Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

Indignation en kit sioniste, humanisme et compassion sélectif !

« Pendant que certains peuples meurent dans le silence, d’autres deviennent soudainement des causes “nobles” à défendre. Cette tribune décortique l’indignation sélective des intellectuels français et dénonce l’humanisme à sens unique qui masque des postures politiques et idéologiques plus que la compassion réelle. Du Soudan à Gaza, de la Libye à l’Ukraine, il est temps de rappeler que les morts méritent tous la même dignité, et que la morale ne doit pas être à géométrie variable. »

Quelle semaine formidable pour la conscience universelle.
Après mûre réflexion et sans doute un rapide coup d’œil au calendrier géopolitique — une poignée d’« intellectuels français » a décidé qu’il était temps, enfin, de s’indigner. Pas trop tôt, mais juste à temps.

Car voyez-vous, des massacres, il y en a beaucoup. Mais tous ne se valent pas. Certains sont bruyants, médiatisables, idéologiquement rentables. D’autres sont encombrants, gênants, embarrassants. Il faut savoir trier. L’humanisme, comme tout produit de luxe, ne se distribue pas à la chaîne.

Breaking news : des morts viennent d’être découverts

L’Iran, nous apprend-on, serait le théâtre du « plus sanglant des massacres », d’une « ampleur inédite et inouïe ».
Inouïe ? Vraiment ?
À Gaza, des enfants meurent sous les bombes depuis des mois  mais manifestement, ce n’était pas assez inouï.
Au Soudan, des populations entières sont massacrées mais sans doute trop loin, trop pauvres, trop noires, trop peu stratégiques.
En Libye, on a détruit un État entier au nom des droits humains  mais ça, c’était hier, et surtout « pour de bonnes raisons ».

Il faut croire que certains cadavres ont une meilleure couverture médiatique que d’autres. Une question d’angle, de lumière, de narration.

L’universalisme… mais pas pour tout le monde

Les signataires se proclament héritiers des Lumières. Admirable.
Mais apparemment, ces Lumières ont un interrupteur : on / off.

  • On, quand les victimes sont politiquement exploitables.
  • Off, quand elles dérangent un allié, un récit ou une bonne conscience occidentale.

L’universalisme devient ainsi une option facultative, comme les sièges chauffants : très agréable, mais pas indispensable.

L’ingérence militaire : le fantasme éternel du sauveur

Et bien sûr, arrive l’argument-massue, celui qu’on sort quand on n’a plus d’idées mais beaucoup de certitudes :  « militairement s’il le faut ».

Ah, l’intervention militaire humanitaire…
Ce grand classique. Ce tube intergénérationnel.

Irak : échec.
Afghanistan : échec.
Libye : désastre absolu.
Mais rassurez-vous : cette fois, promis, ça marchera.

Pourquoi ?
Parce que ce sont les mêmes qui se trompent depuis trente ans, mais avec encore plus de certitude morale. L’histoire, ici, n’est pas une leçon : c’est une nuisance.

Laïcité, tolérance… et caricature civilisationnelle

Le texte prétend défendre la tolérance tout en recyclant un lexique digne d’un manuel colonial du XIXᵉ siècle. Barbares. Obscurantisme. Autre âge. Religion-alibi.

La République islamique est critiquable évidemment.
Mais ici, ce n’est pas un régime qui est attaqué, c’est un imaginaire, une culture, une civilisation entière, réduite à un décor de barbarie. Curieuse conception de la tolérance.
Étonnante manière de défendre la laïcité en essentialisant une religion.

La mémoire historique façon buffet

On nous ressort Sartre et Foucault, soigneusement choisis comme coupables idéaux. Très pratique : ils sont morts, donc ils ne répondent pas.

Mais étrangement : aucune mention des guerres soutenues par l’Occident, aucune autocritique sur les ventes d’armes, aucun mot sur les dictatures « amies ». La mémoire fonctionne ici comme un projecteur : elle éclaire ce qui arrange et plonge le reste dans le noir.

Le summum : le “délit de non-assistance à peuple en danger”

Moment d’anthologie. Nous voilà sommés de culpabilité morale : si nous n’intervenons pas, nous serions complices.

Votre accusation ultime  le « délit de non-assistance à peuple en danger » est un chef-d’œuvre de posture morale. Aujourd’hui, bravo : votre indignation est enfin confortable, visible, et médiatiquement rentable.

Ne changez rien. Continuez à hiérarchiser les morts avec gravité, à brandir l’humanisme comme un étendard et à appeler à la guerre au nom de la paix. Grâce à vous, nous comprenons que certaines indignations ne parlent pas des victimes, mais de ceux qui les brandissent.

Question simple : où était cette même indignation quand des peuples entiers criaient déjà sous les bombes occidentales ou alliées ?
Où était cette même urgence morale ?

Sans doute coincée dans les embouteillages de la realpolitik

Conclusion : quand la morale devient un décor :

Ce texte n’est pas un appel humaniste.
C’est un spectacle sioniste, une indignation mise en scène, calibrée, idéologiquement rentable. Il ne s’agit pas de sauver des peuples.
Il s’agit de désigner les bons tyrans et les mauvais, les victimes dignes et les victimes négligeables, les morts qui méritent un communiqué et ceux qui doivent rester silencieux.

L’humanisme qui choisit ses causes, qui ferme les yeux sur certains crimes et réclame la guerre pour d’autres, n’est plus un humanisme.
C’est une posture morale en libre-service.

Et à force de s’indigner à sens unique, ces consciences autoproclamées ne révèlent qu’une chose : non pas leur courage, mais leur hypocrisie.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Football, propagande et mauvaise foi : quand la CAN devient un tract idéologique:

Il ne s’agit plus ici de sport, ni même d’analyse politique, mais d’un exercice de propagande à peine maquillé. Sous couvert de célébrer la CAN organisée au Maroc, certains textes versent dans une rhétorique agressive où l’Algérie sert de bouc émissaire commode, et le football de prétexte idéologique.

Dans la presse Marocaine, Ça sent la vassalisation !  Les personnes ayant les mauvaises opinions sur l’Algérie (uniquement) seront donc autoriser  de les exprimer, On se demande bien pourquoi ?

Une tartine d'émotion, une légère distorsion qui pourrait nous faire croire que l’Algérie pour les Algériens va très mal, sans une grande Prière collective à Palais royale du Makhzen ?
Bravo mesdames et messieurs les sujets du Makhzen (y compris les auto-proclamés) ! Vous ne pouviez pas faire moins et vous ne ferez pas plus ! Bien évidemment, rien ! Un point de détail, une peccadille, une poutre dans l'œil ça aussi, ça fait pleurer

Dès la première ligne, le ton est donné : la CAN « révèle plus qu’un événement sportif ». Traduction : le football ne sera pas analysé, il sera exploité. Le ballon rond devient un outil narratif, un décor utile pour rejouer une rivalité politique régionale déjà saturée de clichés.

L’organisation marocaine est décrite comme une réussite incontestable, unanimement saluée, presque miraculeuse. Mais cette unanimité proclamée repose sur du vide : aucun observateur nommé, aucune source indépendante, aucun rapport vérifiable. Le compliment devient auto-certification. Ce n’est pas de l’information, c’est de l’autosatisfaction éditoriale.

En face, la « presse algérienne » est convoquée comme un bloc hostile, uniforme, caricatural. Aucun média cité, aucune analyse de contenu, aucune nuance. On ne critique pas des articles, on condamne un pays. Ce procédé n’est pas journalistique : il est idéologique.

La défaite sportive de l’Algérie est ensuite érigée en faute morale et politique. Perdre ne serait pas seulement perdre, mais révéler une incapacité structurelle à accepter l’échec, un trait culturel, presque anthropologique. Le raisonnement est grotesque, mais assumé : la défaite devient preuve, le score devient diagnostic.

Le plus ironique est que le texte reproche précisément à l’Algérie ce qu’il fait lui-même : politiser le sport. Il dénonce la transformation d’un match en affaire politique tout en livrant, ligne après ligne, une lecture obsessionnellement politique de l’événement. L’accusation est un aveu.

Les mots « propagande », « falsification », « acharnement » sont répétés comme des mantras. Ils remplacent les faits. Ils dispensent de démontrer. À ce stade, le vocabulaire sert de matraque, pas d’outil analytique.

L’argument sécuritaire, lui, frôle l’indécence : 800 caméras de surveillance brandies comme trophée. Comme si la quantité de dispositifs de contrôle devenait une preuve de supériorité morale. Comme si la surveillance était synonyme de vertu. Ce glissement est révélateur.

Les accusations de violences contre arbitres et journalistes sont lancées sans la moindre source, sans enquête, sans décision officielle citée. Dans n’importe quel autre contexte, on parlerait de rumeur ou de désinformation. Ici, cela passe pour une vérité auto-évidente, car elle sert le récit exhibitionniste obscène des faiseurs de phrases sur une scène où seuls les actes comptent.

Puis vient le sommet de l’absurde : le football comme révélateur de la « nature d’un régime ». On atteint là le degré zéro de la pensée politique. Si cette logique tenait, il faudrait réécrire l’histoire mondiale à chaque Coupe du monde, classer les États selon leurs tirs cadrés et mesurer la démocratie au nombre de corners.

Enfin, l’isolement régional de l’Algérie est asséné comme une conclusion naturelle, sans aucun indicateur diplomatique, sans données concrètes, sans analyse géopolitique sérieuse. Le verdict précède l’enquête. La sentence remplace l’argument. Tout ça est très beau et très vertueux.

Conclusion

Ce texte ne célèbre pas une réussite sportive : il instrumentalise un événement pour nourrir une narration hostile, simpliste et agressive. Il accuse la propagande tout en en adoptant les ressorts les plus grossiers : généralisation, moralisation, absence de sources, disqualification de l’adversaire.

La réussite d’un pays n’a jamais eu besoin d’abaisser son voisin pour exister.
Et le football africain mérite mieux que d’être transformé en champ de bataille idéologique par des plumes qui confondent opinion, militantisme et information.
Mais ressemble plus à un exercice pour se donner bonne conscience, et est surtout pour beaucoup qui travaillent dans les médias et la presse une occasion de donner des gages au reste de la profession pas trop loin du Palais.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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CAN 2025 du Makhzen : On – Two - Three Viva la Corruption !!!!!!

La défaite du Maroc face au Sénégal à la CAN n’a pas seulement révélé une fragilité sportive passagère. Elle a surtout mis à nu l’usage de la corruption et avec un malaise plus profond : l’incapacité d’une partie du discours médiatique marocain à accepter la perte sans sombrer dans le soupçon, la hiérarchisation culturelle et le déni politique.

Ce qui s’est joué en finale de la CAN 2025 au Maroc n’est pas seulement un match de football. C’est un révélateur du réflexe dangereux de la victimisation !!!!!!

Quand une défaite devient immédiatement « étrange », quand la victoire de l’autre est décrite comme une « comédie », une « manipulation » ou une « autre façon de jouer », ce n’est plus du sport : c’est un déni. Un refus brutal d’admettre que le Maroc peut perdre, même en étant fort, même en étant favori.

Le Sénégal n’a pas triché. Il n’a pas humilié. Il n’a pas confisqué le jeu. Il a résisté, protesté dans un cadre réglementaire, tenu mentalement et gagné. Point. Tout le reste relève d’une victimisation nationale devenue réflexe politique.

Le plus grave n’est pas la colère. Le plus grave est le glissement idéologique : opposer un Maroc « rationnel », « méthodique », « moderne » à une Afrique réduite à la ruse, à l’émotion et à l’irrégularité. Cette vision n’est ni neuve ni innocente. Elle recycle, sous couvert de football, des hiérarchies coloniales que l’on croyait dépassées.

Parler d’« Africains » comme d’un bloc homogène, face à un Maroc qui serait « à part », c’est nier une évidence : le Maroc est africain, pleinement, totalement, sans astérisque. Et l’Afrique n’est pas une essence mais un champ de luttes, de styles, de choix, de tactiques.

Le penalty raté n’est pas un symbole mystique. Il n’est ni le signe d’un complot, ni d’un malaise africain, ni d’un sabotage psychologique. C’est un échec sportif individuel, inscrit dans un cadre collectif. Le reste est une fuite.

Ce discours de soupçon permanent abîme tout : le football, l’intelligence du public, la relation aux autres peuples africains, et notre propre capacité à progresser. Une nation qui se veut forte doit d’abord être responsable. Et une équipe qui aspire au sommet doit apprendre une chose essentielle : perdre sans salir le jeu.

Le football n’est pas un tribunal identitaire.la vraie maturité n’est pas de gagner toujours.
C’est de savoir perdre sans salir le jeu, ni l’adversaire, ni le continent auquel on appartient pleinement.

À force de parler de « match étrange », de « comédie dramatique », de comportements « indignes », on glisse dangereusement d’une analyse sportive vers une délégitimation de l’adversaire. Le Sénégal n’a pas volé sa victoire. Il a joué selon les règles, avec sang-froid et maîtrise, pendant que le Maroc, pourtant talentueux, n’a pas su faire la différence au moment décisif.

Ce match n’est pas un drame africain, ni une trahison, ni une comédie obscure.
C’est une défaite difficile, dans un contexte de forte attente collective.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Affaire Christophe Gleizes : un prétexte à l’arrogance médiatique du Makhzen

Sous couvert de défendre un journaliste français détenu en Algérie, une partie de la presse marocaine s’est lancée dans une opération bien connue : transformer une affaire judiciaire complexe en tribunal idéologique contre l’État algérien, avec menaces, chantage symbolique et jubilation punitive.
L’article intitulé « plier ou subir une éjection du Mondial 2026, l’Algérie a (déjà) choisi » ne relève ni de l’analyse ni de l’information. Il relève de la mise en scène d’une capitulation attendue, présentée comme une humiliation méritée.

Il faut le dire clairement : ce texte ne défend pas la liberté de la presse, il défend un rapport de domination.

La FIFA, nouvelle police morale du monde ?

L’argument central de cette tribune repose sur une fable : la FIFA serait devenue une autorité morale mondiale, prête à sanctionner un État pour une violation des droits humains.
C’est non seulement faux, mais indécent.

La FIFA : a fermé les yeux sur des milliers de morts sur les chantiers du Mondial au Qatar, collabore sans sourciller avec des régimes autoritaires, n’a jamais exclu un pays pour emprisonnement de journalistes, même massif.

Brandir aujourd’hui la menace d’une exclusion de l’Algérie relève soit de l’ignorance crasse, soit de la manipulation consciente. La FIFA n’est pas un tribunal des droits humains. Elle est une organisation d’intérêts, profondément politique quand cela l’arrange, silencieuse quand cela rapporte.

Le football comme arme de chantage collectif

L’idée selon laquelle l’équipe nationale algérienne serait la “vitrine” d’un régime qu’il faudrait punir est une insulte : aux joueurs, aux supporters, à un peuple qui vit le football comme un espace d’émotion et d’unité, pas comme un instrument de pouvoir.

Menacer d’exclure une sélection nationale d’une Coupe du monde pour faire pression sur un État, c’est punir collectivement une population au nom d’une morale à géométrie variable.
C’est exactement le contraire d’un combat pour les droits humains.

Une indignation sélective, donc discréditée

Pourquoi cette mobilisation spectaculaire ?
Pourquoi cette pression médiatique ?
Pourquoi cette rhétorique quasi belliqueuse ?

La réponse est simple : le rapport de force est jugé favorable.

Des journalistes croupissent en prison : en Égypte, en Turquie, au Maroc, en Arabie saoudite.

A-t-on vu la FIFA débarquer dans leurs procès ?
A-t-on lu des éditoriaux annonçant leur humiliation sportive ?
Non.

Ce deux poids deux mesures, suffise à disqualifier moralement le discours tenu contre l’Algérie.

Le texte incriminé ne se contente pas de critiquer une décision judiciaire. Il adopte un ton de mépris constant : “régime irrationnel”, “puéril”, “se déculotter”.

Ce vocabulaire n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une longue tradition où l’Algérie est sommée de : céder, s’expliquer, se justifier, puis s’humilier.

Ce n’est plus une défense d’un journaliste. C’est une jouissance politique, celle de voir un État anciennement colonisé placé sous tutelle morale permanente.

Mais une cause juste ne se défend pas par des méthodes injustes.
Transformer un journaliste en levier de chantage sportif et diplomatique est une faute politique grave y compris envers lui.

Conclusion

À force de menacer, de moraliser et d’exiger des capitulations publiques, certains éditorialistes oublient une réalité dérangeante : la défense des droits humains ne supporte ni le deux poids deux mesures, ni l’amnésie sélective.

Car pendant que l’on brandit l’affaire Christophe Gleizes comme un étendard pour exiger l’humiliation politique et sportive de l’Algérie, le silence est assourdissant sur d’autres injustices, pourtant flagrantes, documentées et actuelles.

À 83 ans, gravement malade et détenu à l’isolement, Mohamed Ziane mène une grève de la faim dans les prisons marocaines. Ancien ministre délégué aux droits de l’homme, avocat, ancien bâtonnier du barreau de Rabat et figure centrale de la vie politique marocaine, il incarne aujourd’hui une vérité que beaucoup préfèrent taire : au Maroc aussi, la justice est devenue une arme politique, utilisée pour neutraliser les voix critiques et régler des comptes politiques.

Son état de santé est alarmant. Sa détention est indéfendable.
Et pourtant, malgré l’intervention formelle du Comité des droits de l’homme des Nations unies, qui a demandé un aménagement de peine pour des raisons humanitaires et médicales dans l’attente de l’examen au fond de la plainte déposée par l’ONG AlKarama, les autorités marocaines ont choisi le passage en force. Pire : cette demande onusienne a été suivie non d’un geste d’apaisement, mais de la réactivation opportune d’une nouvelle procédure judiciaire, fondée sur un supposé détournement de fonds datant de 2015. Une manœuvre transparente. Un acharnement judiciaire assumé.

Où sont alors les éditoriaux indignés ?
Où sont les menaces d’exclusion sportive ?
Où est la FIFA, soudain si concernée par la morale judiciaire ?

Ce silence révèle l’essentiel : ce qui est dénoncé n’est pas l’injustice, mais l’injustice commise par les “mauvais” États. Les autres bénéficient d’une indulgence stratégique, d’un mutisme complice, voire d’une protection médiatique.

La liberté de la presse, la dignité humaine et l’État de droit ne sont pas des armes à dégainer contre des adversaires géopolitiques, puis à rengainer face à des alliés. Elles sont indivisibles ou elles ne sont rien.

À défaut de cette cohérence minimale, les grandes envolées morales ne sont plus que ce qu’elles sont réellement : des instruments de pression politique, habillés du vocabulaire des droits humains. Et c’est précisément cette instrumentalisation qui, loin de faire avancer la justice, la discrédite.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Algérie–France : le déni mémoriel, dernier refuge de la domination coloniale

En marge de l’hommage rendu à Hocine Aït Ahmed à Alger, parrainé par Edgar Morin, sociologue, philosophe et membre d’honneur de la fondation Hocine Aït Ahmed, je tiens à retenir les déclarations de l’historien français Benjamin Stora ont, une fois encore, mis en lumière une réalité que la France continue de contourner : la crise mémorielle entre l’Algérie et la France n’est ni accidentelle ni conjoncturelle. Elle est le produit d’un déni historique organisé, qui prolonge sous des formes contemporaines la domination coloniale exercée pendant plus d’un siècle.

Lorsque Benjamin Stora affirme que la France doit encore « reconnaître plein de choses », il désigne une responsabilité lourde que l’État français refuse d’assumer pleinement. La colonisation de l’Algérie ne fut pas une « œuvre civilisatrice » ni une simple parenthèse de l’histoire, mais un système structuré de dépossession, de violences de masse, de racisme institutionnel et de négation de l’existence politique du peuple algérien. Reconnaître cette réalité ne relève pas d’un geste symbolique : c’est une obligation politique et morale.

La question des restitutions en constitue l’un des marqueurs les plus révélateurs. Restes humains de résistants algériens conservés dans les musées français, archives confisquées, biens culturels spoliés : le refus persistant de restituer pleinement ces éléments relève d’une violence symbolique continue. Il s’agit d’un prolongement direct de la logique coloniale d’appropriation et de domination, travestie aujourd’hui en prudence administrative ou en débat académique. Tant que la France se réservera le droit de décider seule de ce qui peut être rendu ou non, elle perpétuera un rapport asymétrique hérité de l’ordre colonial.

Le contexte politique français aggrave encore cette impasse. La montée en puissance de l’extrême droite n’est pas un simple accident électoral ; elle s’inscrit dans une continuité idéologique avec le passé colonial. Nostalgique de l’Empire, hostile à toute reconnaissance des crimes coloniaux, cette mouvance refuse d’accepter l’indépendance de l’Algérie comme une victoire légitime d’un peuple en lutte. Elle impose dans le débat public un récit national falsifié, où la violence coloniale est minimisée et où la mémoire algérienne est systématiquement disqualifiée.

Mais réduire le problème à l’extrême droite serait une erreur. Le blocage mémoriel est avant tout un choix politique d’État. Le rapport remis par Benjamin Stora en janvier 2021, pourtant modéré et largement consensuel, proposait des mesures claires : ouverture accrue des archives, reconnaissance explicite de la responsabilité de l’État français, poursuite des restitutions, reconnaissance officielle d’événements majeurs comme les massacres du 17 octobre 1961. Le fait que ces recommandations soient restées largement lettre morte révèle l’absence de volonté réelle de rompre avec l’héritage colonial.

Ce refus n’est pas neutre. Il structure encore aujourd’hui les relations entre l’Algérie et la France, dans les domaines diplomatique, économique et migratoire. Le déni mémoriel nourrit une posture post-impériale où la France continue de se penser en donneuse de leçons, tout en refusant l’égalité mémorielle et politique avec son ancienne colonie. La mémoire devient alors un outil de pouvoir, utilisé pour maintenir une hiérarchie entre les récits et les souffrances.

Il faut le dire clairement : tant que la France refusera de reconnaître l’histoire de l’indépendance algérienne comme une libération légitime et irréversible, toute invocation de la « réconciliation » restera vide de sens. Il ne peut y avoir d’apaisement durable sans vérité, ni de partenariat équilibré sans reconnaissance pleine et entière des crimes coloniaux.

L’heure n’est plus aux formules prudentes ni aux gestes symboliques fragmentaires. La France doit assumer explicitement sa responsabilité d’État dans la colonisation de l’Algérie, engager des restitutions complètes et irréversibles, ouvrir sans restriction l’ensemble des archives coloniales et reconnaître sans ambiguïté la légitimité historique de la lutte de libération nationale.
À défaut, le discours mémoriel français continuera d’être non pas un travail de vérité, mais le prolongement politique d’une domination que l’histoire a pourtant déjà condamnée.

L’affirmation de Benjamin Stora selon laquelle l’extrême droite française est « résolument opposée à toute concession envers l’Algérie » appelle une mise en miroir tout aussi assumée : l’Algérie, depuis la rupture ouverte par les déclarations d’Emmanuel Macron, n’a cessé d’affirmer avec constance qu’elle ne cédera rien sur le terrain de la mémoire. Il ne s’agit pas d’une posture, mais d’une ligne politique claire, fondée sur une exigence de vérité et de justice.

Car ce que certains voudraient cantonner à un simple « dossier mémoriel » relève en réalité de crimes historiques majeurs, de violences systémiques et de pratiques qui, par leur ampleur et leur nature, interrogent le droit international et la responsabilité des États. Les nostalgiques de « l’Algérie française », enfermés dans la négation et la rancœur, devront se résoudre à cette réalité irréversible : la colonisation n’a jamais été qu’une parenthèse imposée par la force, un accident sanglant de l’histoire algérienne, et non un héritage légitime à défendre ou à réhabiliter.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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CAN.2025 : Le Makhzen dans sa fièvre de Mensonge, fièvre de Corruption :

l’obsession du pouvoir pour le football comme outil de prestige et de diversion, au détriment des urgences vitales : santé, éducation, logement et dignité humaine. Derrière les stades flambant neufs et les trottoirs repeints à la hâte se dessine un choix politique assumé : privilégier l’image internationale et le spectacle de masse plutôt que la vie réelle des citoyens. Une critique frontale d’un modèle de développement fondé sur la vitrine, la communication et l’oubli organisé des plus vulnérables.

Le Makhzen du Maroc avait tout misé dans le football  pour en faire un opium du peuple. Mais, cette drogue est tellement forte et le Makhzen tellement obstiné  d’essayer d’en faire quelque chose d’utile pour sortir avec une belle vitrine pour le Maroc. Mais le Maroc n’a pas réussi à emporter cette coupe, La baraka  du mensonge et de la corruption n’a été de retour, Le tout dans une ambiance de délire collectif, à la fois triste et agressif. On avait envie plus de les plaindre que de les punir.

 Quelque chose de l’épidémie dansante royale a envahi les âmes de ces pauvres diables. A croire que l’âme marocaine est malade, mentalement malade. Qui l’a rendu malade ? La corruption fragrante, le mensonge royal et la prostitution  à grande échelle.  Il s’agit d’un cas clinique.

Le Maroc ne joue pas au football : il l’exploite. Il ne gagne pas par le génie sportif, mais par l’efficacité d’un système qui sait recruter les bons cadres… à condition qu’ils soient dociles, corrompus ou parfaitement alignés. La vraie question n’est donc pas de savoir comment le Maroc réussit dans le football, mais pourquoi cette compétence miraculeuse disparaît dès qu’il s’agit d’éducation, de santé ou de justice sociale.

Car enfin, comment expliquer qu’un État capable de sortir des stades en douze mois soit incapable de sauver des hôpitaux laissés à l’agonie depuis des décennies ? Comment justifier qu’on refasse trottoirs, avenues et façades entières pour un match de football, pendant que les sinistrés du séisme de Marrakech croupissent encore dans l’attente d’un logement digne, noyés sous les promesses et les communiqués ?

Ce n’est pas une contradiction. C’est un choix politique. Clair. Brutal. Assumé.

Les élites ont tranché : le spectacle avant le soin, la vitrine avant la vie, l’image avant l’humain. Une voie non inclusive, profondément inégalitaire, et dont l’efficacité économique relève du mythe. Car le « décollage » tant promis n’est jamais venu. Les analystes sérieux le savent ; seuls les touristes émerveillés et les journalistes pressés continuent de confondre un aéroport clinquant avec le développement, un stade moderne avec la prospérité.

Nous vivons une époque dure, violente, dominée par les rapports de force. Le monde ne récompense plus la douceur, mais l’image de puissance. Le football est devenu un outil politique global, une arme de diversion massive. Il passe avant tout. Avant l’école. Avant l’hôpital. Avant la dignité et dans cette logique-là, il n’y a pas de citoyens : il n’y a que des figurants.

Malheur aux vaincus !

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Par malaise identitaire la France a-t-elle peur de l’immigration ?

 

Derrière les discours sur l’immigration et la laïcité, se cache une crise plus profonde : celle du rapport de la société française au sens  identitaire,  le monde est à leurs yeux de plus en plus dangereux. L’immigration est la première de leurs préoccupations. Ils soutiennent massivement la fermeture des frontières aux migrants et éprouvent une défiance élevée à l’égard des musulmans.

La France affirme, depuis plusieurs années, sa crainte face à l’immigration. Cette inquiétude structure les débats politiques, alimente les controverses médiatiques et se traduit dans les urnes. Elle est généralement justifiée par des arguments sécuritaires, culturels ou socio-économiques. Pourtant, une lecture attentive du malaise français révèle une réalité plus complexe : ce qui trouble la société n’est pas uniquement l’arrivée de populations étrangères, mais ce que cette présence rend visible et interroge en profondeur.

Car l’immigration, telle qu’elle est perçue aujourd’hui, agit comme un révélateur. Elle met en lumière une fracture moins souvent nommée : le rapport ambigu, voire conflictuel, de la France contemporaine au religieux et, plus largement, au sacré. Ce qui dérange n’est pas tant l’altérité culturelle que l’expression assumée d’une foi dans l’espace public. Ce n’est pas l’étranger en tant que tel, mais ce qu’il rappelle à une société qui se pensait définitivement sortie du religieux.

La France est pourtant façonnée par une longue histoire spirituelle. Le christianisme a structuré son imaginaire, son patrimoine, sa pensée et ses institutions. La laïcité, dans son esprit fondateur, n’avait pas pour vocation de nier la foi, mais de garantir la liberté de conscience et de permettre la coexistence pacifique des croyances. Or, au fil du temps, ce principe juridique s’est parfois transformé en norme culturelle implicite, valorisant l’invisibilisation du religieux comme condition de l’ordre social.

Dans ce contexte, la visibilité d’une religion vécue de manière quotidienne dans les pratiques, les rythmes de vie, les signes corporels entre en tension avec une société largement sécularisée. Cette tension ne repose pas nécessairement sur un rejet doctrinal, mais sur une gêne plus diffuse : celle de voir réapparaître, au cœur d’un espace public rationalisé, une dimension que l’on croyait reléguée au passé ou à la sphère strictement privée.

Le malaise français est donc moins religieux qu’existentiel. Il interroge la capacité collective à définir ce qui fonde encore le projet commun. La France peine aujourd’hui à dire si elle est une culture, une mémoire, une promesse politique ou une simple organisation administrative. Cette indétermination fragilise le débat public. Faute de repères symboliques clairs, la laïcité est parfois mobilisée comme un rempart défensif, non contre une menace réelle, mais contre une inquiétude plus profonde : celle de voir remit en question un modèle de société qui peine à donner du sens.

Les débats autour de l’assimilation, du voile ou des pratiques religieuses traduisent ainsi une asymétrie spirituelle. D’un côté, des individus pour qui la transcendance continue de structurer l’existence ; de l’autre, une société largement désenchantée, où le religieux a perdu sa centralité. Cette coexistence devient conflictuelle lorsque la foi demeure visible, assumée, et qu’elle met en lumière le vide symbolique laissé par son effacement.

Dire que la France aurait peur d’une religion spécifique serait donc une simplification. Ce qui inquiète davantage, c’est ce que cette religion comme toute foi vivante vient rappeler : que la modernité n’a pas répondu à toutes les questions, que le progrès matériel ne suffit pas à combler le besoin de sens, et que la rationalité politique ne peut, à elle seule, fonder une vision complète de l’humain.

Pourtant, la tradition intellectuelle française s’est longtemps distinguée par sa capacité à penser ensemble la raison et l’esprit. Philosophes, écrivains et penseurs ont su reconnaître que l’homme ne se réduit ni à son utilité sociale ni à sa fonction économique. Oublier cette profondeur revient à déplacer le débat vers des peurs secondaires, tout en évitant la question centrale.

L’enjeu contemporain dépasse donc largement la seule question migratoire. Il concerne la capacité de la France à se réconcilier avec sa propre profondeur, à reconnaître que la foi — lorsqu’elle s’inscrit dans le respect du cadre commun et de la dignité humaine ne constitue pas une menace, mais un fait social et existentiel incontournable. Le silence spirituel n’est pas nécessairement un progrès ; il peut aussi être le signe d’un appauvrissement.

La véritable question n’est donc pas seulement : qui arrive ?
Elle est plus dérangeante : qui sommes-nous devenus pour trembler ainsi devant le sacré ?

Tant que cette interrogation restera implicite, la France continuera de débattre bruyamment de l’immigration, tout en taisant ce qui, en profondeur, la met réellement en crise.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

 

 

 


Du football à l’immigration : l’amalgame français !

À chaque grande compétition impliquant l’Algérie, le même scénario se répète dans le débat public français. Une polémique sportive surgit, un incident marginal est médiatisé, et aussitôt ressurgit un discours qui ne parle plus de football, mais d’immigration, de loyauté nationale, de menace intérieure et de mémoire coloniale. Ce n’est plus de l’analyse : c’est du confusionnisme ou mieux encore c’est littéralement un meeting politique, les comiques de médias peuvent être amusants, mais là !

Et il est temps de le dire clairement.

Une double stratégie diabolisation médiatique et coercition administrative fragilise non seulement les Algériens de France, mais aussi l’idée même d’une relation apaisée entre deux pays, au moment où le l’extrême droite brosse hypocritement dans le sens du poil. Gouverner par la rancune et la punition collective n’a jamais produit autre chose que du ressentiment. Et l’administration, lorsqu’elle devient instrument de règlement de comptes diplomatiques, cesse d’être un service public pour devenir une arme politique.

Le football comme prétexte idéologique

La Coupe d’Afrique des nations n’est ni un test d’intégration, ni un référendum identitaire, ni un indicateur de la cohésion nationale française. Les polémiques arbitrales, les accusations de favoritisme et les frustrations collectives sont consubstantielles au football mondial. Elles existent à tous les niveaux, dans toutes les compétitions, sur tous les continents.

Faire croire que les supporters algériens auraient une relation singulière, pathologique ou dangereuse à la défaite relève d’une falsification intellectuelle. Ce n’est pas une analyse : c’est une mise en récit anxiogène.

La minorité violente comme alibi moral

Les polémiques arbitrales, accusations de favoritisme et soupçons de complot sont structurelles au football, en Afrique comme ailleurs.

Le Maroc, le Sénégal, le Nigeria, l’Égypte ou le Cameroun ont tous, à différents moments, dénoncé l’arbitrage.

Les réactions émotionnelles des supporters algériens ne sont ni uniques ni spécifiques.

Les réseaux sociaux amplifient ces réactions en donnant une visibilité disproportionnée aux discours extrêmes.

Parler d’un « droit de gagner » refusé aux Algériens relève donc d’une perception subjective, pas d’un fait objectivable.

Oui, des incidents ont eu lieu. Oui, ils sont condamnables. Mais leur instrumentalisation est révélatrice. Depuis quand juge-t-on une population de plusieurs millions de personnes à l’aune de quelques dizaines ou centaines d’individus ?

Ce raisonnement n’est jamais appliqué aux autres groupes sociaux ou nationaux. Il ne l’est que lorsqu’il s’agit des Algériens ou des Français d’origine algérienne. Ce deux poids deux mesures n’est pas un accident : c’est un choix politique et médiatique.

L’obsession démographique comme fantasme

La litanie des chiffres contradictoires sur l’immigration algérienne, accompagnée de l’accusation systématique de mensonge institutionnel, ne vise pas à informer mais à inquiéter. Peu importe que les catégories statistiques soient connues, discutées et transparentes : le soupçon tient lieu de preuve.

Cette obsession démographique révèle moins une réalité objective qu’une peur diffuse, nourrie par des discours qui confondent volontairement immigrés, descendants d’immigrés, nationaux français et figures fantasmées de l’« envahissement ».

Intégration : le procès moral permanent

Le discours dominant finit toujours par converger vers la même accusation implicite : les Algériens ou leurs descendants n’aimeraient pas la France. C’est une affirmation grave, rarement démontrée, souvent répétée.

Elle permet surtout d’éviter de parler des causes structurelles des difficultés sociales : inégalités territoriales, discriminations persistantes, déclassement économique. En transformant une question sociale en procès moral, on exonère les politiques publiques de toute responsabilité.

La mémoire coloniale instrumentalisée, encore et toujours

Comparer les relations franco-algériennes à des analogies historiques extrêmes relève moins de l’ignorance que de la manipulation. La mémoire coloniale est ici utilisée comme une arme rhétorique, non pour comprendre, mais pour disqualifier.

Faire porter à des individus vivant en France la responsabilité de discours étatiques algériens est une absurdité logique. Mais c’est une absurdité commode : elle permet de transformer une histoire conflictuelle en accusation contemporaine.

La racialisation : le point de non-retour

Lorsque la couleur de peau d’un arbitre devient un élément d’analyse, le débat a déjà sombré. Introduire la race là où elle n’a aucune pertinence sportive ou sociale n’est pas un dérapage : c’est un choix idéologique.

Et le plus grave est sans doute là : dénoncer le racisme de certains supporters tout en essentialisant, en retour, une population entière. On ne combat pas l’essentialisation par l’essentialisation. On ne combat pas le racisme par le soupçon racial.

Ce que ce débat dit vraiment de la France

Ce débat ne dit pas grand-chose de l’Algérie. Il parle surtout de la France, de son incapacité persistante à penser sereinement son passé colonial, sa diversité contemporaine et ses espaces de défoulement symbolique, comme le football.

À force de tout confondre — sport, immigration, insécurité, mémoire — on fabrique exactement ce que l’on prétend redouter : du ressentiment, de la défiance et une polarisation toujours plus brutale.

La rigueur intellectuelle impose une exigence minimale : distinguer les faits, refuser les amalgames, et cesser d’utiliser le football comme substitut à un débat politique que l’on n’ose pas mener frontalement.

Le reste n’est pas de l’analyse. C’est de la peur mise en mots.

Ce débat n’est pas pollué par l’Algérie, ni par ses supporters, ni même par le football. Il est pollué par une paresse intellectuelle devenue méthode, par une obsession identitaire recyclée à chaque événement sportif, et par une incapacité chronique à distinguer faits, émotions et fantasmes. En faisant du football africain un tribunal de l’immigration algérienne, certains commentateurs ne décrivent pas une réalité : ils projettent une angoisse.

L’amalgame est devenu un réflexe. L’incident, une preuve. Le soupçon, une démonstration. Et la race, un sous-texte jamais assumé mais toujours mobilisé. Ce n’est plus de l’analyse, c’est une mécanique. Une mécanique dangereuse, car elle transforme chaque match en prétexte, chaque défaite en accusation collective, chaque Algérien en suspect symbolique.

À force de refuser la complexité, on fabrique de la défiance. À force de confondre sport, immigration et mémoire coloniale, on alimente le ressentiment que l’on prétend dénoncer. Et à force de parler des Algériens sans jamais parler sérieusement des politiques françaises, on entretient une illusion commode : celle d’un problème extérieur, culturel, presque anthropologique.

Il serait temps d’avoir le courage intellectuel de le reconnaître : ce débat ne dit rien de l’Algérie. Il dit tout d’une France qui préfère régler ses comptes identitaires par procuration, dans les tribunes de football, plutôt que d’affronter lucidement son histoire, ses fractures sociales et ses responsabilités politiques.

Le reste n’est pas une controverse. C’est une fuite.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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