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France : Un guide, un glossaire… et la République s’effondre ?

Guide spirituel

« Plus qu’un livre, un fantasme politico-théologique qui fait trembler l’imaginaire collectif de l’extrême droite »

Dans le débat public, il est devenu courant d’évoquer « les musulmans en Occident » comme s’il s’agissait d’un acteur collectif unique, doté d’une volonté homogène et d’une position claire face aux institutions démocratiques. Cette manière de parler semble naturelle. Elle est pourtant trompeuse.

Il suffit d’ouvrir un journal ou d’écouter un débat télévisé : on y parle régulièrement des « musulmans en Occident ». L’expression semble aller de soi. Elle est pourtant profondément trompeuse.

Car enfin, qui sont « les musulmans » ?

Sont-ce les jeunes urbains qui pratiquent peu mais revendiquent une identité culturelle ? Les croyants assidus ? Les intellectuels réformistes ? Les conservateurs ? Les femmes engagées dans des lectures féministes du Coran ? Les cadres parfaitement intégrés qui ne parlent jamais religion ? Les ouvriers ? Les étudiants ? Les entrepreneurs ?

Mettre tout cela sous une même étiquette donne une impression d’unité. Mais cette unité est en grande partie fabriquée par le langage.

À force de les invoquer partout, on finit par croire qu’ils existent comme un personnage collectif.
« Les musulmans pensent que… »
« Les musulmans refusent de… »
« Les musulmans doivent… »

Mais qui sont-ils, exactement ?

Un étudiant de 22 ans qui jeûne pendant le Ramadan mais vote écologiste ?
Une cheffe d’entreprise qui ne pratique pas ?
Une mère de famille attachée à la tradition ?
Un intellectuel qui milite pour une réforme théologique profonde ?
Un adolescent qui se cherche et ne sait même pas quoi croire ?

Mettre tout cela sous une même bannière, c’est commode. C’est simple. C’est rassurant.
Mais c’est faux.

Refuser de parler des musulmans comme d’un bloc ne revient pas à nier les tensions ou les difficultés. Cela revient simplement à reconnaître une évidence : aucune population de plusieurs millions de personnes ne pense d’une seule voix.

C’est dans cet ordre qu’un  ouvrage de près de 900 pages édité par La  Grande mosquée de Paris n’est pas un simple livre : c’est un manifeste pour la justice et l’inclusion. Il s’impose comme une empreinte inédite pour répondre aux critiques, aux stéréotypes et aux discriminations dont sont victimes les musulmans pratiquants, tout en affirmant la place légitime de la religion dans une société laïque.

Avec une mise en page claire et un vocabulaire pédagogique, il éclaire les fondements de l’islam : le contenu du Coran, l’histoire des compagnons du Prophète, la vie après la mort… Mais il va plus loin : il explique comment ces principes se traduisent dans le quotidien des croyants, sur des sujets souvent mal compris par la société : la consommation d’alcool (strictement interdite), l’avortement, le respect des règles alimentaires halal ou encore la signification et les pratiques du Ramadan.

Pour tous ceux qui veulent comprendre et agir

Ce guide s’adresse autant aux musulmans désireux de mieux vivre et comprendre leur foi qu’aux non-musulmans curieux de déchiffrer une religion trop souvent caricaturée. Il contient une charte, un glossaire et le compte-rendu intégral des auditions ayant permis sa rédaction.

Le glossaire, dédié à l’adaptation du discours religieux musulman en Occident, clarifie plus de 200 notions souvent mal interprétées. Il rappelle, par exemple, que le jihad signifie simplement « effort » et qu’une fatwa est un avis religieux ou juridique, et non une condamnation ou une sentence judiciaire.

Une charte pour l’égalité, le respect et la liberté

Le guide propose une charte de recommandations concrètes pour que les musulmans puissent vivre librement et dignement dans leurs sociétés :

  • Le port du voile est un choix personnel qui doit être respecté
  • Le mariage civil précède le mariage religieux
  • La laïcité n’est pas un obstacle, mais une chance pour les musulmans
  • L’égalité hommes-femmes doit être garantie
  • La science et l’islam sont compatibles, et doivent dialoguer sans préjugés

Pour combattre les préjugés et favoriser le dialogue

Ce guide est plus qu’un livre : c’est un outil de lutte contre les discriminations, les fausses idées et la stigmatisation. Il offre aux musulmans les clés pour s’affirmer sereinement dans leur foi, et aux non-musulmans les moyens de comprendre, respecter et dialoguer.

En somme, il s’agit d’un appel à la justice, à l’égalité et à l’inclusion, un instrument pour bâtir des sociétés où la religion n’est pas un obstacle, mais une richesse reconnue et respectée.

Mais pour les médias de l’extrême droite, un simple guide religieux, 900 pages, vient officiellement d’être classé et promu : plan de conquête mondiale, un papier glacé contre République : qui gagnera ?

Selon certains, ce livre n’est pas un texte, mais un manuel stratégique, un arsenal de Tajdîd et de Tamkine, un outil pour subjuguer la nation. On attend juste la livraison de codes nucléaires derrière la table de lecture.

On sait qu’en France la presse de l’extrême droite fonctionne selon une mécanique infaillible : tout devient preuve, tout devient menace, tout devient complot. Les anciens membres de structures dissoutes ?

Évidemment des agents dormants. Le Renouveau ?

Une stratégie millimétrée pour dominer. Dialoguer avec l’État ?

Entrisme cosmique. Le moindre mot musulman devient un code secret. Bravo !

Vous avez maintenant le manuel pour transformer un citoyen lambda en terroriste potentiel à temps partiel.

La religion du soupçon

Chaque phrase respire la panique : « blanchisserie idéologique », « fous d’Allah », « stratégie de terre brûlée ». Shakespeare aurait troqué Hamlet contre Le Fantôme Frériste, tant chaque consonne est poignard, chaque voyelle canon. Et le lecteur ? Émerveillé, horrifié, persuadé que la prochaine page révélera la base secrète des Frères musulmans derrière le rayon biscuits du supermarché.

L’Algérie ? Bien sûr, le grand méchant invisible. Capable de manipuler des millions de binationaux tout en signant des traités amicaux. Machiavel et Thanos réunis n’auraient pas fait mieux. La réalité, elle, n’existe plus : seule compte l’angoisse, savamment distillée au parfum de Tajdîd et de Tamkine.

La logique circulaire du catastrophisme

Le chef-d’œuvre de cette presse tient dans sa logique circulaire :

  • toute adaptation est tactique,
  • tout dialogue est stratégie,
  • toute réforme est camouflage,
  • toute preuve est déjà contenue dans l’accusation.

Résultat : quoi qu’ils fassent, les musulmans confirment la thèse. Les contradictions ? Inutiles. L’analyse ? Superflue. On n’observe plus : on soupçonne. On n’explique plus : on effraie.

L’ironie du dissident courageux

On nous présente le récit d’un commentateur comme un musulman dissident, courageux explorateur du vrai islam. Admirable ! Sauf que ce talent se déploie à transformer chaque initiative religieuse en cheval de Troie frériste, chaque glossaire en plan de conquête, chaque mosquée en blanchisserie idéologique. Le théâtre est grandiose, le spectateur médusé… mais la rigueur intellectuelle, elle, a été reléguée au vestiaire.

Le pamphlet qui se mord la queue

Ici, l’humour est noir : on pourrait presque applaudir la créativité, si ce n’était pas tragique. La vraie tragédie n’est pas ce guide. La vraie tragédie, c’est la peur qui prend le pas sur l’intelligence, la suspicion qui devient réflexe, le fantasme qui remplace le débat.

À force de crier à la guerre civile à chaque publication, chaque glossaire, chaque mosquée, on finit par ne plus distinguer le réel du théâtre. Et la démocratie ? Elle se protège non pas avec des fantasmes, mais avec de la pensée, de la nuance et du courage intellectuel.

Morale acide

Le complot permanent est confortable. Il dispense de réfléchir. Il brûle lentement, mais sûrement, la raison qu’il prétend protéger.

Le vrai danger n’est pas l’Islam. Le vrai danger, mesdames et messieurs, c’est la peur qui vous empêche de voir le monde tel qu’il est, les citoyens tels qu’ils sont, et les débats tels qu’ils devraient exister.

Alors rions, si l’on peut, de ce théâtre paranoïaque. Mais n’oublions pas : ce n’est pas le livre qui menace la République, c’est la folie qu’on projette dessus.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

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