À 83 ans, malade et détenu à l’isolement, Mohamed
Ziane mène une grève de la faim dans les prisons marocaines. Ancien ministre
des droits de l’homme, avocat et bâtonnier, il incarne aujourd’hui une vérité
dérangeante : au Maroc, la justice est devenue une arme politique au service de
la répression des voix critiques.
À 81 ans,
Mohamed Ziane, ancien ministre délégué aux droits de l’homme, ancien bâtonnier
du barreau de Rabat et figure majeure de la vie politique marocaine, a entamé
une grève de la faim. Son état de santé est alarmant. Sa détention, elle, est
accablante pour l’image d’un État qui se revendique réformateur tout en
piétinant les principes les plus élémentaires de l’État de droit.
Le Comité
des droits de l’homme des Nations unies a demandé au Maroc d’aménager sa peine
pour des raisons humanitaires et médicales, dans l’attente d’un examen au fond
de la plainte déposée en son nom par l’ONG AlKarama. Cette
requête, fondée sur les engagements internationaux du Royaume, n’a pas
seulement été ignorée : elle a été suivie d’une nouvelle procédure judiciaire,
opportunément ressortie, portant sur un supposé détournement de fonds datant de
2015. Une manœuvre révélatrice d’un acharnement judiciaire assumé.
La
condamnation à trois ans de prison que purge actuellement Mohamed Ziane ne peut
être comprise indépendamment de son parcours et de ses prises de position.
Longtemps proche du pouvoir, il devient indésirable lorsqu’il accepte de
défendre des figures emblématiques de la contestation et du journalisme
indépendant. En 2017, il assure la défense de Nasser Zefzafi, leader du Hirak
du Rif, mouvement social violemment réprimé. Il se tient également aux côtés de
journalistes poursuivis pour avoir exercé leur métier.
En novembre
2021, Mohamed Ziane accuse publiquement Abdellatif Hammouchi, chef
tout-puissant de la police et des services de renseignement marocains, d’être à
l’origine d’une campagne de diffamation contre lui. Peu avant, un média proche
du pouvoir diffuse une vidéo à caractère sexuel censée l’impliquer. La
mécanique est connue : utiliser les accusations dites de mœurs pour salir,
humilier et disqualifier les opposants aux yeux de l’opinion.
La riposte
institutionnelle est rapide. Le ministère de l’Intérieur porte plainte. Mohamed
Ziane est convoqué à de multiples reprises par la Brigade nationale de la
police judiciaire, parfois pour des faits sans lien avec la plainte initiale.
Une autre accusation, déposée par une ancienne cliente, vient alourdir le
dossier. Le 30 novembre 2021, il est inculpé pour onze chefs d’accusation,
amalgamant des dossiers hétérogènes dans une même procédure, en violation des
principes fondamentaux d’un procès équitable.
La suite
judiciaire confirme la dérive. En février 2022, Mohamed Ziane est condamné à
trois ans de prison sans motivation claire des faits retenus. En appel,
l’affaire est expédiée en une seule audience, sans la présence de l’accusé ni
de son avocat, faute de convocation. La condamnation est confirmée le 21
novembre 2022. Mohamed Ziane est arrêté le jour même, sans mandat de dépôt
conforme. L’ordonnance d’incarcération ne sera émise que plusieurs jours plus
tard, en contradiction flagrante avec le droit marocain et les standards
internationaux.
Depuis,
Mohamed Ziane est détenu à l’isolement. Une heure de sortie quotidienne, seul,
dans une petite cour. Un régime de détention qui, au regard de son âge et de
son état de santé — pathologies cardiaques, rénales, vertébrales et
prostatiques — s’apparente à un traitement cruel, inhumain et dégradant. Les
soins médicaux adaptés lui sont refusés dans des conditions dignes,
l’administration pénitentiaire exigeant qu’il soit menotté et revêtu d’une
tenue carcérale lors des consultations externes. Sa grève de la faim est
devenue un acte de survie autant qu’un acte politique.
Le cas de
Mohamed Ziane n’est pas une anomalie : il est un symptôme. Depuis plusieurs
années, le Maroc s’enfonce dans une spirale répressive. Après l’illusion d’ouverture
née du mouvement du 20 février 2011, l’espace public s’est progressivement
refermé. Médias indépendants muselés, journalistes emprisonnés, blogueurs et
défenseurs des droits humains poursuivis pour leurs opinions, accusations
d’atteinte au roi ou de mœurs instrumentalisées : la dissidence est
criminalisée.
Emprisonner
Mohamed Ziane, ancien ministre des droits de l’homme, revient à envoyer un
message glaçant : nul n’est à l’abri, pas même ceux qui ont servi l’État, dès
lors qu’ils refusent de se taire. Ce n’est pas seulement un homme que l’on
cherche à briser, mais un avertissement adressé à toute la société.
Aménager sa
peine, garantir son accès aux soins et mettre fin à l’acharnement judiciaire ne
relèvent pas d’un geste humanitaire, mais d’une obligation légale. À défaut, le
Maroc devra assumer pleinement ce qu’incarne désormais Mohamed Ziane : le
visage d’un régime qui emprisonne ses propres défenseurs des droits humains
pour préserver l’impunité du pouvoir.
A/Kader Tahri chroniqueur engagé et observateur
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Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme https://kadertahri.blogspot.com/
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