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| Le President Algerien et le Ministre Français |
À lire le dit de la presse Française consacré à la visite de Laurent Nuñez à Alger, une impression
tenace s’impose : celle d’un récit une fois de plus déséquilibré, où la responsabilité
des tensions franco-algériennes semble glisser presque mécaniquement du côté
d’Alger, tandis que le rôle de Paris demeure traité avec une retenue pour le
moins confortable, assez drôle la
lecture de la presse française dont les journaleux ont manifestement des
ambitions littéraires, au niveau de l’Académie Française de Sansal.
Ce biais n’est pas anodin. Il s’inscrit dans
une longue tradition médiatique française qui tend à présenter la relation avec
l’Algérie sous un prisme largement franco-centré. Dans l’article, l’initiative
française est valorisée, les promesses de « résultats dans les plus brefs
délais » sont relayées sans véritable mise à distance critique, et la séquence
diplomatique est décrite comme une tentative de dégel impulsée par Paris. Mais
où est l’examen sérieux des responsabilités françaises dans la dégradation
actuelle des relations ?
Car enfin, la crise entre la France et l’Algérie ne tombe pas du ciel. Elle
s’inscrit dans un enchaînement de décisions politiques, de déclarations
publiques et de choix diplomatiques dont la France est pleinement partie
prenante. Réduire implicitement la tension à une posture algérienne, ou à une
forme de blocage venu d’Alger, revient à simplifier à l’extrême une réalité
profondément bilatérale — et historiquement chargée.
Plus révélateur encore est le déséquilibre
flagrant des voix citées. La parole officielle française occupe l’espace
central : déclarations ministérielles, intentions affichées, objectifs
sécuritaires. En face, les positions algériennes apparaissent peu incarnées,
peu développées, presque périphériques. Le président Abdelmadjid Tebboune est mentionné,
certes, mais sans que sa lecture politique de la séquence ne soit réellement
explorée. Quant aux analystes algériens, aux chercheurs spécialisés ou aux voix
critiques indépendantes, ils sont tout simplement absents.
Ce type de traitement produit un effet bien
connu : il construit un récit implicite dans lequel la France agit, propose,
relance tandis que l’Algérie semble devoir répondre, suivre ou résister. Or la
réalité diplomatique est autrement plus symétrique, et souvent plus rugueuse.
Les autorités algériennes ont leurs propres contraintes internes, leur propre
lecture du rapport de force et leurs propres lignes rouges, notamment sur les
questions migratoires, mémorielles et régionales. Les ignorer ou les
sous-documenter n’aide ni à comprendre la situation, ni à éclairer le débat public.
On peut également s’étonner du faible niveau
de questionnement critique face aux promesses politiques rapportées. Annoncer
des « résultats rapides » dans le dossier franco-algérien relève presque du
rituel diplomatique tant l’histoire récente montre la lenteur, la fragilité et
parfois la réversibilité des avancées entre les deux pays. Relayer cette
formule sans la confronter au bilan des précédentes tentatives de rapprochement
revient à reprendre, au moins en partie, la narration officielle.
Informer sérieusement sur la relation
franco-algérienne exige pourtant autre chose qu’une simple chambre d’écho des
communications ministérielles. Cela suppose : de diversifier réellement les
sources, de restituer la profondeur historique du contentieux et surtout de
traiter les responsabilités de manière équilibrée.
À défaut, le risque est clair : reconduire, article après article, une
lecture partielle qui entretient les incompréhensions plutôt qu’elle ne les
éclaire.
Dans un moment où les relations entre Paris et
Alger restent fragiles, le rôle de la presse devrait être d’apporter de la
complexité, de la nuance et du pluralisme. Pas de reproduire — même
involontairement un récit diplomatique à sens unique.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/

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