La diplomatie
française sur le cas vénézuélien semble être durement coincée, si encore il n’y
avait que celui-là pour ne pas nommer d’autres. Avec sa politique bâtie autour
du double standard, selon lequel la Russie qui attaque l’Ukraine c’est mal,
mais Israël qui attaque la Palestine c’est bien, elle fait en permanence un
grand écart intenable.
Qu’on cesse
l’hypocrisie. La France n’est pas impuissante : elle est consentante. Elle
n’est pas naïve : elle est complice. À chaque crise internationale majeure,
elle répète le même rituel obscène : se draper dans le droit international
quand il sert Washington, et l’enterrer discrètement quand il gêne ses alliés.
Le Venezuela
n’est qu’un cas parmi d’autres, mais il est exemplaire. Exemplaire de la
lâcheté européenne. Exemplaire de cette diplomatie sans colonne vertébrale qui
transforme la soumission en vertu et l’alignement en morale.
Quand la
Russie envahit l’Ukraine, la France hurle à juste titre. Quand les États-Unis
étranglent économiquement un pays souverain, soutiennent des tentatives de
renversement, violent ouvertement la Charte de l’ONU, la France regarde
ailleurs. Elle appelle cela du « pragmatisme ». En réalité, c’est
une reddition.
Le blocus : une arme de guerre, pas une sanction
Les
sanctions internationales ne sont pas des outils neutres. Elles constituent
aujourd’hui une arme de guerre non déclarée, dont les premières victimes
sont toujours les civils : pénuries, effondrement économique, exode forcé.
Présenter ces conséquences comme les seuls effets d’un « régime autoritaire »
relève de la falsification pure et simple.
Le blocus du
Venezuela n’est pas une sanction diplomatique, c’est une arme de destruction
sociale massive. Il ne vise pas un gouvernement, il vise une population. Il
ne cherche pas à corriger, mais à briser. Appauvrir, affamer, provoquer
l’exode, puis brandir cet exode comme preuve de l’échec du pays ciblé : voilà
la mécanique cynique, éprouvée, répétée.
Et la France
applaudit. Ou se tait, ce qui revient au même.
Les
pénuries, la fuite des jeunes, l’effondrement des services publics ne sont
jamais reliés aux sanctions dans le discours dominant. Elles sont attribuées à
« l’idéologie », au « régime », au « dictateur ». Toujours le même mot. Saddam,
Kadhafi, Assad, Maduro. La litanie est connue. Le scénario aussi :
diabolisation, asphyxie, intervention, ruines.
Le droit international, version occidentale
Le droit international n’est pas mort. Il a été privatisé. Il fonctionne comme un club fermé, avec ses membres intouchables et ses cibles désignées. Lorsqu’Israël rase Gaza, colonise la Cisjordanie, attaque le Liban, viole toutes les résolutions de l’ONU, la France murmure. Quand Trump piétine ouvertement les règles qu’il prétend défendre, Paris tousse poliment.
Mais que
personne ne vienne ensuite jouer les vierges effarouchées. Si la loi du plus
fort est la règle, alors qu’on aille au bout du raisonnement. Qu’on reconnaisse
explicitement que la Palestine n’a aucun droit, que seuls comptent les rapports
de force, que la victoire militaire efface toute illégalité. Qu’on l’écrive
noir sur blanc. L’hypocrisie, elle, est insupportable.
Quand la
Russie viole ce droit en Ukraine, Paris dégaine sanctions, indignation et
posture vertueuse. Quand les États-Unis imposent un blocus économique au
Venezuela, étranglant une population entière, la France se tait ou
justifie. Ce silence n’est pas une prudence diplomatique : c’est une complicité
politique.
Le même
mécanisme est à l’œuvre en Palestine. Colonisation illégale, bombardements,
violations répétées des résolutions de l’ONU : tout est documenté, tout est
connu. Pourtant, la France persiste à parler de « droit à se défendre
», vidant le droit international humanitaire de toute substance. Ce qui
est interdit aux ennemis devient tolérable pour les alliés.
Une France vassale, pas un acteur
La France
n’existe pas géopolitiquement. Elle administre, elle commente, elle ratifie.
Elle ne décide pas. Elle signe des accords commerciaux pendant que le monde
s’embrase, s’agite autour du Mercosur pendant que les bombes tombent ailleurs.
Elle attend que Washington parle, puis elle s’aligne.
Cette
posture n’est pas neutre : elle fabrique le chaos qu’elle prétend déplorer. À
force de sanctifier la violence occidentale, elle pousse des pays entiers vers
d’autres alliances, d’autres blocs, d’autres protections. Non par amour
idéologique, mais par rejet d’un ordre international truqué.
Cette
hypocrisie structurelle détruit ce que la France prétend défendre : un ordre
mondial fondé sur des règles. En validant la loi du plus fort, elle
légitime toutes les violences, y compris celles qu’elle condamnera demain,
quand elles viseront ses propres intérêts.
Les
États-Unis n’ont ni amis ni partenaires, seulement des subordonnés. L’histoire
est limpide. Ceux qui croient à un « partage du monde » négocié
sont naïfs ou de mauvaise foi. Washington veut tout, tout de suite, et par la
force si nécessaire. La France le sait. Elle feint de l’ignorer.
Mais aucun
empire n’est éternel. Tous s’effondrent sous le poids de leur arrogance et de
leur violence. Le problème n’est pas que l’empire américain tombera, il
tombera. Le problème est qu’en s’arc-boutant à ses basques, l’Europe et la
France ont choisis de tomber avec lui.
Et quand le
sol se dérobera, il sera trop tard pour invoquer des valeurs qu’on aura
soi-même piétinées.
Cette
hypocrisie structurelle détruit ce que l’Europe prétend défendre : un ordre
mondial fondé sur des règles. En validant la loi du plus fort, elle
légitime toutes les violences, y compris celles qu’elle condamnera demain,
quand elles viseront ses propres intérêts.
À force
d’alignement sur Washington, l’Union européenne accélère la fragmentation du
monde et pousse de nombreux États vers des alternatives comme les BRICS,
non par adhésion idéologique, mais par rejet d’un système international truqué.
La France dans son Europe croit acheter sa sécurité en sacrifiant le droit international. En réalité, elle achète son effacement. À force de choisir l’empire contre les peuples, elle découvrira trop tard qu’on ne survit pas longtemps comme vassal moral d’une puissance en déclin.
Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet "Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça." https://kadertahri.blogspot.com/




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