Mais ce
genre de contresens n’est pas une erreur.
C’est une méthode.
Fabriquer l’ennemi : mode d’emploi simplifié
Le mécanisme
est désormais bien huilé :
- On choisit un adversaire.
- On le diabolise.
- On le compare à Hitler, étape
obligatoire, sinon l’émotion ne prend pas.
- On conclut que toute action
contre lui devient légitime.
C’est
pratique. C’est rapide. Et surtout, cela évite de réfléchir. Car si tout est
“nazisme”, alors plus rien ne l’est vraiment mais tout devient attaquable.
La morale à géométrie variable
On nous
explique ensuite, avec un sérieux admirable, que l’Iran constitue une menace
existentielle pour le monde.
Très bien.
Mais alors
une question simple, presque naïve :
combien de guerres offensives l’Iran a-t-il déclenchées récemment contre des
puissances occidentales ?
Silence.
En revanche,
les opérations clandestines, les sabotages, les assassinats ciblés, eux sont documentés. Et ils ne viennent pas tous
de Téhéran.
Imaginons un
instant — exercice de pensée interdit mais salutaire — qu’un État étranger
envoie des agents éliminer des ingénieurs français sur le sol national.
Appellerait-on
cela de la “prévention” ?
Ou du terrorisme d’État ?
Tout dépend,
visiblement, de qui appuie sur la gâchette. Je pense d'ailleurs que, pour
suivre les conseils, je vais aller buter mon voisin dont je soupçonne qu'il
veut ma disparition. Vaut mieux être prudent.
Le conflit que tout le monde voit… sauf quand il faut
le nommer
On nous
parle d’un Iran agressif.
Mais on admet dans le même souffle qu’il subit infiltrations, sabotages et
opérations clandestines depuis des décennies.
Donc il y a
bien un conflit.
Mais un
conflit où l’un agit ouvertement, et l’autre… devrait rester immobile pour
rester moralement acceptable. C’est un drôle de définition de la légitime
défense.
Le grand théâtre des motivations nobles
Puis
viennent les justifications nobles :
la
démocratie,
les droits humains,
la condition des femmes.
Un triptyque
désormais classique. Mais derrière le décor, les objectifs réels apparaissent à
peine dissimulés : contrôle des ressources, équilibres régionaux, rapports de
force. Même Donald Trump a parfois l’élégance brutale de le dire sans fard.
Le reste ?
Du vernis.
Du langage
pour consommation médiatique. Des “graines pour pigeons”, comme dirait l’autre.
L’obsession utile : détourner le regard
Pendant ce
temps, on nous invite à concentrer notre peur sur un ennemi désigné.
Pourquoi lui
?
Pourquoi maintenant ?
Pourquoi pas
d’autres États, tout aussi problématiques, parfois bien plus directement
impliqués dans des dynamiques violentes ?
La réponse
est simple :
certains ennemis sont utiles, d’autres sont… utiles autrement.
La dissuasion, cette vérité qu’on préfère taire
Il existe
une leçon que tout le monde connaît mais que personne n’aime formuler : les
pays qui possèdent l’arme nucléaire sont rarement attaqués.
Les autres…
beaucoup plus. Demandez à Muammar Guadafi ce qu’il en pense, enfin, ce qu’il en
penserait.
Le message
est limpide :
renoncez à vous défendre, et vous serez “fréquentables”.
Résistez, et vous deviendrez une menace.
Le mensonge comme politique étrangère
Et puis il y
a ce détail gênant : la narration change. Un jour, on nous explique que la
menace est neutralisée. Le lendemain, qu’elle est imminente.
Entre les deux, aucune contradiction apparente, du moins, pas pour ceux qui ne
regardent pas de trop près. Les services de renseignement eux-mêmes peinent
parfois à suivre le scénario.
Mais peu
importe.
L’important
n’est pas la cohérence. L’important est l’effet.
Qu'on
raconte ce qu'on veut sur l’uranium et d'autres choses, par principe je n’y
prête pas attention. Le péril existe, c'est tout. Quant à la diplomatie, aux
négociations, aux traités et aux compromis, quand on a affaire à des
fanatiques, ce sont des foutaises, et des foutaises dangereuses.
Tous ceux
qui se sont fiés aux traités passés avec les sionistes l' ont regretté. Et le
sionisme reste le fils spirituel du nazisme. Je n'emploie pas ce mot comme une
injure politique envers des gens que je n'aime pas.
Nazisme,
fascisme, sionisme, totalitarisme, génocide sont pour moi des mots avec un sens
précis, et je ne les emploie pas à la légère. Bien sûr que si il existe des
similitudes. Dans le mensonge, dans les prétextes invoqués, dans le silence
quant aux objectifs réels même si Trump les cache de moins en moins dans ses
posts avides de pétrole. Ceux des Israéliens sont d'ailleurs différents, mais
vont bien au-delà d'une légitime protection dont on nous avait dit pourtant
qu'elle été assurée depuis les bombardements de juin dernier.
On nous
aurait menti ?
Quand en
fait, en juin ou en mars ? Les deux peut-être ? Quand de hauts responsables des
services américains proclament qu'il n'y avait pas de danger de ce côté-là, ça
la fout encore plus mal. Au moins en 2003 ils ne se contredisaient pas entre
eux.
La stratégie israélienne : survivre ou dominer ?
Pour les Israéliens j'avais évoqué il y a quelque
temps cette notion de profondeur stratégique dont ils étaient en quête en fait
depuis leur création, la vulnérabilité du pays étant évidemment liée à sa
taille; ça peut se faire par la conquête mais ça reste difficile faute de monde
pour occuper le terrain, ça se limitera donc à l'annexion de la Cisjordanie,
celle déjà de facto du Golan et celles du Sud-Liban qui sera amputé joyeusement
sans grandes protestations.
Pour le reste il s'agit donc, non pas de saisir, mais
de neutraliser les grandes puissances. Il ne s'agit pas de changer le régime de
l'Iran mais de détruire ce pays, d'en faire un champ de ruine durable. ça se
comprend quand on est Israélien voire Juif, mais je ne vois pas pourquoi en
tant que Français, je devras applaudir à ça, à la prédation du pétrole, en fait
un retour vers le passé, et la destruction d'un pays dont certes le régime qui
le dirige actuellement n'est pas terrible, c'est un euphémisme, mais qui sert
assez bien finalement de prétexte à la réalisation d'objectifs qui n'ont rien,
mais alors rien à voir, avec la "libération" du peuple iranien du
joug des mollahs.
La conclusion qui dérange
Au fond,
tout cela est d’une simplicité presque brutale.
On construit
un ennemi.
On fabrique une menace.
On ajuste le récit.
Et on agit.
Ensuite, on
explique. Toujours après coup. Et pendant ce temps, une idée continue de
circuler, lente, persistante, corrosive :
si les
justifications changent en permanence,
si les ennemis sont interchangeables,
si les principes s’adaptent aux circonstances…
Alors peut-être
juste peut-être que le problème n’est pas seulement du côté de ceux que l’on
désigne. Et c’est là que le rire devient noir. Parce qu’à force de voir du
nazisme partout,
on finit surtout par banaliser les méthodes qu’on prétend dénoncer. Et ça, pour
le coup, ce n’est plus une analogie.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire