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Crise diplomatique Algérie-Émirats : vers un tournant historique dans le Golfe et le Maghreb

La question centrale est la protection de l’intégrité nationale face à des ingérences extérieures. Une rupture diplomatique totale serait un signal fort pour la région et la scène internationale

Les récentes dépêches évoquant une possible rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et les Émirats arabes unis (EAU) ne sont pas simplement le reflet d’un différend bilatéral. Elles illustrent une dynamique régionale plus profonde, où souveraineté nationale, intérêts stratégiques et équilibres géopolitiques se confrontent de manière directe et souvent inattendue. Si Alger devait concrétiser cette rupture, ce serait un geste d’une portée historique, non seulement pour les deux pays concernés, mais pour l’ensemble du Maghreb et du Moyen-Orient.

Une menace perçue contre la souveraineté nationale

Selon les autorités algériennes, cette escalade trouve son origine dans des actions émiraties considérées comme hostiles. Le soutien présumé à des mouvements séparatistes, tels que le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, classé organisation terroriste, constitue une ligne rouge. Des enquêtes sont en cours sur des financements étrangers et sur des démarches visant à protéger et soutenir certaines figures séparatistes. Pour Alger, il s’agit d’une tentative d’internationalisation d’une question interne — perçue comme une atteinte directe à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’État.

À ce stade, l’affaire dépasse le cadre d’un différend diplomatique classique. Elle est désormais vue comme une menace stratégique pour la sécurité nationale, imposant une réévaluation complète des relations avec Abou Dhabi.

Une rupture qui serait historique

Les relations diplomatiques restent officiellement en place, mais leur état est décrit comme extrêmement tendu. Les options à l’étude vont du simple rappel d’ambassadeurs à une rupture totale, ce qui constituerait un précédent notable dans la politique étrangère algérienne. Les conséquences, tant diplomatiques qu’économiques, seraient considérables et pourraient modifier durablement certains équilibres régionaux. Plus qu’un geste symbolique, cette décision serait une affirmation claire : l’Algérie ne transigera pas sur son intégrité nationale.

Un contexte régional en mutation

Cette crise ne peut se comprendre sans considérer les rivalités au sein du Golfe. Les relations entre l’Arabie saoudite et les Émirats montrent que les ambitions locales peuvent entrer en conflit avec les intérêts stratégiques collectifs. Riyad, désormais moins disposé à tolérer ce qu’elle considère comme un « aventurisme stratégique » émirati, a choisi une diplomatie plus assertive. Toute action concurrente ou hostile dans les zones où l’Arabie saoudite dispose d’intérêts stratégiques sera désormais contestée de manière ouverte.

Dans ce contexte, l’Algérie est confrontée à un acteur dont l’expérience diplomatique et l’ancrage historique semblent limités, rendant le dialogue stratégique difficile et les tentatives de médiation largement infructueuses.

Les limites structurelles des modèles du Golfe

Cette crise illustre aussi les fragilités systémiques des États du Golfe. Leur modèle social, fondé sur un contrôle étroit des populations et sur la dépendance aux puissances extérieures, ne favorise ni le développement intellectuel autonome ni la construction d’une société capable de produire durablement savoir et idées. La puissance économique et militaire des EAU repose sur une dépendance stratégique : protégés par des alliés puissants, mais soumis à leurs exigences et contraintes.

Cette contradiction est au cœur de l’instabilité régionale. Si les Émirats disposent de moyens financiers et militaires considérables, leur capacité à conduire une politique étrangère véritablement autonome reste limitée. Tout bouleversement interne, tout changement de leadership, pourrait avoir des conséquences immédiates et imprévisibles pour le Golfe et le Maghreb.

L’Algérie face à un test stratégique

Pour l’Algérie, cette crise est un test de souveraineté et de capacité à protéger ses intérêts nationaux. La rupture éventuelle avec les Émirats ne serait pas un acte impulsif, mais un choix stratégique réfléchi. Elle constituerait un signal clair adressé à ses partenaires régionaux et internationaux : la souveraineté et l’intégrité nationale demeurent non négociables.

Au-delà des seuls enjeux bilatéraux, cette situation souligne l’importance d’une diplomatie réaliste et fondée sur l’analyse des rapports de force régionaux et globaux. Elle rappelle que la stabilité et la cohérence dans les relations internationales ne sont pas des acquis, mais le résultat d’une vigilance constante et d’une capacité à défendre ses intérêts avec détermination.

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                           Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça https://kadertahri.blogspot.com/

 

 


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