France et son “Terrorisme d’État” : quand l’accusation devient un instrument de politique étrangère :

Il y a des mots qui devraient être manipulés avec la précision d’un scalpel.
Et puis il y a leur usage contemporain : extensif, stratégique, presque désinvolte.

Ainsi du “terrorisme d’État”.

Dans une intervention récente, le Parquet national antiterroriste évoque huit enquêtes “en cours”, visant pêle-mêle Iran, Russie… et Algérie.
Une énumération. Une juxtaposition. Et déjà, un récit.

D’abord je dénonce fortement cette accusation grotesque qui vient du complexe. Dans ce climat, chaque incident médiatique ou judiciaire prend une dimension politique amplifiée. Et tant que ces contradictions ne seront pas résolues, les perspectives d’un véritable dégel entre Alger et Paris resteront incertaines, soumises aux soubresauts. C’est dire à quel point les entraîne la haine de l’Algérie. Il faut rester vigilant, peut être que la guerre se rapproche avec nos 3 ennemis (France, Maroc et Israël). Il est préférable pour l’Algérie d’acheter ou de fabriquer des milliers voir des millions de missiles et de drones comme le fait l’Iran. On ne sait jamais

Car tout est là : dans cette mécanique bien rodée qui consiste à produire du sens non par la preuve, mais par l’agencement. L’Algérie n’est pas ici démontrée, elle est associée. Et dans le climat politique actuel, l’association suffit. Elle imprime. Elle sédimente.

Que sait-on, précisément ? Peu de choses.
Des “enquêtes”. Des faits “connus du public”. Aucun élément détaillé, aucune qualification stabilisée, aucune responsabilité établie. Mais une parole officielle, elle, est bien là. Et elle fait office de signal.

Ce glissement est tout sauf anodin.
Il traduit une évolution préoccupante : celle d’une justice antiterroriste qui, sous couvert de transparence, s’inscrit de plus en plus dans une logique d’exposition médiatique. La judiciaire devient narrative. L’enquête devient message.

Et quel message, au juste ?

Que certaines puissances désignées, répétées, installées constitueraient un continuum de menace. Une cartographie implicite de l’hostilité. Une géopolitique simplifiée, où la nuance est sacrifiée sur l’autel de la lisibilité politique.

Dans ce dispositif, l’Algérie occupe une place singulière :
ni pleinement documentée, ni totalement absente. Suffisamment citée pour être soupçonnée. Trop peu étayée pour être contestée sur le fond. Une zone grise et donc idéale.

On objectera qu’il ne s’agit “que d’enquêtes”.
Mais depuis quand une enquête, dans l’espace public, est-elle neutre ? Depuis quand sa simple évocation, adossée à une autorité institutionnelle, n’emporte-t-elle pas déjà une forme de verdict anticiper ?

Le problème n’est pas juridique. Il est politique.

Car cette rhétorique s’inscrit dans une histoire longue, faite de tensions récurrentes entre Paris et Alger, où chaque séquence médiatique vient raviver un fond de défiance jamais résorbé. Le soupçon devient alors une ressource commode. Une variable d’ajustement.

Reste une question, dérangeante :
que devient l’exigence de preuve lorsque l’accusation elle-même suffit à produire ses effets ?

À force d’élargir les catégories, de diluer les qualifications et d’exposer des dossiers encore incertains, on ne renforce pas la lutte contre le terrorisme.
On banalise l’accusation. On politise le droit. Et, surtout, on installe un régime de suspicion permanente  où certains États sont moins jugés pour leurs actes que pour leur position dans un récit déjà écrit.

Ce n’est plus de la justice.
C’est de la mise en scène

Enfin, il convient de replacer ces déclarations dans leur contexte politique plus large.
Les relations entre Paris et Alger sont marquées par une histoire dense, parfois conflictuelle, où les enjeux mémoriels, diplomatiques et sécuritaires s’entremêlent. Dans ce cadre, chaque prise de parole officielle est susceptible d’être interprétée au-delà de sa dimension strictement judiciaire.

D’où une responsabilité accrue : celle de veiller à ce que la communication institutionnelle ne prête pas le flanc à des lectures politiques ou à des malentendus durables.

Au fond, l’enjeu dépasse le cas présent.
Il concerne la manière dont une démocratie nomme, qualifie et expose des accusations d’une gravité exceptionnelle. Entre nécessité de transparence et impératif de rigueur, l’équilibre est délicat — mais indispensable.

Car à défaut, le risque est double : fragiliser la parole publique et alimenter des tensions qu’une plus grande précision aurait pu éviter.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

L’Iran contre l’Occident : chronique d’un cerveau qui dérange et d’un miroir qui rassure:

 

Il est possible,  hypothèse hérétique dans un monde saturé de slogans que les historiens de demain, ces esprits mal élevés qui persistent à vérifier les faits, découvrent une chose embarrassante : Il est possible,  hypothèse hérétique dans un monde saturé de slogans que les historiens de demain, ces esprits mal élevés qui persistent à vérifier les faits, découvrent une chose embarrassante : la véritable puissance stratégique de l’Iran n’était ni nucléaire, ni balistique, ni même géopolitique.

Non.

Elle était beaucoup plus inquiétante.

Elle pensait.

Car pendant que les satellites occidentaux scrutaient obsessionnellement des installations, pendant que les experts disséquaient des missiles sur des plateaux télé, quelque chose de beaucoup moins spectaculaire, donc beaucoup moins commenté, se produisait : un investissement massif dans l’éducation. Et, pire encore  crime absolu dans l’éducation des femmes.

Oui, des femmes qui étudient.

Le genre de menace qui ne produit ni explosion ni image spectaculaire. Le genre de menace qui ne passe pas en boucle sur les chaînes d’information. Le genre de menace qui travaille lentement, profondément, irréversiblement.

Une société qui forme ses femmes forme son avenir.
Une société qui forme son avenir devient difficile à dominer.

Et c’est précisément là que le malaise commence.

Le scandale invisible : des femmes qui pensent

Pendant que l’Occident débattait bruyamment de la longueur d’un voile, l’Iran remplissait silencieusement ses amphithéâtres.

Aujourd’hui, dans de nombreuses filières scientifiques, les femmes y sont majoritaires. Médecine, ingénierie, mathématiques. Des disciplines ingrates, il faut le reconnaître : peu compatibles avec la mise en scène permanente, très peu rentables en capital symbolique immédiat, et absolument désastreuses pour l’économie de l’attention.

Car une étudiante en physique quantique produit peu de contenu monétisable. En revanche, elle produit autre chose. Quelque chose de beaucoup plus dangereux : de la compétence.

Et la compétence, contrairement à l’image, résiste. Elle ne se filtre pas. Elle ne s’efface pas. Elle ne se remplace pas par une meilleure lumière.

Une société qui accumule de la compétence accumule du pouvoir réel. Pas celui qui s’affiche. Celui qui dure.

Les ennemis officiels et leurs effets inattendus

Ironie savoureuse : ceux que l’Occident désigne comme les figures les plus rétrogrades pourraient bien avoir compris une vérité élémentaire que certaines sociétés ont oubliée. La puissance d’un pays ne se mesure pas uniquement à ses armes.

Elle se mesure à la qualité de ses cerveaux.

Et ces cerveaux ne sont pas réservés à un sexe.

En formant massivement des ingénieures, des médecins, des chercheuses, l’Iran n’a pas simplement investi dans l’éducation. Il a construit une infrastructure intellectuelle.

Or une infrastructure intellectuelle, c’est comme une forteresse invisible.

On peut intercepter un missile.
On ne neutralise pas facilement une population qui pense.

Féminisme de vitrine contre féminisme de structure

C’est ici que la comparaison devient délicieusement inconfortable.

D’un côté, un modèle qui proclame l’émancipation féminine tout en transformant le corps en support publicitaire universel. Une liberté omniprésente, affichée, monétisée, optimisée pour la visibilité.

De l’autre, un modèle qui, qu’on le partage ou non, déplace la valeur vers autre chose : l’éducation, la production intellectuelle, la compétence.

Dans un cas, la reconnaissance passe par l’exposition.
Dans l’autre, par la qualification.

Dans un cas, on regarde.
Dans l’autre, on écoute.

Les deux systèmes prétendent libérer. Mais ils ne produisent pas les mêmes effets.

Une société qui récompense l’image produit des images.
Une société qui récompense le savoir produit du savoir.

La première fascine.
La seconde résiste.

Le grand malentendu du voile

On nous explique avec une assurance impeccable que le voile est l’alpha et l’oméga de l’oppression. Très bien.

Mais retournons un instant la question, ne serait-ce que pour vérifier si la réflexion supporte l’exercice.

Que signifie une société où le corps féminin est omniprésent ? Affiché, fragmenté, commercialisé, optimisé pour capter le regard ?

Est-ce la fin de l’oppression ?
Ou simplement son recyclage sous une forme plus rentable ?

Le voile, dans la logique iranienne, prétend s’opposer à cette marchandisation. On peut contester cette réponse. On peut la juger insuffisante, contraignante, discutable.

Mais la balayer comme absurde relève moins de l’analyse que du réflexe.

Car elle pose une question dérangeante :
et si l’exposition permanente n’était pas la liberté, mais une autre forme de contrainte ?

La civilisation du miroir

L’Occident contemporain entretient avec son reflet une relation presque religieuse.

On s’observe.
On se capture.
On se met en scène.

À une échelle qui ferait passer Narcisse pour un amateur.

Mais pendant que l’image prolifère, une question s’efface : que reste-t-il derrière ?

Car une civilisation ne se maintient pas à coups de filtres et de visibilité.

Elle tient sur autre chose : des enseignants, des chercheurs, des ingénieurs et des médecins.

Autrement dit, sur ce qui ne se voit pas immédiatement.

Le dilemme que personne ne veut poser

Formulons-le brutalement, puisqu’il faut parfois être clair :

À quoi sert une esthétique parfaitement maîtrisée si l’intelligence collective s’érode ?

L’histoire est d’une simplicité cruelle sur ce point. Les civilisations ne s’effondrent pas parce qu’elles pensent trop. Elles s’effondrent quand elles cessent de penser.

Et dans ce type de compétition car c’en est une, qu’on le veuille ou non le cerveau a toujours fini par peser plus lourd que l’image. Toujours

Le véritable champ de bataille

La confrontation entre modèles ne se joue pas seulement là où les caméras regardent.

Elle ne se joue pas uniquement dans les détroits, les bases militaires ou les sommets diplomatiques.

Elle se joue ailleurs. Dans des lieux beaucoup plus calmes :

les bibliothèques,
les laboratoires,
les universités.

C’est là que se fabrique la puissance réelle.

Lente. Discrète. Redoutable.

Et si l’histoire devait arbitrer entre un cerveau bien rempli et une image parfaitement calibrée…

il y a de fortes chances que le verdict soit, une fois encore, profondément vexant pour le miroir.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Car pendant que les satellites occidentaux scrutaient obsessionnellement des installations, pendant que les experts disséquaient des missiles sur des plateaux télé, quelque chose de beaucoup moins spectaculaire, donc beaucoup moins commenté, se produisait : un investissement massif dans l’éducation. Et, pire encore  crime absolu dans l’éducation des femmes.

Oui, des femmes qui étudient.

Le genre de menace qui ne produit ni explosion ni image spectaculaire. Le genre de menace qui ne passe pas en boucle sur les chaînes d’information. Le genre de menace qui travaille lentement, profondément, irréversiblement.

Une société qui forme ses femmes forme son avenir.
Une société qui forme son avenir devient difficile à dominer.

Et c’est précisément là que le malaise commence.

Le scandale invisible : des femmes qui pensent

Pendant que l’Occident débattait bruyamment de la longueur d’un voile, l’Iran remplissait silencieusement ses amphithéâtres.

Aujourd’hui, dans de nombreuses filières scientifiques, les femmes y sont majoritaires. Médecine, ingénierie, mathématiques. Des disciplines ingrates, il faut le reconnaître : peu compatibles avec la mise en scène permanente, très peu rentables en capital symbolique immédiat, et absolument désastreuses pour l’économie de l’attention.

Car une étudiante en physique quantique produit peu de contenu monétisable. En revanche, elle produit autre chose. Quelque chose de beaucoup plus dangereux : de la compétence.

Et la compétence, contrairement à l’image, résiste. Elle ne se filtre pas. Elle ne s’efface pas. Elle ne se remplace pas par une meilleure lumière.

Une société qui accumule de la compétence accumule du pouvoir réel. Pas celui qui s’affiche. Celui qui dure.

Les ennemis officiels et leurs effets inattendus

Ironie savoureuse : ceux que l’Occident désigne comme les figures les plus rétrogrades pourraient bien avoir compris une vérité élémentaire que certaines sociétés ont oubliée. La puissance d’un pays ne se mesure pas uniquement à ses armes.

Elle se mesure à la qualité de ses cerveaux.

Et ces cerveaux ne sont pas réservés à un sexe.

En formant massivement des ingénieures, des médecins, des chercheuses, l’Iran n’a pas simplement investi dans l’éducation. Il a construit une infrastructure intellectuelle.

Or une infrastructure intellectuelle, c’est comme une forteresse invisible.

On peut intercepter un missile.
On ne neutralise pas facilement une population qui pense.

Féminisme de vitrine contre féminisme de structure

C’est ici que la comparaison devient délicieusement inconfortable.

D’un côté, un modèle qui proclame l’émancipation féminine tout en transformant le corps en support publicitaire universel. Une liberté omniprésente, affichée, monétisée, optimisée pour la visibilité.

De l’autre, un modèle qui, qu’on le partage ou non, déplace la valeur vers autre chose : l’éducation, la production intellectuelle, la compétence.

Dans un cas, la reconnaissance passe par l’exposition.
Dans l’autre, par la qualification.

Dans un cas, on regarde.
Dans l’autre, on écoute.

Les deux systèmes prétendent libérer. Mais ils ne produisent pas les mêmes effets.

Une société qui récompense l’image produit des images.
Une société qui récompense le savoir produit du savoir.

La première fascine.
La seconde résiste.

Le grand malentendu du voile

On nous explique avec une assurance impeccable que le voile est l’alpha et l’oméga de l’oppression. Très bien.

Mais retournons un instant la question, ne serait-ce que pour vérifier si la réflexion supporte l’exercice.

Que signifie une société où le corps féminin est omniprésent ? Affiché, fragmenté, commercialisé, optimisé pour capter le regard ?

Est-ce la fin de l’oppression ?
Ou simplement son recyclage sous une forme plus rentable ?

Le voile, dans la logique iranienne, prétend s’opposer à cette marchandisation. On peut contester cette réponse. On peut la juger insuffisante, contraignante, discutable.

Mais la balayer comme absurde relève moins de l’analyse que du réflexe.

Car elle pose une question dérangeante :
et si l’exposition permanente n’était pas la liberté, mais une autre forme de contrainte ?

La civilisation du miroir

L’Occident contemporain entretient avec son reflet une relation presque religieuse.

On s’observe.
On se capture.
On se met en scène.

À une échelle qui ferait passer Narcisse pour un amateur.

Mais pendant que l’image prolifère, une question s’efface : que reste-t-il derrière ?

Car une civilisation ne se maintient pas à coups de filtres et de visibilité.

Elle tient sur autre chose : des enseignants, des chercheurs, des ingénieurs et des médecins.

Autrement dit, sur ce qui ne se voit pas immédiatement.

Le dilemme que personne ne veut poser

Formulons-le brutalement, puisqu’il faut parfois être clair :

À quoi sert une esthétique parfaitement maîtrisée si l’intelligence collective s’érode ?

L’histoire est d’une simplicité cruelle sur ce point. Les civilisations ne s’effondrent pas parce qu’elles pensent trop. Elles s’effondrent quand elles cessent de penser.

Et dans ce type de compétition car c’en est une, qu’on le veuille ou non le cerveau a toujours fini par peser plus lourd que l’image. Toujours

Le véritable champ de bataille

La confrontation entre modèles ne se joue pas seulement là où les caméras regardent.

Elle ne se joue pas uniquement dans les détroits, les bases militaires ou les sommets diplomatiques.

Elle se joue ailleurs. Dans des lieux beaucoup plus calmes :

les bibliothèques,
les laboratoires,
les universités.

C’est là que se fabrique la puissance réelle.

Lente. Discrète. Redoutable.

Et si l’histoire devait arbitrer entre un cerveau bien rempli et une image parfaitement calibrée…

il y a de fortes chances que le verdict soit, une fois encore, profondément vexant pour le miroir.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 


Agression impériale contre l’Iran : le théâtre obscène de la vertu occidentale:

Il faut déjà être profondément intoxiqué pour poser la question sans rire : “Pourquoi la presse occidentale dit-elle que l’Iran tue son propre peuple ?”
Car la vraie question n’est pas pourquoi elle le dit, mais pourquoi vous la croyez encore.

Sur quoi repose cette certitude tranquille ? Sur les mêmes organes d’information qui ont vendu au monde les armes de destruction massive imaginaires en Irak ? Sur les mêmes narrations morales qui ont transformé la Libye en champ de ruines au nom d’une “protection des civils” ? L’Occident ne ment pas toujours, il recycle. Il rejoue. Il industrialise le scénario.

Acte I : diabolisation.
Acte II : simplification grotesque.
Acte III : déshumanisation.
Acte IV : bombardement humanitaire.

Rideau. Applaudissements sur fond de décombres.

L’Iran, dans ce récit, n’est jamais un pays réel. C’est une caricature utile. Une fiction commode. Un décor moral pour justifier l’injustifiable. On vous parle de “mollahs” comme on brandit une insulte, un mot devenu projectile culturel. Comme si le savoir religieux car c’est bien de cela qu’il s’agit, était en soi une tare. Mais ce n’est pas le mot qui est méprisant. C’est le regard qui l’a chargé de mépris.

Et vous reprenez ce vocabulaire en pensant penser.

Le plus obscène, pourtant, n’est pas là. Il réside dans cette posture quasi messianique : bombarder pour libérer. Détruire pour émanciper. Tuer pour sauver. L’Occident a inventé une alchimie morale unique : transformer la violence en vertu par simple rhétorique.

On a vu ce que donnait cette “libération” en Irak.
On a vu ce que donnait cette “libération” en Libye.
On la voit partout où elle passe : États disloqués, sociétés brisées, générations traumatisées.

Mais ici, l’exercice tourne à la farce brutale.

Deux puissances dont une dotée de l’arme nucléaire et l’autre qui joue à cache-cache avec — s’acharnent sur un État qui, lui, n’en possède pas. Et l’on voudrait appeler cela un rapport de force ? C’est une démonstration de puissance ? Non. C’est une démonstration de dépendance à la domination.

Pire encore : un deux contre un. Même dans une cour d’école, cela s’appelle de la lâcheté. Mais ici, cela devient une doctrine stratégique.

Et malgré cela ? Vous ne parvenez pas à faire plier ce pays.

C’est peut-être là que le réel résiste au récit.

Car l’Iran n’est pas une invention médiatique récente. Ce n’est pas un régime suspendu dans le vide. C’est une civilisation plusieurs fois millénaire. Un espace historique où se sont élaborées des formes complexes de pensée, de savoir, de stratégie. Vous croyez affronter un État contemporain ; vous vous heurtez à une profondeur historique que vos narrations instantanées ne peuvent pas contenir.

Vous pensez mener une guerre moderne contre un archaïsme. Vous jouez aux échecs contre une mémoire longue.

Et l’histoire, justement, parlons-en.

L’Iran n’a pas envahi les États-Unis.
L’Iran n’a pas attaqué leur territoire.
L’Iran n’a pas déclenché de guerre offensive récente contre une puissance occidentale.

En revanche, il a été envahi. Il a été sanctionné. Il a été encerclé, asphyxié, ciblé.

Mais dans le récit dominant, cela disparaît. L’agressé devient suspect. L’assaillant devient arbitre moral.

Et puis il y a ce détail presque gênant : le droit international.

Un État qui n’est pas soumis aux contraintes nucléaires internationales attaque un État qui, lui, a signé les accords et accepte les inspections. Et c’est ce dernier qui est présenté comme la menace.

À ce stade, ce n’est plus une contradiction. C’est une inversion assumée.

Faisons un simple exercice de projection — celui que l’Occident évite soigneusement.

Imaginez un instant qu’une puissance étrangère déclare :
“Nous n’aimons pas votre gouvernement. Nous jugeons votre société décadente. Vos valeurs nous dérangent. Nous allons donc bombarder vos villes jusqu’à ce que vous changiez.”

Vous appelleriez cela comment ?
Une mission civilisatrice ?
Ou une agression pure et simple ?

La réponse est évidente. Mais elle cesse de l’être dès que les victimes changent de visage.

Car le cœur du problème est là, nu, brutal : toutes les vies ne se valent pas dans l’imaginaire occidental. Certaines sont tragiques. D’autres sont statistiques.

Une enfant occidentale tuée est une horreur absolue.
Une enfant iranienne tuée devient un dommage collatéral.

Le langage lui-même trahit cette hiérarchie.

Et l’on ose ensuite parler de droits humains universels.

Quant aux femmes iraniennes ultime argument moral mobilisé comme un talisman elles sont devenues un prétexte commode. Non pas des sujets politiques, mais des objets discursifs. On ne les écoute pas, on les instrumentalise.

Le problème, au fond, n’est pas leur condition. C’est qu’elles ne correspondent pas à votre définition de la liberté.

Une femme libre, dans ce regard, doit être lisible par l’Occident. Visible selon ses codes. Conforme à ses attentes. Sinon, elle est aliénée par défaut.

Mais la liberté n’est pas un uniforme culturel. Et l’émancipation ne se mesure pas à l’exposition de la peau ou à l’effacement du religieux.

Ce regard n’est pas universel. Il est situé. Et il se prend pour le monde.

Pendant ce temps, la réalité est plus têtue : l’Iran est un pays où les femmes sont massivement éduquées, présentes dans les sciences, actrices de la vie intellectuelle. Cela ne correspond pas au récit simpliste — donc cela n’existe pas.

Ce qui dérange, au fond, ce n’est pas l’oppression supposée. C’est l’altérité réelle.

Et c’est là que tout se joue.

L’Occident ne supporte pas qu’un modèle différent persiste sans se soumettre. Il ne supporte pas qu’une autre définition du monde tienne debout. Alors il moralise, il caricature, il simplifie puis il frappe.

Toujours au nom du bien.
Toujours au nom de la liberté.
Toujours au nom de l’humanité.

Mais les bombes n’ont jamais libéré personne.

Elles tuent.
Elles mutilent.
Elles détruisent.
Elles traumatisent.

Et ensuite, on écrit des éditoriaux pour expliquer que c’était nécessaire.

La vérité est beaucoup plus simple, et beaucoup plus dérangeante :
on ne libère pas un peuple en le bombardant.

On le soumet. Ou on échoue.

Et parfois  comme ici on échoue malgré tout, ce qui rend l’entreprise encore plus fébrile, encore plus violente, encore plus hystérique.

Alors continuez à parler de morale. Continuez à invoquer les droits humains entre deux frappes. Continuez à croire à cette fiction confortable.

Mais ne vous étonnez pas que le reste du monde n’y croie plus.

Il a appris à reconnaître le bruit des bombes derrière le discours des valeurs.

 

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Israël, Sionisme et autres contes pour adultes crédules :

Il faut parfois commencer par l’évidence, surtout quand elle a été piétinée avec autant d’assurance : non, l’islamisme n’est pas le “fils spirituel du nazisme”. Chronologiquement, déjà, c’est compliqué. À moins d’imaginer une causalité rétroactive, une sorte de voyage idéologique dans le temps où Nazisme engendrerait ce qui le précède, l’argument relève moins de l’analyse que du réflexe pavlovien.

Mais ce genre de contresens n’est pas une erreur.
C’est une méthode.

Fabriquer l’ennemi : mode d’emploi simplifié

Le mécanisme est désormais bien huilé :

  1. On choisit un adversaire.
  2. On le diabolise.
  3. On le compare à Hitler, étape obligatoire, sinon l’émotion ne prend pas.
  4. On conclut que toute action contre lui devient légitime.

C’est pratique. C’est rapide. Et surtout, cela évite de réfléchir. Car si tout est “nazisme”, alors plus rien ne l’est vraiment mais tout devient attaquable.

La morale à géométrie variable

On nous explique ensuite, avec un sérieux admirable, que l’Iran constitue une menace existentielle pour le monde.

Très bien.

Mais alors une question simple, presque naïve :
combien de guerres offensives l’Iran a-t-il déclenchées récemment contre des puissances occidentales ?

Silence.

En revanche, les opérations clandestines, les sabotages, les assassinats ciblés,  eux  sont documentés. Et ils ne viennent pas tous de Téhéran.

Imaginons un instant — exercice de pensée interdit mais salutaire — qu’un État étranger envoie des agents éliminer des ingénieurs français sur le sol national.

Appellerait-on cela de la “prévention” ?
Ou du terrorisme d’État ?

Tout dépend, visiblement, de qui appuie sur la gâchette. Je pense d'ailleurs que, pour suivre les conseils, je vais aller buter mon voisin dont je soupçonne qu'il veut ma disparition. Vaut mieux être prudent.

 

Le conflit que tout le monde voit… sauf quand il faut le nommer

On nous parle d’un Iran agressif.
Mais on admet dans le même souffle qu’il subit infiltrations, sabotages et opérations clandestines depuis des décennies.

Donc il y a bien un conflit.

Mais un conflit où l’un agit ouvertement, et l’autre… devrait rester immobile pour rester moralement acceptable. C’est un drôle de définition de la légitime défense.

Le grand théâtre des motivations nobles

Puis viennent les justifications nobles :

la démocratie,
les droits humains,
la condition des femmes.

Un triptyque désormais classique. Mais derrière le décor, les objectifs réels apparaissent à peine dissimulés : contrôle des ressources, équilibres régionaux, rapports de force. Même Donald Trump a parfois l’élégance brutale de le dire sans fard.

Le reste ?
Du vernis.

Du langage pour consommation médiatique. Des “graines pour pigeons”, comme dirait l’autre.

L’obsession utile : détourner le regard

Pendant ce temps, on nous invite à concentrer notre peur sur un ennemi désigné.

Pourquoi lui ?
Pourquoi maintenant ?

Pourquoi pas d’autres États, tout aussi problématiques, parfois bien plus directement impliqués dans des dynamiques violentes ?

La réponse est simple :
certains ennemis sont utiles, d’autres sont… utiles autrement.

La dissuasion, cette vérité qu’on préfère taire

Il existe une leçon que tout le monde connaît mais que personne n’aime formuler : les pays qui possèdent l’arme nucléaire sont rarement attaqués.

Les autres… beaucoup plus. Demandez à Muammar Guadafi ce qu’il en pense, enfin, ce qu’il en penserait.

Le message est limpide :
renoncez à vous défendre, et vous serez “fréquentables”.
Résistez, et vous deviendrez une menace.

Le mensonge comme politique étrangère

Et puis il y a ce détail gênant : la narration change. Un jour, on nous explique que la menace est neutralisée. Le lendemain, qu’elle est imminente.
Entre les deux, aucune contradiction apparente, du moins, pas pour ceux qui ne regardent pas de trop près. Les services de renseignement eux-mêmes peinent parfois à suivre le scénario.

Mais peu importe.

L’important n’est pas la cohérence. L’important est l’effet.

Qu'on raconte ce qu'on veut sur l’uranium et d'autres choses, par principe je n’y prête pas attention. Le péril existe, c'est tout. Quant à la diplomatie, aux négociations, aux traités et aux compromis, quand on a affaire à des fanatiques, ce sont des foutaises, et des foutaises dangereuses.

Tous ceux qui se sont fiés aux traités passés avec les sionistes l' ont regretté. Et le sionisme reste le fils spirituel du nazisme. Je n'emploie pas ce mot comme une injure politique envers des gens que je n'aime pas.

Nazisme, fascisme, sionisme, totalitarisme, génocide sont pour moi des mots avec un sens précis, et je ne les emploie pas à la légère. Bien sûr que si il existe des similitudes. Dans le mensonge, dans les prétextes invoqués, dans le silence quant aux objectifs réels même si Trump les cache de moins en moins dans ses posts avides de pétrole. Ceux des Israéliens sont d'ailleurs différents, mais vont bien au-delà d'une légitime protection dont on nous avait dit pourtant qu'elle été assurée depuis les bombardements de juin dernier.

On nous aurait menti ?

Quand en fait, en juin ou en mars ? Les deux peut-être ? Quand de hauts responsables des services américains proclament qu'il n'y avait pas de danger de ce côté-là, ça la fout encore plus mal. Au moins en 2003 ils ne se contredisaient pas entre eux.

La stratégie israélienne : survivre ou dominer ?

Pour les Israéliens j'avais évoqué il y a quelque temps cette notion de profondeur stratégique dont ils étaient en quête en fait depuis leur création, la vulnérabilité du pays étant évidemment liée à sa taille; ça peut se faire par la conquête mais ça reste difficile faute de monde pour occuper le terrain, ça se limitera donc à l'annexion de la Cisjordanie, celle déjà de facto du Golan et celles du Sud-Liban qui sera amputé joyeusement sans grandes protestations.

Pour le reste il s'agit donc, non pas de saisir, mais de neutraliser les grandes puissances. Il ne s'agit pas de changer le régime de l'Iran mais de détruire ce pays, d'en faire un champ de ruine durable. ça se comprend quand on est Israélien voire Juif, mais je ne vois pas pourquoi en tant que Français, je devras applaudir à ça, à la prédation du pétrole, en fait un retour vers le passé, et la destruction d'un pays dont certes le régime qui le dirige actuellement n'est pas terrible, c'est un euphémisme, mais qui sert assez bien finalement de prétexte à la réalisation d'objectifs qui n'ont rien, mais alors rien à voir, avec la "libération" du peuple iranien du joug des mollahs.

La conclusion qui dérange

Au fond, tout cela est d’une simplicité presque brutale.

On construit un ennemi.
On fabrique une menace.
On ajuste le récit.
Et on agit.

Ensuite, on explique. Toujours après coup. Et pendant ce temps, une idée continue de circuler, lente, persistante, corrosive :

si les justifications changent en permanence,
si les ennemis sont interchangeables,
si les principes s’adaptent aux circonstances…

Alors peut-être juste peut-être que le problème n’est pas seulement du côté de ceux que l’on désigne. Et c’est là que le rire devient noir. Parce qu’à force de voir du nazisme partout,
on finit surtout par banaliser les méthodes qu’on prétend dénoncer. Et ça, pour le coup, ce n’est plus une analogie.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/