteur sérieux est prié de suspendre son sens critique et de suivre le script : victime, agresseur, répétition dramatique. Aucun espace pour la nuance, aucune marge pour l’examen rationnel : le village de Figuig devient un condensé de pathos, un prétexte pour une épopée nationaliste de pacotille.

Mais ne vous y trompez pas : ce récit n’est pas innocent. Il est un chef-d’œuvre de propagande déguisée en reportage, une mise en scène où chaque phrase est calibrée pour faire bouillir le sang et gonfler l’indignation patriotique. La nuance historique ? On l’éclipse. Le contexte juridique ? On le zappe. Le lecteur est censé se scandaliser, frissonner, trembler pour chaque olivier.

Et derrière le drame, derrière les outrances, transparaît la véritable comédie : l’obsession d’un pays à se peindre en victime éternelle, à transformer chaque incident local en acte de guerre national, à exploiter l’ombre d’Agadir et d’Amgala pour justifier un récit sans fin. Figuig, ce n’est pas un village, c’est une scène de théâtre où la politique-fiction se déguise en reportage.

En fin de compte, le véritable danger n’est pas là-bas, au bord de l’oued, mais dans cette presse qui confond patriotisme et propagande, peur et information. Lire Yabiladi à ce sujet, c’est comme assister à une tragédie grecque où tout le monde sait déjà qui est le méchant, qui est la victime, et où chaque mot pèse plus par sa dramaturgie que par sa véracité.

Figuig brûle peut-être dans le vent du désert. Mais ce qui brûle vraiment, c’est l’intelligence du lecteur, étouffée sous un monologue patriotique calibré pour l’indignation, le pathos et la peur. Et ce feu-là, aucun olivier ne pourra jamais l’éteindre.

La prose de Yabiladi et de son porte-voix Ahmed Noureddine est un modèle du genre : accumulation d’épisodes dramatiques, citations anxiogènes, et références historiques ponctuées comme autant de preuves irréfutables.

On apprend ainsi que la frontière, cette ligne arbitraire tracée sur des cartes poussiéreuses, est systématiquement violée par des « soldats algériens » qui, paraît-il, dépouillent les enfants sur les berges de l’oued Zouzfana. La peur et l’angoisse servent de décor à un récit où l’Algérie est l’ogre, le Maroc le doux villageois innocent.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Affaire Epstein : le scandale des puissants :

Epstein et les scandales

Il existe des affaires judiciaires qui dépassent le cadre du crime individuel pour révéler les mécanismes profonds d’un système. L’affaire Jeffrey Epstein appartient à cette catégorie. Derrière l’histoire d’un prédateur sexuel se dessine une réalité plus dérangeante : celle d’un monde où l’argent, le prestige social et les réseaux d’influence peuvent ralentir, contourner, parfois neutraliser la justice.

Epstein n’est pas seulement un criminel. Il apparaît comme le produit d’un écosystème de pouvoir qui, pendant des décennies, a toléré, ignoré ou minimisé des accusations pourtant graves et répétées.

Une violence rendue possible par les inégalités sociales

Les témoignages des victimes décrivent une mécanique d’une redoutable constance. Epstein ciblait majoritairement des adolescentes issues de milieux modestes, socialement fragilisées ou financièrement vulnérables. Ce choix n’a rien d’anodin. Il révèle un principe structurel : l’exploitation sexuelle prospère là où les rapports de pouvoir sont profondément déséquilibrés.

Face à un milliardaire entouré d’avocats, d’intermédiaires et de relais politiques, ces jeunes filles disposaient rarement des ressources nécessaires pour faire entendre leur voix. Leur parole a longtemps été contestée, marginalisée ou suspectée. Ce phénomène dépasse largement le cas Epstein : il constitue l’un des traits récurrents des violences sexuelles impliquant des élites économiques et politiques.

2008 : le moment où la justice a vacillé

L’accord judiciaire conclu en 2008 constitue un symbole durable de ce que beaucoup perçoivent comme une justice à géométrie variable. Epstein, accusé d’exploitation sexuelle de nombreuses mineures, échappe alors à un procès fédéral potentiellement accablant et bénéficie d’une peine largement jugée clémente.

Cet accord est négocié sous la supervision du procureur fédéral Alexander Acosta, futur secrétaire au Travail sous la présidence Trump. L’épisode nourrit l’idée que certaines fortunes disposent d’une capacité à négocier la justice comme un arrangement contractuel, renforçant la perception d’un système judiciaire différencié selon la puissance sociale des accusés.

Les réseaux du pouvoir : fréquentations troublantes et silences collectifs

L’un des aspects les plus dérangeants de l’affaire réside dans l’ampleur des relations entretenues par Epstein avec des personnalités influentes. Des figures politiques majeures comme Bill Clinton ou Donald Trump ont entretenu, à différentes périodes, des relations sociales avec lui. Le prince Andrew du Royaume-Uni a, quant à lui, été directement accusé par une plaignante et contraint de se retirer de la vie publique après un règlement financier.

La présence de ces noms dans des documents ou des relations sociales ne constitue pas en soi une preuve d’implication criminelle. Mais ce qui trouble profondément l’opinion publique tient à une autre question : comment un homme visé par des accusations persistantes a-t-il pu conserver si longtemps sa place au sein de ces cercles d’influence ?

Ces interrogations nourrissent l’idée que les élites politiques et économiques fonctionnent parfois comme des sphères fermées où la protection mutuelle peut primer sur la responsabilité morale.

2019 : la mort qui a confisqué la vérité judiciaire

La mort d’Epstein en détention fédérale constitue un tournant majeur. Officiellement qualifiée de suicide, elle met fin à la perspective d’un procès susceptible d’éclairer l’ampleur du réseau et d’établir d’éventuelles responsabilités élargies.

Au-delà des spéculations, un constat s’impose : cette disparition a privé les victimes d’un moment fondamental de reconnaissance judiciaire et a laissé l’opinion publique face à un sentiment d’inachevé. Dans toute démocratie, l’absence de procès dans une affaire d’une telle portée nourrit inévitablement la défiance et la suspicion.

Les documents censurés : la transparence sous contrôle

La publication progressive de millions de pages de documents judiciaires aurait pu constituer une avancée majeure vers la vérité. Mais le caviardage massif de ces archives a produit l’effet inverse. Pour de nombreuses victimes, ces divulgations donnent le sentiment d’une transparence partielle, parfois perçue comme une stratégie de communication plus qu’un véritable effort de clarification.

Cette situation illustre une tension fondamentale des démocraties contemporaines : comment concilier l’exigence de transparence avec la protection juridique des personnes mentionnées dans des procédures ?

Les médias entre contre-pouvoir et saturation

Le retour de l’affaire Epstein dans le débat public doit beaucoup au travail d’enquête journalistique. Sans ces investigations, le scandale aurait probablement sombré dans l’oubli après l’accord judiciaire de 2008. Le journalisme d’investigation a permis de redonner une visibilité aux victimes et de révéler les failles institutionnelles.

Mais la médiatisation extrême du dossier révèle également une transformation du paysage informationnel. L’affaire est devenue un feuilleton global où la recherche légitime de vérité coexiste avec les logiques d’audience, de viralité et de surinterprétation.

Cette surmédiatisation contribue parfois à brouiller les responsabilités tout en alimentant une défiance généralisée envers les institutions politiques, judiciaires et médiatiques.

Epstein, symptôme d’un système global

Réduire l’affaire Epstein à la trajectoire criminelle d’un individu constituerait une erreur d’analyse. Elle révèle un modèle de pouvoir fondé sur la concentration extrême des richesses, la proximité entre sphères politiques et économiques, et la fragilité des mécanismes de contrôle démocratique face aux grandes fortunes internationales.

Elle montre aussi que les violences sexuelles deviennent immédiatement politiques lorsqu’elles impliquent des figures influentes. Elles cessent d’être perçues comme des crimes isolés pour devenir des révélateurs d’inégalités structurelles.

Le combat des victimes face à la machine du pouvoir

L’affaire Epstein expose avec une brutalité particulière la difficulté pour les victimes de crimes sexuels d’obtenir justice lorsque leurs agresseurs disposent d’un capital économique et social considérable. Leur combat devient alors simultanément judiciaire, politique et médiatique.

Le courage des plaignantes rappelle que la vérité judiciaire dépend souvent de rapports de force sociaux. Sans mobilisation médiatique et citoyenne, nombre de scandales impliquant des élites resteraient invisibles.

Une crise démocratique plus large

L’affaire Epstein s’inscrit dans une crise plus profonde qui traverse les démocraties contemporaines : la perte de confiance envers les institutions. Elle alimente l’idée que les lois ne s’appliquent pas de la même manière selon la position sociale. Cette perception constitue un danger majeur pour la stabilité démocratique.

Lorsqu’une société commence à croire que la justice protège les puissants et abandonne les faibles, elle fragilise le fondement même du contrat social.

La fin du scandale comme force politique

Mais l’affaire Epstein révèle peut-être quelque chose d’encore plus inquiétant. Elle ne signe pas seulement l’échec partiel de la transparence ou de la justice. Elle semble marquer l’érosion progressive du scandale comme force capable de transformer le réel.

Rarement une affaire aura concentré une telle masse de révélations, de témoignages, de documents et de connexions entre sphères d’influence. Rarement la mécanique de l’exposition publique aura été aussi globale et répétée. Et pourtant, jamais peut-être cette accumulation d’éléments n’aura aussi peu ébranlé les structures profondes du pouvoir.

Nous entrons dans un paradoxe inédit : une époque où la vérité circule plus vite que ses conséquences, où l’information déborde sans provoquer de rupture politique ou judiciaire majeure, où la transparence peut produire une saturation morale plutôt qu’un bouleversement institutionnel.

Sous cet angle, l’affaire Epstein dépasse le statut de scandale exceptionnel. Elle pourrait incarner le moment où le scandale cesse d’être une anomalie du système pour devenir l’une de ses manifestations régulières.

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Maroc : Géopolitique de comptoir et roman national sous perfusion : autopsie d’un délire éditorial :



 

Maroc Diplomatique.

Il fallait oser. Les médias courtisans du Makhzen ont fait. 

Quelque part entre le tract patriotique sous amphétamines et le roman d’anticipation géopolitique écrit à la lampe frontale, un texte de presse marocaine vient de nous offrir un monument. Un monument au révisionnisme historique, à la comptabilité diplomatique sous LSD et à la mythologie nationale version blockbuster.

Dès la première phrase, le lecteur comprend qu’il va assister non pas à une analyse, mais à une séance de spiritisme politique. On y apprend que l’Algérie aurait été « créée par la volonté du général de Gaulle ». Rien que ça.

Formidable raccourci historique. Six années de guerre, des villages rasés, des centaines de milliers de morts, un peuple entier en insurrection, et au final… un simple coup de tampon administratif signé par un président français. On imagine déjà la scène : De Gaulle, un matin, entre deux cafés, griffonnant sur un coin de bureau : « Bon, allez, on va créer l’Algérie. Ça fera plaisir. »

À ce niveau de simplification, ce n’est plus de l’histoire, c’est du PowerPoint géopolitique pour classes de maternelle.

Mais le feu d’artifice ne fait que commencer.

Arrive ensuite ce chiffre ahurissant : mille milliards de dollars que l’Algérie aurait engloutis pour nuire au Maroc. Mille. Milliards. Le genre de chiffre qui ne sort ni d’un rapport économique, ni d’une étude sérieuse, mais probablement d’un tableur Excel ouvert à trois heures du matin après un débat télé un peu trop arrosé.

On attend encore la démonstration, la ventilation budgétaire, la moindre source. Rien. Le néant méthodologique. Mais qu’importe : dans la propagande moderne, le chiffre n’a pas besoin d’être vrai. Il doit être spectaculaire. La vérité est devenue un détail logistique.

Puis surgit la fresque conspirationniste planétaire. Kadhafi, les Assad, la Tunisie, le Qatar… toute une internationale de vilains cartoon réunis dans un club secret anti-marocain piloté par Alger. On se croirait dans une saison ratée de « 24 heures chrono » où Jack Bauer combattrait un syndicat du mal basé à Tindouf.

Le problème, c’est que la diplomatie réelle n’obéit pas aux scénarios Netflix. Les alliances fluctuent, les intérêts divergent, et la géopolitique ressemble davantage à un bazar permanent qu’à une conspiration orchestrée dans une cave par des génies du mal moustachus.

Mais la véritable prouesse du texte réside dans sa capacité à transformer une résolution de l’ONU en couronnement monarchique. Une résolution diplomatique volontairement ambiguë comme toutes les résolutions sur le Sahara devient soudain un acte notarié gravé dans le marbre de l’histoire universelle. Voilà l’ONU transformée en service d’état civil de la souveraineté marocaine.

Même les diplomates les plus imaginatifs n’oseraient pas ce numéro d’équilibrisme juridique sans filet.

Et que dire de cette relecture de l’histoire régionale ? La guerre des sables devient presque un caprice algérien, comme si la question explosive des frontières coloniales n’avait jamais embrasé tout le continent africain. Comme si l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation n’avait pas constitué le socle diplomatique de l’Afrique post-indépendance. Mais ces détails ont l’inconvénient d’exister.

Le passage sur Tindouf mérite, lui, une mention spéciale au festival du ventriloquisme politique. Des dizaines de milliers de personnes voient leurs pensées, leurs aspirations et leurs rêves rédigés à leur place par un éditorialiste persuadé de parler au nom d’une population entière. On appelle cela, en sociologie, une confiscation de la parole. En propagande, on appelle cela un standard narratif.

Le bouquet final arrive avec la mise en scène morale du conflit : d’un côté, un Maroc présenté comme une sorte de moine diplomatique zen, distribuant des rameaux d’olivier avec la patience d’un saint médiéval ; de l’autre, une Algérie dépeinte comme un général soviétique coincé dans une boucle temporelle paranoïaque.

Ce manichéisme ferait rougir un scénariste de bande dessinée des années 50.

La vérité cette vieille emmerdeuse est beaucoup plus laide et beaucoup plus intéressante : le Sahara est un conflit hérité de la décolonisation, nourri par des rivalités régionales, des intérêts stratégiques, des mémoires antagonistes et des ambitions nationales concurrentes. Rien de glorieux, rien de romantique, juste la politique internationale dans ce qu’elle a de plus brut.

Mais reconnaître cette complexité exigerait de renoncer au roman national, ce conte pour adultes où le pays devient héros et le voisin devient caricature.

Ce type de texte n’est pas écrit pour éclairer le monde. Il est écrit pour chauffer une opinion publique, pour fabriquer une dramaturgie patriotique, pour donner l’illusion d’une victoire narrative là où la réalité reste embourbée dans un conflit insoluble.

La propagande contemporaine ne ment plus frontalement. Elle sélectionne, exagère, simplifie, enjolive. Elle transforme l’histoire en storytelling et la diplomatie en série télévisée.

Et pourtant, il existe une constante tragiquement comique dans ces exercices : plus la démonstration est excessive, plus elle trahit une inquiétude profonde. La certitude tonitruante est souvent le masque préféré du doute.

Car l’histoire a une habitude cruelle : elle finit toujours par ridiculiser ceux qui prétendent l’écrire seuls, surtout quand ils confondent archives et fiction patriotique.

Et si ce texte devait rester dans l’histoire, ce ne serait probablement pas comme preuve politique, mais comme document littéraire : celui d’une époque où la géopolitique se rédigeait à coups d’effets de manche, pendant que la réalité, elle, poursuivait tranquillement son chemin, indifférente aux éditoriaux enflammés.  

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

Reponse citoyenne à cet article :

https://maroc-diplomatique.net/maroc-algerie-du-lourd-conflit-des-frontieres-a-la-guerre-par-les-archives-et-des-preuves/