Cent soixante-cinq enfants. Des écolières. Des corps carbonisés dans ce qui,
la veille encore, était une école primaire parfaitement identifiée, connue,
active depuis une décennie. Voilà donc le visage réel de la « précision
chirurgicale » tant vantée : une précision capable de frapper une
école… puis de revenir finir le travail.
Car il faut oser regarder les faits en face. Un
premier missile endommage le bâtiment. Les parents accourent. Les secours
arrivent. Et là deuxième frappe. Délibérée ou non, elle transforme un lieu de
sauvetage en four crématoire. Dans le jargon militaire, cela porte un nom
glaçant : la double frappe. Dans le langage courant, cela s’appelle tuer des
enfants et ceux qui viennent les sauver.
Mais rassurez-vous : tout cela, bien sûr,
n’existe pas. Ou plutôt, cela n’existe pas officiellement.
Car dans le grand théâtre des responsabilités diluées, le réflexe est toujours
le même : nier, détourner, inverser. Accuser la victime de son propre massacre.
Et lorsque la réalité technique, ici, un missile identifiable, s’impose,
répondre par l’absurde. Non pas une erreur, mais une fuite en avant dans le
grotesque. Comme si le ridicule pouvait servir de bouclier moral.
La vérité dérangeante, elle, est ailleurs. Des
spécialistes militaires eux-mêmes s’étonnent : comment une telle « erreur »
est-elle possible dans un système réputé pour sa précision extrême ? Une
hypothèse circule, inquiétante, plausible : l’automatisation de la guerre. Des
algorithmes qui sélectionnent des cibles. Des machines qui classent,
priorisent, décident et des humains qui valident sans comprendre.
L’intelligence artificielle au service d’une bêtise bien humaine : celle de
déléguer la mort sans en assumer la responsabilité.
Et puis il y a ce que l’on murmure, ce que
l’on soupçonne, ce que l’on refuse d’écarter trop vite. Et si ce n’était pas
une erreur ?
Si frapper une école de filles relevait d’un message ?
D’une stratégie ?
Dans toutes les guerres modernes, la frontière entre cible militaire et
symbole à détruire s’efface dangereusement. Une école peut devenir un signal.
Un avertissement. Une démonstration de puissance.
Pire encore : la guerre contemporaine banalise
l’impensable. Cibler des familles, briser des lignées, terroriser des
populations entières pour atteindre des adversaires indirects, ces pratiques
existent, elles sont documentées, elles sont même parfois rationalisées. Alors
pourquoi serait-il inconcevable que des enfants deviennent des cibles, non pas
par erreur, mais par calcul ?
Ce qui est peut-être le plus insupportable
dans cette tragédie, ce n’est pas seulement l’horreur des faits. C’est la
mécanique qui l’entoure. L’absence de responsabilité. L’indifférence
stratégique. Le cynisme froid des discours. Car pendant que les corps sont
encore sous les décombres, les narratifs, eux, sont déjà en place. Lissage du
réel. Réécriture instantanée. Production industrielle de déni.
Et pendant ce temps, la guerre continue. Les
bombes tombent. Les déclarations s’enchaînent. Et l’on s’étonne encore que les
peuples frappés refusent de céder, refusent de croire aux promesses de paix
formulées par ceux-là mêmes qui détruisent leurs villes.
Il faut avoir une sacrée audace ou une mémoire très sélective pour proposer
des cessez-le-feu tactiques après avoir pulvérisé des écoles. Comme si une
pause dans la violence effaçait la nature de cette violence. Comme si l’on
pouvait négocier sur les cendres d’enfants.
La réalité, brutale, est la suivante : ces
crimes qu’ils soient le fruit d’une
erreur technologique, d’une négligence coupable ou d’une stratégie assumée ne sont pas des anomalies. Ils sont les
symptômes d’un système de guerre qui prétend être propre, rationnel, maîtrisé…
alors qu’il produit, inévitablement, du chaos, du mensonge et de la mort.
Cent soixante-cinq écolières. Ce n’est pas une
bavure. C’est une accusation. Et aucune rhétorique, aussi sophistiquée
soit-elle, ne pourra jamais la faire taire.
Bien sur le monde arabe semble lancé tous ses regards d’ailleurs, surtout quand
on sait que les pays arabes du Golfe ont désespérément sollicité l'aide politique
de la Russie pour persuader l'Iran de rouvrir le golfe Persique au trafic des
pétroliers, mais ils ont été sévèrement réprimandés par le ministre russe des
Affaires étrangères, pour leur refus de condamner l'attaque américaine et israélienne
non provoquée contre l'Iran et l'assassinat de la majeure partie de son
gouvernement, qui avait conduit à ce blocus.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/

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