Agression impériale contre l’Iran : le théâtre obscène de la vertu occidentale:

Il faut déjà être profondément intoxiqué pour poser la question sans rire : “Pourquoi la presse occidentale dit-elle que l’Iran tue son propre peuple ?”
Car la vraie question n’est pas pourquoi elle le dit, mais pourquoi vous la croyez encore.

Sur quoi repose cette certitude tranquille ? Sur les mêmes organes d’information qui ont vendu au monde les armes de destruction massive imaginaires en Irak ? Sur les mêmes narrations morales qui ont transformé la Libye en champ de ruines au nom d’une “protection des civils” ? L’Occident ne ment pas toujours, il recycle. Il rejoue. Il industrialise le scénario.

Acte I : diabolisation.
Acte II : simplification grotesque.
Acte III : déshumanisation.
Acte IV : bombardement humanitaire.

Rideau. Applaudissements sur fond de décombres.

L’Iran, dans ce récit, n’est jamais un pays réel. C’est une caricature utile. Une fiction commode. Un décor moral pour justifier l’injustifiable. On vous parle de “mollahs” comme on brandit une insulte, un mot devenu projectile culturel. Comme si le savoir religieux car c’est bien de cela qu’il s’agit, était en soi une tare. Mais ce n’est pas le mot qui est méprisant. C’est le regard qui l’a chargé de mépris.

Et vous reprenez ce vocabulaire en pensant penser.

Le plus obscène, pourtant, n’est pas là. Il réside dans cette posture quasi messianique : bombarder pour libérer. Détruire pour émanciper. Tuer pour sauver. L’Occident a inventé une alchimie morale unique : transformer la violence en vertu par simple rhétorique.

On a vu ce que donnait cette “libération” en Irak.
On a vu ce que donnait cette “libération” en Libye.
On la voit partout où elle passe : États disloqués, sociétés brisées, générations traumatisées.

Mais ici, l’exercice tourne à la farce brutale.

Deux puissances dont une dotée de l’arme nucléaire et l’autre qui joue à cache-cache avec — s’acharnent sur un État qui, lui, n’en possède pas. Et l’on voudrait appeler cela un rapport de force ? C’est une démonstration de puissance ? Non. C’est une démonstration de dépendance à la domination.

Pire encore : un deux contre un. Même dans une cour d’école, cela s’appelle de la lâcheté. Mais ici, cela devient une doctrine stratégique.

Et malgré cela ? Vous ne parvenez pas à faire plier ce pays.

C’est peut-être là que le réel résiste au récit.

Car l’Iran n’est pas une invention médiatique récente. Ce n’est pas un régime suspendu dans le vide. C’est une civilisation plusieurs fois millénaire. Un espace historique où se sont élaborées des formes complexes de pensée, de savoir, de stratégie. Vous croyez affronter un État contemporain ; vous vous heurtez à une profondeur historique que vos narrations instantanées ne peuvent pas contenir.

Vous pensez mener une guerre moderne contre un archaïsme. Vous jouez aux échecs contre une mémoire longue.

Et l’histoire, justement, parlons-en.

L’Iran n’a pas envahi les États-Unis.
L’Iran n’a pas attaqué leur territoire.
L’Iran n’a pas déclenché de guerre offensive récente contre une puissance occidentale.

En revanche, il a été envahi. Il a été sanctionné. Il a été encerclé, asphyxié, ciblé.

Mais dans le récit dominant, cela disparaît. L’agressé devient suspect. L’assaillant devient arbitre moral.

Et puis il y a ce détail presque gênant : le droit international.

Un État qui n’est pas soumis aux contraintes nucléaires internationales attaque un État qui, lui, a signé les accords et accepte les inspections. Et c’est ce dernier qui est présenté comme la menace.

À ce stade, ce n’est plus une contradiction. C’est une inversion assumée.

Faisons un simple exercice de projection — celui que l’Occident évite soigneusement.

Imaginez un instant qu’une puissance étrangère déclare :
“Nous n’aimons pas votre gouvernement. Nous jugeons votre société décadente. Vos valeurs nous dérangent. Nous allons donc bombarder vos villes jusqu’à ce que vous changiez.”

Vous appelleriez cela comment ?
Une mission civilisatrice ?
Ou une agression pure et simple ?

La réponse est évidente. Mais elle cesse de l’être dès que les victimes changent de visage.

Car le cœur du problème est là, nu, brutal : toutes les vies ne se valent pas dans l’imaginaire occidental. Certaines sont tragiques. D’autres sont statistiques.

Une enfant occidentale tuée est une horreur absolue.
Une enfant iranienne tuée devient un dommage collatéral.

Le langage lui-même trahit cette hiérarchie.

Et l’on ose ensuite parler de droits humains universels.

Quant aux femmes iraniennes ultime argument moral mobilisé comme un talisman elles sont devenues un prétexte commode. Non pas des sujets politiques, mais des objets discursifs. On ne les écoute pas, on les instrumentalise.

Le problème, au fond, n’est pas leur condition. C’est qu’elles ne correspondent pas à votre définition de la liberté.

Une femme libre, dans ce regard, doit être lisible par l’Occident. Visible selon ses codes. Conforme à ses attentes. Sinon, elle est aliénée par défaut.

Mais la liberté n’est pas un uniforme culturel. Et l’émancipation ne se mesure pas à l’exposition de la peau ou à l’effacement du religieux.

Ce regard n’est pas universel. Il est situé. Et il se prend pour le monde.

Pendant ce temps, la réalité est plus têtue : l’Iran est un pays où les femmes sont massivement éduquées, présentes dans les sciences, actrices de la vie intellectuelle. Cela ne correspond pas au récit simpliste — donc cela n’existe pas.

Ce qui dérange, au fond, ce n’est pas l’oppression supposée. C’est l’altérité réelle.

Et c’est là que tout se joue.

L’Occident ne supporte pas qu’un modèle différent persiste sans se soumettre. Il ne supporte pas qu’une autre définition du monde tienne debout. Alors il moralise, il caricature, il simplifie puis il frappe.

Toujours au nom du bien.
Toujours au nom de la liberté.
Toujours au nom de l’humanité.

Mais les bombes n’ont jamais libéré personne.

Elles tuent.
Elles mutilent.
Elles détruisent.
Elles traumatisent.

Et ensuite, on écrit des éditoriaux pour expliquer que c’était nécessaire.

La vérité est beaucoup plus simple, et beaucoup plus dérangeante :
on ne libère pas un peuple en le bombardant.

On le soumet. Ou on échoue.

Et parfois  comme ici on échoue malgré tout, ce qui rend l’entreprise encore plus fébrile, encore plus violente, encore plus hystérique.

Alors continuez à parler de morale. Continuez à invoquer les droits humains entre deux frappes. Continuez à croire à cette fiction confortable.

Mais ne vous étonnez pas que le reste du monde n’y croie plus.

Il a appris à reconnaître le bruit des bombes derrière le discours des valeurs.

 

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

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