À force d'entendre certains responsables politiques parler de l'Algérie, on finit par croire que la diplomatie consiste à taper du poing sur la table jusqu'à ce que le voisin cède. Voilà donc la nouvelle doctrine : plus de finesse, plus de stratégie, plus de compréhension des rapports historiques ; seulement du « rapport de force ».
Le problème, c'est qu'à force de jouer aux gros bras, on
finit souvent par découvrir qu'on n'est pas dans un western mais dans le réel.
L'article cosigné par Boualem Sansal et Bruno Retailleau
repose sur une idée simple : si la France n'obtient pas ce qu'elle veut, c'est
parce qu'elle n'est pas assez dure. Traduction politique : si le marteau ne
fonctionne pas, prenons un marteau plus gros.
Cette obsession du bras de fer révèle surtout
l'impuissance d'une partie de la classe politique française. Quand on n'a plus
de projet pour l'avenir, on se fabrique des démonstrations d'autorité. Quand on
ne sait plus comment parler à un peuple, on parle contre un autre.
Car enfin, de quoi parle-t-on ? D'une relation entre
deux pays liés par cent trente-deux ans de colonisation, une guerre
d'indépendance sanglante, des millions de familles mêlées des deux côtés de la
Méditerranée. Et certains voudraient résumer cette histoire tragique à un
concours de mentons serrés et de muscles contractés.
Le plus ironique est que les apôtres de la fermeté
vendent leurs échecs comme des preuves qu'il faudrait être encore plus fermes.
La méthode échoue ? C'est qu'elle n'était pas assez brutale. La tension
augmente ? C'est qu'il faut augmenter la tension. La diplomatie devient alors
une étrange religion où chaque fiasco confirme le dogme.
Ce discours a surtout une fonction intérieure. L'Algérie
n'est plus un partenaire ni même un adversaire : elle devient un décor
électoral. Un accessoire de campagne. Un épouvantail commode permettant de
distribuer des certificats de virilité politique devant les caméras.
À écouter ces stratèges du rapport de force, on pourrait
croire que la grandeur d'une nation se mesure au volume de ses ultimatums.
C'est oublier qu'une puissance se juge moins à sa capacité de menacer qu'à sa
capacité d'obtenir des résultats.
Le courage politique n'est pas de hurler plus fort que
son voisin. Le courage politique est de regarder l'histoire en face, de
défendre ses intérêts sans gesticulations et de comprendre qu'entre deux
peuples condamnés à vivre côte à côte, la diplomatie n'est pas un ring de boxe.
Les marchands de muscles aiment les coups de menton
parce qu'ils évitent les efforts de l'intelligence. C'est pratique. Cela fait
de belles unes. Cela produit des applaudissements faciles.
Mais les nations sérieuses construisent leur influence autrement
que dans le théâtre permanent de la colère.
La politique étrangère n'est pas un concours de mâchoires serrée.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé,
observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. »
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