Depuis toujours, cette ligue est dirigée par des diplomates égyptiens, Le Caire estimant que le poste de secrétariat général lui revient de droit. L'image qui subsiste est celle d'une entité nominale, sous administration égyptienne et féodale dans ses prises de décision. Triste réalité de la diplomatie arabe, aujourd'hui sous l'emprise financière des monarchies du Golfe. Face à ce naufrage généralisé, seule Alger semble encore sortir la tête de l’eau.
Le sommet de Djeddah : entre normalisation et hypocrisie
Toute question de fond sur le massacre des populations palestiniennes, soudanaises et yéménites ayant été écartée, les chefs d’États ont simplement acté les recommandations du monarque saoudien. La déclaration finale salue certes la réadmission de la Syrie, mais elle reste muette face à l’escalade israélienne.
La Ligue arabe, en plein déclin, apparaît plus divisée que jamais sur la question de la normalisation avec Israël. Le Maroc, Bahreïn et les Émirats arabes unis ont franchi le pas en 2020, rejoignant l'Égypte et la Jordanie. Israël ne manque pas d'alliés objectifs dans la région, même si ceux-ci ont le regard fuyant sous leur shemagh...
Pendant ce temps, le conflit yéménite persiste. Il prouve abondamment l’incapacité des Saoudiens à utiliser efficacement les dizaines de milliards d’armements ultrasophistiqués achetés aux Américains ou aux Britanniques, si ce n’est pour des rééditions de Guernica contre les populations civiles.
L'invitation de Zelensky : l'alignement occidental de l'Arabie Saoudite
Le véritable flop politique du monarque saoudien réside dans l’invitation surprise du président ukrainien Volodymyr Zelensky, décidée sans aucune consultation des pays membres. Cet acte, dicté par un esprit de féodalité, brise la neutralité positive du monde arabe.
Derrière la propagande médiatique, le message est clair : l'Arabie saoudite reste profondément ancrée dans l'étreinte américaine et occidentale. Cette mise en scène vise avant tout à acheter une vertu internationale à un royaume marqué par l'obscurantisme, tout en polluant les dossiers majeurs qui auraient dû occuper le sommet : la Palestine, le Yémen et le Soudan.
Les États républicains face à la féodalité des monarchies du Golfe
De mon point de vue, les États arabes républicains et laïcs devraient sortir de ce club totalement contrôlé par la féodalité des monarques. Pour n’importe quel citoyen arabe, la Syrie demeure le cœur battant de l’arabisme. Pourtant, elle a dû faire face à des mercenaires intégristes financés par Riyad et Doha pour détruire son État laïc.
Aujourd'hui, l'Algérie n’a pas à être le supplétif de l’Arabie Saoudite. Si la Syrie doit encore composer avec l'hostilité de l'axe atlantiste (dont le Maroc et l'Arabie sont les meilleurs sujets), elle peut compter sur l'appui diplomatique de pays souverains comme la Russie, l'Iran, l'Algérie ou l'Afrique du Sud.
Rien de nouveau, ni de convaincant sous le soleil de Djeddah. La Ligue des États arabes ne réussit plus qu'une chose : se suffire à elle-même dans sa propre autodestruction.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »
