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Ksar Ich dans la zone de Figuig un territoire Algérien exploité par le Maroc:

Region de Beni Ounif Algerie
 

Chronique d’un conte marocain :

Ah, Figuig ! Ce petit village de 20 familles que l’on transforme en tragédie nationale au fil des bulletins alarmistes. On croirait lire un feuilleton de cape et d’épée : chaque olivier fouetté par le vent devient symbole d’une souveraineté bafouée, chaque berger un héros de l’histoire contemporaine. Et qui mieux qu’un chercheur « originaire » pour nous narrer, d’un ton solennel, que l’Algérie ourdit un plan diabolique depuis 1845, ou presque ?

Que les sujets de sa Majesté du Makhzen puissent, s’installer confortablement : voici l’épopée moderne de  Ksar Ich, ce petit village de 20 familles qui, sous la plume tremblante de Yabiladi et de son héraut Ahmed Noureddine, devient le théâtre d’une apocalypse frontalière. Chaque olivier fouetté par le vent se transforme en symbole de souveraineté volée, chaque berger en martyr de l’histoire.

L’Algérie ? L’ogre. Le Maroc ? Innocent, fragile, éternellement assiégé. Et les Marocains, lecteurs, sont priés de trembler.

L’article déborde de cette habile rhétorique de la peur : incursions, vols, intimidations, meurtres… Une accumulation digne des feuilletons les plus outranciers. On y lit que des soldats algériens, décidément omniprésents, dépouillent des enfants au bord des oueds, arrêtent des paysans, et tirent sur les oliviers comme si c’était des cibles militaires. Tout cela se déroule « au nom de la frontière » — ou plutôt, au nom du sensationnalisme. Le traité de 1972 ? Évoqué comme un talisman, jamais expliqué. Chaque violation alléguée est transformée en preuve du complot algérien universel.

L’histoire se déploie dans un mélange savoureux d’anachronismes : la bataille d’Amgala devient le joker pour annuler 1972 et réinventer le droit territorial selon le souhait du narrateur. Le lecteur sérieux est prié de suspendre son sens critique et de suivre le script : victime, agresseur, répétition dramatique. Aucun espace pour la nuance, aucune marge pour l’examen rationnel : le village de Figuig devient un condensé de pathos, un prétexte pour une épopée nationaliste de pacotille.

Mais ne vous y trompez pas : ce récit n’est pas innocent. Il est un chef-d’œuvre de propagande déguisée en reportage, une mise en scène où chaque phrase est calibrée pour faire bouillir le sang et gonfler l’indignation patriotique. La nuance historique ? On l’éclipse. Le contexte juridique ? On le zappe. Le lecteur est censé se scandaliser, frissonner, trembler pour chaque olivier.

Et derrière le drame, derrière les outrances, transparaît la véritable comédie : l’obsession d’un pays à se peindre en victime éternelle, à transformer chaque incident local en acte de guerre national, à exploiter l’ombre d’Agadir et d’Amgala pour justifier un récit sans fin. Figuig, ce n’est pas un village, c’est une scène de théâtre où la politique-fiction se déguise en reportage.

En fin de compte, le véritable danger n’est pas là-bas, au bord de l’oued, mais dans cette presse qui confond patriotisme et propagande, peur et information. Lire Yabiladi à ce sujet, c’est comme assister à une tragédie grecque où tout le monde sait déjà qui est le méchant, qui est la victime, et où chaque mot pèse plus par sa dramaturgie que par sa véracité.

Figuig brûle peut-être dans le vent du désert. Mais ce qui brûle vraiment, c’est l’intelligence du lecteur, étouffée sous un monologue patriotique calibré pour l’indignation, le pathos et la peur. Et ce feu-là, aucun olivier ne pourra jamais l’éteindre.

La prose de Yabiladi et de son porte-voix Ahmed Noureddine est un modèle du genre : accumulation d’épisodes dramatiques, citations anxiogènes, et références historiques ponctuées comme autant de preuves irréfutables.

On apprend ainsi que la frontière, cette ligne arbitraire tracée sur des cartes poussiéreuses, est systématiquement violée par des « soldats algériens » qui, paraît-il, dépouillent les enfants sur les berges de l’oued Zouzfana. La peur et l’angoisse servent de décor à un récit où l’Algérie est l’ogre, le Maroc le doux villageois innocent.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

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