« Pendant que
certains peuples meurent dans le silence, d’autres deviennent soudainement des
causes “nobles” à défendre. Cette tribune décortique l’indignation sélective
des intellectuels français et dénonce l’humanisme à sens unique qui masque des
postures politiques et idéologiques plus que la compassion réelle. Du Soudan à
Gaza, de la Libye à l’Ukraine, il est temps de rappeler que les morts méritent
tous la même dignité, et que la morale ne doit pas être à géométrie variable.
»
Quelle
semaine formidable pour la conscience universelle.
Après mûre réflexion et sans doute un rapide coup d’œil au calendrier
géopolitique — une poignée d’« intellectuels français » a décidé qu’il était
temps, enfin, de s’indigner. Pas trop tôt, mais juste à temps.
Car
voyez-vous, des massacres, il y en a beaucoup. Mais tous ne se valent pas.
Certains sont bruyants, médiatisables, idéologiquement rentables. D’autres sont
encombrants, gênants, embarrassants. Il faut savoir trier. L’humanisme, comme
tout produit de luxe, ne se distribue pas à la chaîne.
Breaking news : des morts viennent d’être découverts
L’Iran, nous
apprend-on, serait le théâtre du « plus sanglant des massacres », d’une «
ampleur inédite et inouïe ».
Inouïe ? Vraiment ?
À Gaza, des enfants meurent sous les bombes depuis des mois mais manifestement, ce n’était pas assez
inouï.
Au Soudan, des populations entières sont massacrées mais sans doute trop loin,
trop pauvres, trop noires, trop peu stratégiques.
En Libye, on a détruit un État entier au nom des droits humains mais ça, c’était hier, et surtout « pour de
bonnes raisons ».
Il faut croire
que certains cadavres ont une meilleure couverture médiatique que d’autres. Une
question d’angle, de lumière, de narration.
L’universalisme… mais pas pour tout le monde
Les
signataires se proclament héritiers des Lumières. Admirable.
Mais apparemment, ces Lumières ont un interrupteur : on / off.
- On, quand les victimes sont
politiquement exploitables.
- Off, quand elles dérangent un
allié, un récit ou une bonne conscience occidentale.
L’universalisme devient ainsi une option facultative, comme les sièges chauffants : très agréable, mais pas indispensable.
L’ingérence militaire : le fantasme éternel du sauveur
Et bien sûr,
arrive l’argument-massue, celui qu’on sort quand on n’a plus d’idées mais
beaucoup de certitudes : « militairement
s’il le faut ».
Ah,
l’intervention militaire humanitaire…
Ce grand classique. Ce tube intergénérationnel.
Irak :
échec.
Afghanistan : échec.
Libye : désastre absolu.
Mais rassurez-vous : cette fois, promis, ça marchera.
Pourquoi ?
Parce que ce sont les mêmes qui se trompent depuis trente ans, mais avec
encore plus de certitude morale. L’histoire, ici, n’est pas une leçon : c’est
une nuisance.
Laïcité, tolérance… et caricature civilisationnelle
Le texte
prétend défendre la tolérance tout en recyclant un lexique digne d’un manuel
colonial du XIXᵉ siècle. Barbares. Obscurantisme. Autre âge.
Religion-alibi.
La
République islamique est critiquable évidemment.
Mais ici, ce n’est pas un régime qui est attaqué, c’est un imaginaire,
une culture, une civilisation entière, réduite à un décor de barbarie. Curieuse
conception de la tolérance.
Étonnante manière de défendre la laïcité en essentialisant une religion.
La mémoire historique façon buffet
On nous
ressort Sartre et Foucault, soigneusement choisis comme coupables idéaux. Très
pratique : ils sont morts, donc ils ne répondent pas.
Mais
étrangement : aucune mention des guerres soutenues par l’Occident, aucune
autocritique sur les ventes d’armes, aucun mot sur les dictatures « amies
». La mémoire fonctionne ici comme un projecteur : elle éclaire ce qui arrange
et plonge le reste dans le noir.
Le summum : le “délit de non-assistance à peuple en
danger”
Moment
d’anthologie. Nous voilà sommés de culpabilité morale : si nous n’intervenons
pas, nous serions complices.
Votre accusation ultime le « délit de
non-assistance à peuple en danger » est un chef-d’œuvre de posture morale. Aujourd’hui,
bravo : votre indignation est enfin confortable, visible, et médiatiquement
rentable.
Ne changez rien. Continuez à hiérarchiser les
morts avec gravité, à brandir l’humanisme comme un étendard et à appeler à la
guerre au nom de la paix. Grâce à vous, nous comprenons que certaines
indignations ne parlent pas des victimes, mais de ceux qui les brandissent.
Question
simple : où était cette même indignation quand des peuples entiers criaient
déjà sous les bombes occidentales ou alliées ?
Où était cette même urgence morale ?
Sans doute
coincée dans les embouteillages de la realpolitik
Conclusion : quand la morale devient un décor :
Ce texte
n’est pas un appel humaniste.
C’est un spectacle sioniste, une indignation mise en scène, calibrée,
idéologiquement rentable. Il ne s’agit pas de sauver des peuples.
Il s’agit de désigner les bons tyrans et les mauvais, les victimes
dignes et les victimes négligeables, les morts qui méritent un communiqué et
ceux qui doivent rester silencieux.
L’humanisme
qui choisit ses causes, qui ferme les yeux sur certains crimes et réclame la
guerre pour d’autres, n’est plus un humanisme.
C’est une posture morale en libre-service.
Et à force
de s’indigner à sens unique, ces consciences autoproclamées ne révèlent qu’une
chose : non pas leur courage, mais leur hypocrisie.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur
inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/

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