France et son “Terrorisme d’État” : quand l’accusation devient un instrument de politique étrangère :

Il y a des mots qui devraient être manipulés avec la précision d’un scalpel.
Et puis il y a leur usage contemporain : extensif, stratégique, presque désinvolte.

Ainsi du “terrorisme d’État”.

Dans une intervention récente, le Parquet national antiterroriste évoque huit enquêtes “en cours”, visant pêle-mêle Iran, Russie… et Algérie.
Une énumération. Une juxtaposition. Et déjà, un récit.

D’abord je dénonce fortement cette accusation grotesque qui vient du complexe. Dans ce climat, chaque incident médiatique ou judiciaire prend une dimension politique amplifiée. Et tant que ces contradictions ne seront pas résolues, les perspectives d’un véritable dégel entre Alger et Paris resteront incertaines, soumises aux soubresauts. C’est dire à quel point les entraîne la haine de l’Algérie. Il faut rester vigilant, peut être que la guerre se rapproche avec nos 3 ennemis (France, Maroc et Israël). Il est préférable pour l’Algérie d’acheter ou de fabriquer des milliers voir des millions de missiles et de drones comme le fait l’Iran. On ne sait jamais

Car tout est là : dans cette mécanique bien rodée qui consiste à produire du sens non par la preuve, mais par l’agencement. L’Algérie n’est pas ici démontrée, elle est associée. Et dans le climat politique actuel, l’association suffit. Elle imprime. Elle sédimente.

Que sait-on, précisément ? Peu de choses.
Des “enquêtes”. Des faits “connus du public”. Aucun élément détaillé, aucune qualification stabilisée, aucune responsabilité établie. Mais une parole officielle, elle, est bien là. Et elle fait office de signal.

Ce glissement est tout sauf anodin.
Il traduit une évolution préoccupante : celle d’une justice antiterroriste qui, sous couvert de transparence, s’inscrit de plus en plus dans une logique d’exposition médiatique. La judiciaire devient narrative. L’enquête devient message.

Et quel message, au juste ?

Que certaines puissances désignées, répétées, installées constitueraient un continuum de menace. Une cartographie implicite de l’hostilité. Une géopolitique simplifiée, où la nuance est sacrifiée sur l’autel de la lisibilité politique.

Dans ce dispositif, l’Algérie occupe une place singulière :
ni pleinement documentée, ni totalement absente. Suffisamment citée pour être soupçonnée. Trop peu étayée pour être contestée sur le fond. Une zone grise et donc idéale.

On objectera qu’il ne s’agit “que d’enquêtes”.
Mais depuis quand une enquête, dans l’espace public, est-elle neutre ? Depuis quand sa simple évocation, adossée à une autorité institutionnelle, n’emporte-t-elle pas déjà une forme de verdict anticiper ?

Le problème n’est pas juridique. Il est politique.

Car cette rhétorique s’inscrit dans une histoire longue, faite de tensions récurrentes entre Paris et Alger, où chaque séquence médiatique vient raviver un fond de défiance jamais résorbé. Le soupçon devient alors une ressource commode. Une variable d’ajustement.

Reste une question, dérangeante :
que devient l’exigence de preuve lorsque l’accusation elle-même suffit à produire ses effets ?

À force d’élargir les catégories, de diluer les qualifications et d’exposer des dossiers encore incertains, on ne renforce pas la lutte contre le terrorisme.
On banalise l’accusation. On politise le droit. Et, surtout, on installe un régime de suspicion permanente  où certains États sont moins jugés pour leurs actes que pour leur position dans un récit déjà écrit.

Ce n’est plus de la justice.
C’est de la mise en scène

Enfin, il convient de replacer ces déclarations dans leur contexte politique plus large.
Les relations entre Paris et Alger sont marquées par une histoire dense, parfois conflictuelle, où les enjeux mémoriels, diplomatiques et sécuritaires s’entremêlent. Dans ce cadre, chaque prise de parole officielle est susceptible d’être interprétée au-delà de sa dimension strictement judiciaire.

D’où une responsabilité accrue : celle de veiller à ce que la communication institutionnelle ne prête pas le flanc à des lectures politiques ou à des malentendus durables.

Au fond, l’enjeu dépasse le cas présent.
Il concerne la manière dont une démocratie nomme, qualifie et expose des accusations d’une gravité exceptionnelle. Entre nécessité de transparence et impératif de rigueur, l’équilibre est délicat — mais indispensable.

Car à défaut, le risque est double : fragiliser la parole publique et alimenter des tensions qu’une plus grande précision aurait pu éviter.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

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