Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

Nation algérienne : déconstruction d’un discours idéologique

Sous couvert d’analyse, sous un texte de Bernard Lugan connu pour ses positions favorables au Maroc et pour une lecture très contestée de l’histoire nord-africaine que la presse du Makhzen recycle une vieille rhétorique : celle qui consiste à délégitimer un État en niant son histoire, sa souveraineté et jusqu’à son existence nationale.

Affirmer que l’ONU aurait acté la « marocanité » du Sahara occidental est tout simplement faux. Le droit international ne fonctionne ni par insinuations ni par lectures sélectives. Le Sahara occidental reste un territoire non autonome, et aucun État, fût-il soutenu par des alliés puissants, ne peut s’arroger un droit que l’ONU n’a jamais reconnu.

Quant à l’idée selon laquelle l’Algérie aurait inventé ce conflit pour accéder à l’Atlantique, elle relève de la fiction géopolitique. Elle sert surtout à masquer une réalité dérangeante : l’Algérie n’a jamais revendiqué un centimètre de ce territoire, contrairement à ceux qui l’occupent.

Mais le plus révélateur est ailleurs. En niant l’existence de la nation algérienne, l’auteur ne produit pas une analyse audacieuse, il réactive une logique coloniale bien connue : celle qui prétend que certains peuples ne seraient pas mûrs pour l’État, pas légitimes dans leurs frontières, pas fondés dans leur souveraineté.

Ce discours n’éclaire rien. Il ne fait que projeter sur l’Algérie les contradictions d’un débat que le droit international, lui, a déjà tranché.

Voici mon analyse critique structurée, point par point, comme réponse argumentée pour démonter les fausses allégations, amalgames et sophismes du texte retenu par la presse du Makhzen.

Le texte Marocain nous présente sur le Sahara occidental sa victoire diplomatique pour nous dire que la résolution 2797 consacrerait la « prééminence » du plan d’autonomie marocain et acterait la reconnaissance internationale de la marocanité du Sahara.

- Aucune résolution de l’ONU ne reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

- Les résolutions récentes : parlent de solution politique mutuellement acceptable, restent fondées sur le droit à l’autodétermination, maintiennent le Sahara occidental sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU.

- Le plan d’autonomie marocain est qualifié de « sérieux et crédible » par certains États, mais il n’est ni endossé juridiquement par l’ONU, ni exclusif.

Confusion volontaire entre soutiens diplomatiques ponctuels et reconnaissance juridique internationale.

 Le texte  Marocain nous présente encore une fois l’accusation d’un projet algérien d’accès à l’Atlantique dont l’Algérie aurait « créé » la question sahraouie pour obtenir un accès à l’Atlantique.

- Aucune source historique ou diplomatique sérieuse ne prouve un tel objectif stratégique algérien.

-La position algérienne est constante depuis 1975 : soutien au principe d’autodétermination, alignement sur les résolutions de l’ONU, non-revendication territoriale directe.

- L’Algérie n’a jamais revendiqué un territoire sahraoui, contrairement au Maroc. Procès d’intention géopolitique sans fondement factuel.

Le texte  Marocain nous présente Sur les relations avec le Sahel, la Russie et la Libye tout en soulignant une allégation d’un isolement diplomatique, brouille avec le Sahel, divergence avec la Russie.

Simplification abusive : L’Algérie reste un acteur central en Afrique (UA, médiations régionales). Les divergences avec le Mali ou la Libye portent sur des approches sécuritaires, pas sur une hostilité stratégique.

-La Russie : entretient une relation pragmatique, non exclusive, coopère avec des acteurs parfois antagonistes (c’est une constante russe).

-Aucun État sérieux ne conditionne sa diplomatie à un alignement total avec Moscou.

La presse du Makhzen s’amuse à transformer des désaccords tactiques en rupture stratégique est malhonnête.

Le texte  Marocain nous présente que l’emprisonnement de Boualem Sansal aurait gravement terni l’image de l’Algérie. Pourtant le cas Boualem Sansal relève : du droit interne algérien et d’une procédure judiciaire (qu’on peut critiquer, mais pas instrumentaliser). De nombreux États (y compris européens et même le Makhzen Marocain emprisonnent journalistes ou intellectuels sans que leur existence nationale soit remise en cause. Juste pour amplifier amalgame entre débat sur les libertés et disqualification d’un État.

Le texte  Marocain nous parle Sur l’économie algérienne et la dépendance aux hydrocarbures pour nous apprendre que l’Algérie serait incapable de se diversifier et au bord de l’effondrement.

 -Oui, l’Algérie est dépendante des hydrocarbures — fait connu et reconnu par les autorités algériennes elles-mêmes. Mais : elle dispose d’une dette extérieure très faible, de réserves énergétiques majeures, d’une capacité budgétaire souveraine (pas sous tutelle FMI). La comparaison avec les années 1980-90 est anachronique : contexte mondial différent, infrastructures, capital humain et industrialisation incomparables. La presse du makhzen se réjouit dans son exagération catastrophiste sans mise en perspective macro-économique.

La presse du Makhzen se penche sur la démographie et les importations alimentaires pour clamer que l’Algérie ne produit rien et importe tout. L’Algérie a augmenté sa production céréalière, laitière et maraîchère, elle reste dépendante sur certains produits, comme la majorité des pays méditerranéens. L’argument « l’Algérie exportait avant 1962 » est trompeur : c’était une économie coloniale tournée vers la métropole, non vers la souveraineté alimentaire locale.

Ce récit marque la Nostalgie coloniale déguisée en argument économique de l’auteur applaudit par la presse du Makhzen.       

La presse marocaine s’inquiète sur le budget militaire et les transferts sociaux, pour avancer que l’armée et les aides sociales empêchent tout développement.

-Le budget militaire algérien : est cohérent avec la taille du pays, ses frontières et son environnement sécuritaire.

-Les transferts sociaux : existent aussi en Europe (allocations, subventions), sont un choix politique, pas une anomalie.

-Aucun État ne se développe sans stabilité sociale préalable.

Une vision néolibérale dogmatique, déconnectée des réalités sociales de la politique du Makhzen.

La presse reprend  que la nation algérienne comme non-concept et n’existerait pas historiquement, remettre en cause l’existence de la nation algérienne ne constitue pas une analyse audacieuse, mais la réactivation d’une vieille matrice coloniale, déjà discréditée par l’histoire et les sciences sociales.

Une Réponse critique fondamental, il me semble que c’est l’attaque la plus grave et la plus idéologique. Aussi je dois préciser que  La nation n’est pas une donnée immobile, mais une construction historique (Renan, Anderson).

Affirmer, comme le fait Bernard Lugan, que la « nation algérienne » serait un « non-concept » ne relève ni de l’audace intellectuelle ni du débat historiographique. Il s’agit d’une négation politique, profondément idéologique, qui s’inscrit dans une tradition discursive bien connue : celle qui consiste à contester l’existence d’un peuple pour fragiliser la légitimité de son État.

Cette thèse repose sur une conception archaïque et disqualifiée de la nation, comme si celle-ci devait nécessairement exister depuis des siècles sous la forme d’un État centralisé pour être reconnue comme légitime. Or, depuis plus d’un siècle, les sciences sociales ont démontré l’inanité de cette approche. Ernest Renan, Benedict Anderson ou Eric Hobsbawm ont établi que la nation n’est jamais une donnée naturelle ou immobile, mais une construction historique, forgée par des expériences collectives, des ruptures, des résistances et des projets politiques. À l’aune de ces critères, aucune nation moderne ne survivrait à un tel examen, pas même celles que l’auteur érige implicitement en modèles.

L’Algérie, contrairement à ce qui est insinué, ne surgit pas du néant en 1962. Elle repose sur une continuité humaine, culturelle et linguistique évidente, inscrite dans un espace maghrébin structuré depuis des siècles. Bien avant la colonisation française, ce territoire a connu des formes d’organisation politique souveraines  royaumes hammadide et zianide, dynamiques régionales intégrées, Régence d’Alger  dotées d’institutions, de frontières fonctionnelles, d’un pouvoir fiscal, d’une armée et de relations diplomatiques reconnues. Feindre d’ignorer cette réalité relève moins de l’ignorance que de la mauvaise foi.

L’argument selon lequel les régions composant l’Algérie actuelle n’auraient « jamais eu de destin commun » est tout aussi fallacieux. Il pourrait être appliqué, mot pour mot, à la quasi-totalité des États contemporains, y compris au Maroc, dont l’unification territoriale s’est opérée par conquêtes, alliances et intégrations progressives. Pourquoi, dès lors, cet argument ne serait-il mobilisé que contre l’Algérie ? La réponse est évidente : il ne s’agit pas d’histoire, mais de sélectivité idéologique.

Plus grave encore, cette négation de la nation algérienne recycle une rhétorique coloniale éculée, utilisée autrefois pour justifier la domination impériale. Déjà au XIXᵉ siècle, on expliquait que l’Algérie n’était qu’un agrégat de tribus sans conscience nationale, donc incapable de souveraineté. Ce discours servait à légitimer la conquête, la dépossession et la négation politique. Le reprendre aujourd’hui, sous couvert d’analyse, revient à ressusciter une logique de hiérarchisation des peuples, où certains seraient pleinement légitimes à disposer d’eux-mêmes et d’autres non.

En définitive, nier l’existence de la nation algérienne n’éclaire en rien les enjeux contemporains du Maghreb. Cela ne révèle qu’une chose : la difficulté persistante de certains discours à accepter qu’un État issu de la décolonisation puisse exister pleinement, souverainement et durablement, sans demander l’autorisation d’anciens récits coloniaux ou de nouveaux agendas politiques.

En conclusion  je dénonce qu’affirmer que l’Algérie serait une création artificielle sans réalité historique revient à ignorer que la quasi-totalité des États modernes, y compris au Maghreb, sont issus de processus similaires. C’est une rhétorique bien connue, héritée des discours coloniaux, qui visait à nier la capacité des peuples colonisés à former des nations.

Derrière l’apparence d’un diagnostic de parti pris se dessine donc une tentative de délégitimation politique, plus qu’une analyse rigoureuse. L’article  repris par la presse marocaine :

  • repose sur des postulats idéologiques, non sur le droit international,
  • mélange faits réels, extrapolations et contre-vérités,
  • vise moins à analyser l’Algérie qu’à : légitimer a posteriori la position marocaine sur le Sahara occidental et surtout réactiver une lecture coloniale de l’histoire nord-africaine

En final je dirai tout simplement que le récit de Bernard Lugan et sa presse marocaine  ne démontre pas l’échec de l’Algérie, mais illustre la persistance d’une rhétorique politique cherchant à délégitimer un État en niant son histoire, sa souveraineté et son droit à exister.

Ce n’est pas l’Algérie qui manque d’histoire ; ce sont ces discours qui manquent de rigueur et de courage intellectuel.

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

Aucun commentaire: