La véritable défaite n’est pas celle de l’Iran : quand les prophètes du déclin réécrivent l'Histoire :


 Présenté comme une victoire occidentale, l'accord avec l'Iran révèle surtout les limites de la stratégie américaine et israélienne. Derrière les récits médiatiques de « défaite iranienne » se cache une réalité géopolitique bien différente : échec des objectifs militaires, discrédit diplomatique de Washington et persistance du double standard occidental.

Quand le récit médiatique s'éloigne des faits

Parler aujourd'hui de « défaite stratégique iranienne », comme le répètent en boucle les chaînes d'information, les experts de plateau et les réseaux sociaux, relève davantage de la communication politique que de l'analyse géopolitique. Il faut reconnaître un talent à certains éditorialistes contemporains : celui de transformer le moindre communiqué diplomatique en chute de Rome, le moindre compromis en Munich, le moindre cessez-le-feu en apocalypse civilisationnelle.

À les lire, Versailles ne serait plus Versailles mais une annexe de Téhéran, les États-Unis auraient déposé les armes devant les mollahs et l'Occident, dans un accès soudain de masochisme historique, aurait organisé sa propre reddition dans la galerie des Glaces.

Rien que cela. Une question simple mérite pourtant d'être posée : qui a réellement perdu ?

Depuis des mois, Benjamin Netanyahu promettait la destruction du programme nucléaire iranien, l'affaiblissement durable du régime et l'effondrement de son influence régionale. Donald Trump a fait sienne cette stratégie de confrontation en s'alignant sur les objectifs du gouvernement israélien.

Or aucun de ces objectifs n'a été atteint.

Le régime iranien est toujours en place. Son appareil d'État fonctionne. Son influence régionale demeure. Son programme nucléaire n'a pas été démantelé. Les sanctions sont allégées. Les avoirs gelés sont progressivement débloqués et de nouvelles perspectives économiques s'ouvrent. Depuis quand appelle-t-on cela une défaite ?

Les faits contredisent le récit officiel

Dans l'histoire des conflits, le vaincu paie généralement le prix de la guerre.

Il verse des réparations, cède des territoires ou accepte les conditions imposées par son adversaire. Or nous assistons ici à l'inverse.

Des fonds iraniens gelés sont débloqués. Des mécanismes de compensation économique sont évoqués. Le rôle stratégique du détroit d'Ormuz demeure intact. Si l'on s'en tient aux résultats concrets plutôt qu'aux slogans, le récit d'une capitulation iranienne devient difficile à soutenir.

Le JCPOA : une vérité que beaucoup préfèrent oublier

L'un des angles morts du débat concerne l'accord nucléaire de 2015.

Au moment de sa signature, les experts internationaux considéraient que l'Iran avait accepté le régime d'inspection le plus intrusif jamais appliqué à un État souverain.

Contrairement à une idée largement diffusée, l'Iran n'a jamais produit d'arme nucléaire. Les agences de renseignement américaines elles-mêmes ont régulièrement indiqué ne disposer d'aucune preuve démontrant l'existence d'un programme actif de fabrication d'armes nucléaires.

La rupture majeure ne fut pas iranienne. Elle fut américaine.

C'est Washington qui s'est retiré unilatéralement du JCPOA. C'est Washington qui a rétabli les sanctions. C'est Washington qui a démontré que sa signature diplomatique pouvait être annulée au gré des changements politiques internes.

Le véritable dommage stratégique est peut-être là : dans l'affaiblissement de la crédibilité américaine.

Le double standard occidental

Cette crise met également en lumière une contradiction rarement évoquée.

On exige de l'Iran qu'il renonce définitivement à toute capacité de dissuasion stratégique. Dans le même temps, la seule puissance nucléaire effective de la région échappe à tout contrôle international comparable.

On invoque le droit international lorsqu'il s'agit de condamner certains États, mais on devient soudain beaucoup plus discret lorsqu'il est question de bombardements, d'occupations ou d'opérations militaires menées par des alliés occidentaux.

Cette asymétrie n'échappe plus au reste du monde.

Et c'est précisément ce qui explique l'érosion croissante de l'influence morale et politique de l'Occident sur la scène internationale.

La paix imparfaite vaut mieux que le chaos parfait

Les partisans de l'escalade militaire évitent généralement une question essentielle : quelle était l'alternative ?

Une guerre régionale durable. La fermeture du détroit d'Ormuz. Une explosion des prix de l'énergie. Une crise économique mondiale dont les Européens auraient été parmi les premières victimes.

La négociation n'est pas toujours une victoire éclatante. Elle est souvent le choix pragmatique permettant d'éviter une catastrophe plus grande encore. Présenter chaque compromis diplomatique comme une capitulation relève davantage de l'idéologie que du réalisme.

La véritable leçon de cette crise

La véritable leçon de cette séquence n'est pas la prétendue défaite de l'Iran. C'est l'écart grandissant entre le récit médiatique occidental et la réalité observée par une grande partie du monde. Les peuples regardent les faits. Ils voient qui a rompu les accords. Ils voient qui impose les sanctions. Ils voient qui dispose de l'arme nucléaire. Ils voient qui bombarde. Ils voient qui invoque le droit international et qui l'applique à géométrie variable.

À force de confondre communication et réalité, certains commentateurs finissent par prendre leurs propres récits pour l'Histoire. Mais l'Histoire, elle, est toujours plus têtue que la propagande.

À lire, à partager et à méditer (sans majuscules d'État) ! sur https://wahrani31.substack.com/

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  

https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

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