Derrière la condamnation de Christophe Gleizes, une
critique mécanique de l’Algérie se répète. Une tribune dénonçant un rituel
idéologique amplifié par la presse marocaine.
Il ne s’agit plus de critique. Il ne s’agit même plus de polémique. Ce que l’on lit, une fois encore, à propos de l’Algérie et de l’affaire Christophe Gleizes relève d’un rituel parfaitement rodé, d’une mécanique idéologique répétitive où la conclusion précède toujours l’analyse. Un texte interchangeable, écrit d’avance, auquel il ne manque que le nom du prétexte du jour. Le journaliste change. Le contexte varie. Le verdict, lui, reste immuable : l’Algérie est coupable par nature.
Une liturgie médiatique bien huilée
Tout y est. Les mots-clés obligatoires. Les indignations automatiques. Les accusations générales, jamais étayées. La disqualification morale préalable qui dispense d’examiner les faits. Ce n’est pas une pensée, c’est une chorégraphie. Une mise en scène où chacun joue son rôle : le polémiste français, le diplomate recyclé en oracle, et surtout, la presse marocaine, toujours prompte à reprendre, amplifié, surjoué. Non pas pour informer, mais pour savourer.
Car dans cette affaire, la presse marocaine ne joue pas un rôle secondaire. Elle est la chambre d’écho enthousiaste, celle qui transforme une tribune idéologique en vérité régionale supposée. Ce n’est pas un hasard. C’est une ligne éditoriale.
Le droit ? Un détail encombrant
Dans ce texte, le droit est soigneusement évacué. Trop contraignant. Trop précis. Trop susceptible de fissurer le récit.
Or le fait est simple, brut, universel : exercer une activité journalistique sous couvert d’un visa touristique constitue une infraction dans la quasi-totalité des États souverains. En Europe. En Afrique. Au Maroc lui-même.
Mais quand l’Algérie applique sa loi, on ne parle plus de droit. On parle de « despotisme ». Quand d’autres le font, on invoque la sécurité nationale. Ce double standard n’est pas une erreur d’analyse : c’est une posture idéologique assumée.
La Kabylie, réduite à un accessoire narratif
La Kabylie n’est ici ni comprise ni respectée. Elle est instrumentalisée. Réduite à une abstraction commode, à un décor symbolique servant à charger l’acte d’une portée dramatique artificielle.
Le MAK est qualifié de « folklorique » tout en étant présenté comme une menace stratégique majeure. Cette contradiction flagrante n’est jamais interrogée. Pourquoi ? Parce que l’objectif n’est pas de comprendre la réalité kabyle, mais de l’utiliser contre l’État algérien.
C’est une confiscation de parole. Une négation de la pluralité kabyle. Une réduction insultante d’une région complexe à un slogan politique importé.
La justice algérienne : coupable avant jugement
Le mot revient comme un mantra : « justice politique ». Aucune analyse du jugement. Aucun examen des chefs d’accusation. Aucun texte de loi cité. Rien.
On ne critique pas une décision, on nie l’existence même d’un appareil judiciaire légitime. La justice algérienne n’est pas faillible : elle est illégitime par essence. Voilà le postulat. Tout le reste en découle.
C’est une vision profondément paternaliste, héritée d’un imaginaire où seuls certains États auraient le monopole du droit, et où les autres ne feraient que simuler.
La France comme boussole morale universelle
Comme toujours, Paris est convoquée. Le président français. Les anciens ambassadeurs. Les experts auto-proclamés de l’âme algérienne. Le message est clair : l’Algérie est sommée de rendre des comptes non à ses citoyens, mais à l’ancienne puissance coloniale.
C’est là que la critique devient obscène. Car sous couvert de défense des libertés, elle reconduit une hiérarchie implicite des souverainetés. Certaines seraient conditionnelles. D’autres naturelles.
La presse marocaine : relais militant, non observateur
Et pendant ce temps, la presse marocaine applaudit. Relaye. Amplifie. Déforme parfois, mais toujours dans le même sens. Chaque condamnation en Algérie devient preuve du « régime ». Chaque fait divers se transforme en symptôme. Chaque tribune hostile est élevée au rang d’analyse définitive.
Il ne s’agit plus d’information. Il s’agit d’un contentieux politique régional, recyclé en discours médiatique. Le ressentiment géopolitique se travestit en journalisme.
Ce n’est pas un hasard si ces textes y trouvent un tel écho. Ils confirment ce que l’on veut entendre. Ils nourrissent une narration concurrentielle où l’Algérie doit apparaître comme l’échec permanent pour que d’autres puissent se proclamer modèles.
Ce texte n’est pas une critique. C’est une récitation.
Une récitation paresseuse, confortable, sans risque intellectuel. Elle ne cherche pas à comprendre. Elle cherche à confirmer. Elle ne questionne pas. Elle assène.
L’Algérie est critiquable. Profondément. Comme tous les États. Mais la critique suppose un effort : celui de la rigueur, du droit, de la complexité. Ce texte, et ceux qui le relaient avec gourmandise, ont choisi une autre voie : celle du mépris recyclé.
À force de répéter la même litanie, ils ont fini par confondre l’écho avec la vérité. je pense qu’il n’y a rien de surprenant dans cette attitude, à moins nous soyons assez aveugles (intellectuellement, bien entendu) pour voir le monde qui nous entoure, comme une réalité où les intérêts de tout le monde convergent avec les intérêts de tout le monde et où tout le monde recherche le bonheur de tout le monde, bref, un monde des Bisounours.
A/Kader Tahri chroniqueur engagé et observateur inquiet « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme https://kadertahri.blogspot.com/
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