Derrière le
vocabulaire policé de l’« apaisement », la diplomatie française
continue d’imposer ses exigences à l’Algérie : sécurité, migration, économie,
mémoire. Une tribune pamphlétaire qui démonte un discours néocolonial à peine
maquillé.
Qu’un
ambassadeur de France en Algérie ose déclarer publiquement que Paris a des «
exigences » devrait, à lui seul, mettre fin à toute illusion sur la nature
réelle des relations franco-algériennes. Ce n’est pas une maladresse. C’est un
aveu. La France n’a jamais cessé de parler à l’Algérie comme à une ancienne colonie
sommée d’obéir, de coopérer et surtout de se taire.
Sous couvert
de « normalisation », le discours français recycle les vieux réflexes impériaux
: injonctions sécuritaires, marchandage migratoire, pressions économiques et
négation obstinée de la mémoire coloniale. Le ton est feutré, mais le fond est
brutal. L’Algérie doit collaborer, contrôler, contenir, céder. Et remercier.
La fameuse «
coopération sécuritaire » n’est rien d’autre qu’une tentative désespérée de
sauver la face après l’effondrement total de la présence française au Sahel.
Chassée par des peuples lassés de la tutelle militaire, la France cherche
aujourd’hui des sous-traitants régionaux pour maintenir une influence perdue.
L’Algérie refuse. Et elle a raison. Elle n’a ni à réparer les désastres
stratégiques français, ni à sacrifier sa doctrine de non-ingérence pour
satisfaire les nostalgies d’empire.
Même logique
sur la question migratoire. La France exige que l’Algérie joue le rôle de
gendarme, de centre de rétention à ciel ouvert, au nom d’une Europe obsédée par
le contrôle des corps et des frontières. Cette obsession sécuritaire, héritière
directe du regard colonial, transforme les pays du Sud en zones de confinement
humain. Là encore, l’Algérie dit non. Et ce refus devient, aux yeux de Paris,
une faute diplomatique.
Le plus
révélateur reste l’hostilité affichée envers le projet de loi algérien
criminalisant la colonisation. La France ne supporte pas que l’Algérie nomme ce
qu’elle a subi. Car nommer, c’est accuser. Accuser, c’est exiger des comptes.
Et la France, qui se prétend patrie des droits de l’homme, refuse toujours
d’assumer les siens quand il s’agit de crimes coloniaux : massacres, enfumades,
déportations, viols, spoliations, essais nucléaires. Ce refus n’est pas de
l’ignorance, c’est une stratégie.
Mettre sur
le même plan cette loi mémorielle et la détention d’un journaliste français
relève d’un cynisme politique assumé. La mémoire de millions de victimes
algériennes n’est pas une monnaie d’échange diplomatique. Elle ne se négocie
pas. Elle ne se censure pas pour préserver le confort moral de l’ancien
colonisateur.
L’accusation
d’« arme économique » est tout aussi grotesque. Depuis quand un
État souverain n’a-t-il pas le droit de choisir ses partenaires ? Depuis quand
rompre avec une dépendance économique héritée du colonialisme devient-il un
acte hostile ? Ce que Paris appelle boycott, c’est simplement la fin
progressive de privilèges indus accordés pendant des décennies aux entreprises
françaises. Le problème n’est pas l’Algérie. Le problème, c’est la perte d’un
monopole.
Quant à
l’accord d’association avec l’Union européenne, l’utiliser comme instrument de
pression est une manœuvre indigne. Cet accord, largement déséquilibré, a
affaibli l’économie algérienne au profit des exportateurs européens. Refuser sa
renégociation équitable, c’est prolonger une relation de dépendance sous
couvert de partenariat.
Il faut
cesser de parler d’« apaisement » quand il s’agit de soumission.
Il faut cesser de parler de coopération quand il s’agit de contrôle. Et il faut
cesser de parler d’avenir commun tant que la France refusera de regarder son
passé colonial en face.
L’Algérie
n’a rien à prouver. Rien à justifier. Rien à demander.
Elle n’est
ni un partenaire mineur ni un élève diplomatique. Elle est un État souverain, avec
sa mémoire, ses choix et ses lignes rouges.
La crise
actuelle n’est pas une anomalie. Elle est le symptôme d’un mal plus profond :
l’incapacité persistante de la France à accepter la fin définitive de son
empire. Tant que cette rupture mentale ne sera pas actée, toute normalisation
restera un mensonge diplomatique de plus.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
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